Noah Mc Carphin : Dernière Volonté

13 minutes de lecture

[Il s'agit d'un texte ecrit pour la partcipation au concours Wattpad pour la StValentin : https://www.wattpad.com/story/137088171-concours-de-la-saint-valentin]


Enfin loin de Londres, Noah ne savait pas encore s'il était fier d'avoir pu se détacher de la capitale ou bien si la mélancolie s'emparait déjà de lui. Il avait quitté sur un coup de tête son petit nid étroit pour se lancer dans l'inconnu, “histoire de prendre l'air” avait-il dit à sa famille. Même si sa nièce n'avait pas compris ses raisons, elle n'avait pas cherché à le retenir même si la détresse s'était un instant lut dans ses yeux.

Là, assit sur un tabouret de bar, il laissait son regard se perdre dans la couleur ambrée et mousseuse de sa bière.

Ici, au moins, il n’avait pas encore croisé d’étincelle de magie (ces petites particules lumineuses qu’il était le seul à voir et qui lui indiquait qu’en face de lui se trouvait un être doué de magie…) et c’était apaisant, au moins, le jeune homme d’une vingtaine d’année ne se demandait pas à quel sauce il allait être mangé.

  • Moi j’vous le dis, démolir ce quartier n’y changera rien, il restera maudit un point c’est tout ! Avait déclaré une voix bourru et sûrement plus sonore à cause de l’alcool, dans le dos de Noah.

“Un quartier maudit, et puis quoi encore ? Une forêt féerique et une grotte avec un dragon ? Les gens sont stupides” bougonna intérieur l'étranger avant d'avaler une généreuse rasade de sa pinte.

  • Joshua ! Arrête avec ces âneries ! Grogna le barman qui essuyant ses verres, les sourcils froncés.

Parce que Noah avait levé la tête en sa direction, l’homme aux épaules larges se sentit obligé de préciser.

  • Vous inquiétez pas m’sieur, y’a juste ce quartier-là qui est désaffecté, le reste de la ville ne pose pas de problème.
  • Pourquoi est-il désaffecté ce fameux quartier ? Demanda Noah qui, même si le sujet l'indifférait, sentait bien que l’homme trapu désirait raconter ses salades d’un air mystérieux.

Le barman ne manqua pas de donner transmettre les théories les plus farfelues. Ajouté à cela quelques effets théâtraux avec de grands gestes des mains.

“Au final, il n’est question que d’un groupement de maison délabrées et de quelques petits incidents pendant la mise à sac des lieux…”

Noah n'était pas impressionné par l'histoire, mais fit mine d'être absorbé par l'histoire, peut être que s'il se montrait suffisamment sympathique, il pourrait demander une bière gratuite !

  • Mais dans le lot, y'en a une qui n'a jamais pu être déménagée. La plus grosse et sûrement la plus riche. Personne n'a jamais réussi à briser ne serait-ce qu'un carreau. Et il parait que quand on regarde par la fenêtre, c'est comme si qu'on continuait de l'occuper…

***

La dernière petite information intrigua beaucoup Noah. Une maison en bon état était une bonne nouvelle pour le squatteur invétéré qu'il était.

Quelques heures plus tard, alors que la nuit était déjà tombée depuis un moment, Noah longeait le fameux quartier désaffecté. Les lumières de la ville n'éclairaient plus les rues, mais qu'à cela ne tienne, le jeune homme avait un téléphone portable équipé d'un flash puissant. Sa cigarette glissée entre ses lèvres, un nuage de fumée de tabac et de condensation entourait son visage émacié et sa chevelure d'ébène légèrement ondulé lui arrivant sons les oreilles.

S'il était partit avec une bonne humeur évidente à la recherche de cette maison intacte et inhabité, c'est une grimace qui étirait maintenant ses traits fatigués. Il s'était attendu à être loin de la magie et voilà qu'elle éclairait maintenant sa vision. Elle était très ténue, certes, mais elle était assez puissante pour créer un chemin à suivre, telle des petites lucioles lui indiquant la route à suivre. L'envie de rebrousser chemin et d'oublier son expédition était forte, mais la curiosité l'habitait déjà et il lui fut impossible de rebrousser chemin.

“Je suis complètement taré…” Pensa-t-il alors qu'il continuait de marcher à pas lents et réguliers.

Pendant ce temps, les particules dorées et argentés tourbillonnaient entre elle en suspension dans l'air et semblait se multiplier au fur et à mesure qu'il s'enfonçait dans les quelques rues déserte. D'ailleurs, ce que le barman appelait quartier n'était qu'un simple pâté de maison, il était passé devant une vieille ferme délabrée et puis une école...

Son exploration s'arrêta lorsque la magie sembla s'agglutiner sur une maison bourgeoise. Elle était comme dans la description qu'on lui en avait fait. Comparé aux autres bâtiments, la demeure semblait ne pas avoir été touchée par le temps. Les carreaux semblaient être intactes et propres, la porte d'entrée impeccable. La devanture était comme neuve, le toit indemne des traces du temps qui passe.

Arrivé au bout de sa cigarette Noah laissa tomber le mégot à ses pieds et l'écrasa machinalement à l'aide du talon de sa botte. Ses yeux gris posé sur la bâtisse, il hésitait à passer le portail en fer forgé dont la porte était entrouverte.

“Qu'est ce qui ne tourne pas rond chez moi” Soupira-t-il contre lui-même avant de finalement, passer le portillon.

Le sol était pavé jusqu'à la double-porte qui trônait après cinq petites marches de marbre italien. Noah les traversa sans soucis pour se retrouver face à la porte close de la maison. Son flash toujours en main, il plaqua ce dernier contre la vitre de la porte, derrière cette dernière un rideau peinait à cacher le hall d'entrée.

Tout comme l'avait dit le barman, le hall était impeccable, le tapis était sale à cause de passages de chaussures boueuses mais ne semblait pas poussiéreux, tout comme le guéridon qui supportait un pot-pourri et plusieurs jeux de clé : pas de poussière.

Le hall était tout en longueur et semblait desservir plusieurs pièces et un escalier de bois dont le vernis ne semblait pas s'être écaillé avec les années… La maison semblait parfaitement entretenu ou bien seulement abandonnée pour le week end ou la semaine alors que cela devait être le cas depuis des décennies comme le montrait l'état des bâtiments alentour.

Mais Noah n'en doutait plus maintenant, la magie était à l'oeuvre, même si elle était très ténue, elle était bien présente et peut-être était-ce cela qui maintenait l'édifice debout et figé dans le temps, empêchant ce dernier de faire son effet.

Sans vraiment y penser le jeune homme avait posé la main sur la clenche ronde et s'était appuyé dessus pour une meilleure stabilité. Sans s'y attendre, Noah sent la poignée se tourner et la porte s'ouvrit sans plus de résistance.

Ses yeux gris écarquillé, Noah se laissa entrainer dans le hall qu'il épiait derrière la fenêtre quelques secondes plus tôt. Tout était comme il avait pu l'observer. Sans chercher à s'embêter plus, il trouva facilement l'interrupteur et une lumière chaude se mit à éclairer la longue pièce.

S'en suivit une lente et calme expédition, chaque pièce fut visitée avec curiosité, appréhension et un soupçon de méfiance. Les nouveaux endroits semblaient tout aussi imprégnés de particules dorées et argentées de magie que le fameux hall, et tout comme le hall d'entrée, les pièces n'étaient pas poussiéreuses et semblaient encore abriter la vie que les pièces avaient vu passer.

Cela aurait pu être inquiétant pour n'importe qui, mais Noah, maintenant qu'il s'était rapproché de ce qu'il avait fuit, ne s'en étonnait plus.

“La demeure a sans doute dû abriter quelque chose de magique” se disait-il simplement en haussant les épaules pour lui-même.

Son expédition prit fin avec la dernière pièce : Une troisième chambre à coucher, davantage personnalisé que les deux premières. Le lit était défait et y renfermait beaucoup plus de particules scintillantes. Absorbé par le tableau qui s'offrait à lui, Noah se rapprocha du lit et posa sa main sur le matelas : froid.

Ce constat lui tira un soupir de soulagement, au moins la demeure n'était-elle pas “vraiment” habitée. Sans vraiment savoir pourquoi, il se remit à faire le lit correctement.

Finalement installé au petit salon, entouré de grandes bibliothèque remplie d'ouvrage reliés, le jeune homme s'était emparé du livre posé négligemment sur la table basse. Il se mit à lire un peu. C'était une pièce de théâtre “on ne badine pas avec l'amour” écrit en français. Noah n'avait jamais été très bon dans cette matière, mais il réussit à comprendre tout de même quelques remarques et phrase qui le firent sourire avant que Morphée l'enlace tendrement et l'emmène dans son royaume.

Noah ouvrit les yeux qu'il n'avait pas eu l'impression de fermer. Il se trouvait, flottant, dans une étendu infinie. Cependant, la peur de l'étreignant pas, au contraire, c'est la paix qui l'enveloppait alors. Calmement, il observait le “rien” qui l'entourait, puis ses yeux finirent par s'accrocher à quelque chose. Une silhouette.

Plus son regard s'attardait, plus les contours de la silhouette se rapprochant devenait net et détaillées.

Une femme, une jeune et jolie femme. Des cheveux châtains ondulés lui arrivait à la taille et une couronne de pâquerettes entourait son crâne. Elle portait une longue chemise de nuit grise qui camouflait la moindre de ses formes, excepté sa taille qui était marquée d'une simple ceinture de tissu blanc. Simple et agréable, le visage de la demoiselle était rond avec un regard d'un bleu si clair qu'il tirait presque sur le gris. Mais ce qui intriguait autant qu'inquiétait Noah, c'était les guirlande blanche et grises qui enveloppait le corps de la créature. Il ne doutait pas qu'elle ait un don magique et craignait qu'elle ne sente son propre “pouvoir”.

  • Qui es-tu ? Demanda Noah sans avoir à bouger les lèvres.

Mais la jeune femme n'accorda aucune attention à sa question et continuait de laisser son regard le parcourir de haut en bas, de bas en haut, dans les moindre couture avant de lui tourner autour et de recommencer son inspection sous tous les autres angles différents.

Noah tait mal à l'aise, mais ne se risqua pas à se heurter de nouveau à l'indifférence de l'étrangère.

  • Oui, Oui c'est bien… Très bien même. Finit-elle par déclarer, s'éloignant d'un pas pour mieux planter ses yeux bleus dans ceux gris de Noah, donnant enfin à ce dernier l'existence d'être autre chose qu'une oeuvre d'art contemporaine.
  • Je suis vraiment… Vraiment très heureuse que ce soit tombé sur toi… Déclara l'inconnue avec enthousiasme.

Noah s'aperçut même qu'elle avait légèrement levé sa main en direction de son visage, mais qu'elle s'était arrêté en chemin, rougissante.

  • Nous nous retrouverons très bientôt… Termina-t-elle avant de commencer à disparaître.
  • A… Attend, qu'est-ce-que ça veut dire ? Questionna-t-il rapidement…

Mais il était trop tard l'apparition n'était plus là et Noah venait de se réveiller en sursaut, faisant tomber la pièce de théâtre qui reposait sur sa poitrine. Dehors, il faisait jours et des petits oiseaux chantaient. Mais cela importait peu, ce qui importait, était sans aucun doute, les particules de magie blanche et grise qui semblait tomber lentement au sol autour de lui, comme des flocons de neige.

L'inquiétude l'étreignit alors. Et si son rêve n'en n'était pas un ?

Sans chercher à s'attarder davantage, le jeune homme quitta les lieux en prenait grand soin à remettre tout à sa place, refermer les portes qui l'étaient, replacer le livre sur la table basse, refermer correctement la porte… Puis il prit le chemin le plus court pour rentrer à l'auberge qu'il occupait, celle que gérait le barman qui lui avait raconté l'histoire du quartier maudit qui était finalement seulement hanté.

Noah était perdu. Les particules de magies semblaient l'attirer où qu'il aille et dire qu'il avait quitté Londres pour ne plus en voir, il se retrouvait potentiellement harceler par un puits de magie. Cependant, il était hors de question qu'il se laisse faire.

Jamais il n'avait été un franc partisan des bibliothèques et autre lieux de savoir. Néanmoins, il se força à entrer dans le petit centre d'archive de la ville et y demander les documents concernant le quartier désaffecté.

Ce qu'il y trouva ne le surprit pas mais l'attrista plus qu'il ne s'y attendait. Le quarter appartenait à une grande famille de propriétaire terrien, ces derniers louaient les maisons et les fermes à des gens de la région. Puis, à cause d'un mauvais placement en bourse, leurs finances ont commencé à s'effondrer, tout comme la santé du père de famille. Quand celui-ci est mort, la famille avait d'énormes dettes et dû vendre tous leurs propriétés en dehors de la maison familiale. Visiblement, la matriarche est morte de chagrin, laissant derrière elle une fille attachée à son héritage.

Noah fit une très courte pause pour avaler le café tiède qu'il avait été cherché à la machine, puis il reprit sa lecture.

La fille était plutôt appréciée de ses paires jusqu'à ce que les efforts que son père avait fait pour redresser sa famille se voit couronner de succès, l'héritière toucha alors une énorme sommes d'argent qu'elle donna aux pauvres, s'attirant les mesquineries des voisins et leur méfiance, visiblement ces gens n'étaient pas du genre à être touchés par la bonté d'une personne.

Le document finissait sur un article de journal. L'héritière avait été considérée comme sorcière et lapidées juste sur le pas de sa porte. L'article après visiblement prit le parti des villageois coupables et soutenait que la fille aurait maudit toutes les possessions que sa famille avait eu jadis et que seul ses véritables amis pourraient entrer dans sa demeure. La demoiselle était morte de ses blessures avant l'arrivée des secours.

Si pendant un court instant, Noah avait douté de la véracité de l'article, il avait maintenant la gorge nouée. Il y avait vu bien trop de signe pour ignorer la réalité. Le fantôme de cette fille l'avait reconnu comme un “ami”. Pour le coup, il aurait sûrement dû se sentir honoré d'être aussi privilégié, mais il ne pensait à rien d'autre qu'à s'éloigner de ce guet-apens.

Après avoir rendu les documents, le jeune homme s'était rapidement rué dans sa chambre d'hôtel où il avait rapidement investi les lieux avec ses affaires. Ranger était très long et lorsque son estomac commença à se tordre sous l'effet de la faim, il releva les yeux sur l'horloge qui annonçait vingt et une heure.

Si tard… Les bus ne passaient plus à cette heure là et l'aubergiste était sûrement en train de fermer ses portes. Néanmoins, il décida tout de même de descendre pour mendier de quoi tenir jusqu'au premier bus du lendemain.

Le pot au feu avait été lourd en pomme de terre et même si Noah avait décidé de ne pas s'endormir pour ne pas être la proie du fantôme, il ne parvint pas à lutter suffisamment et avant même qu'il ne se sente partir, Morphée l'avait déjà attrapé.

Quand il ouvrit les yeux, le jeune homme portait un smoking blanc et sentait que ses cheveux étaient attachés. Il se trouvait dans une église devant l'autel, un prêtre à sa gauche. Une musique nuptiale se jouait en fond et dans l'allée, une mariée voilée s'avançait lentement dans sa direction.

Noah ne pouvait rien faire même s'il cherchait à s'échapper de cet étrange rêve, mais rien n'y faisait, il était forcé de sourir, et de passer la bague au doigt de la demoiselle qui n'était autre le fantôme de la veille. Seul le baiser officiel sembler rompre le rêve.

Une fois réveillé, Noah observa avec colère qu'un anneau d'or entourait son annulaire.

Ralentit dans ses réactions à cause du sommeil qu'il venait de quitter, il essuya d'un regard de manche la bave qui avait coulé sur son menton avant de se mettre en route en direction de la maison maudite.

  • Après quelques bougies blanches allumées dans le salon inchangé, un pentagramme dessiné sur le parquet, et une prière à l'esprit disparu, Noah commença à attendre que l'esprit décide de se matérialiser.

Au milieu du cercle le jeune homme attendait, faisait de son mieux pour s'armer de patience.

Plusieurs instants après son incantation, les particules de magies commencèrent à s'agiter et, doucement, de nouvelles particules blanches et grises se mêlèrent aux dorées et argentés déjà présentes. Il ne fallut pas plus de quelques secondes pour que la projection de la femme de son rêve soit visible aux yeux de Noah.

  • Tu peux me voir ? Questionna-t-elle, impressionnée et aussi enjoué que lors de leur première rencontre.
  • Je vous vois un peu trop souvent à mon gout, si vous voulez mon avis, je n'avais pas prévu d'être harcelé par un fantôme pendant mes vacances. Asséna-t-il sans chercher à faire preuve de tact.

Aussitôt ses mots lancé, le sourire de la demoiselle s'effaça.

  • Tu… tu crois que je te harcèle ? Ho… non … non non. Ce n'est pas du tout cela ! Je… Tu as pu ouvrir la porte de ma maison ! Tu es un vrai ami… Et j'ai pensé que comme tu étais un homme tu…
  • J'accepterais de me marier avec une revenante que je ne connais pas ? Sans vouloir manquer de respect à un fantôme, ce n'est absolument pas dans mes projets. Ce n'est pas contre vous ou quoi… Mais Non… Ce n'était pas une véritable cérémonie, c'était un rêve, je n'ai pas eu le choix. Déclara Noah en commençant à retirer la bague toujours à son doigt.
  • Non… Garde là… Juste pour aujourd'hui … S'il te plait ! Coupa la demoiselle qui semblait lentement sombrer dans la panique.

En voyant l'air dépité de la fantôme, Noah n'eut pas le coeur à la torturer davantage et prit sur lui, garda l'anneau à son doigt.

  • Je ne comprends pas… Expliquez-moi, si vous désirez quelque chose de précis.

La jeune femme se calma en voyant que Noah était près à obtempérer et lui raconta l'histoire qu'il connaissait déjà.

  • Je vous en prie… Soyez mon ami, mon mari aujourd'hui… Jusqu'au prochain lever de soleil. Je vous libèrerais de votre engagement au premier rayon et ma malédiction sera levée. Annonça-t-elle en faisant mine d'atrapper les mains de Noah. à la place, un frisson dû à un léger vent frai parcouru l'intéressé.

Noah ne pu refuser. Il avait vu la sincérité dans ce regard presque gris et la détresse qu'il avait entendu dans sa voix ne pouvait le laisser de marbre.

  • Je… Je vous accepte pour femme… Jusqu'au prochain lever de soleil… Je serai vôtre.

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