Jon Partie 2

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- Jon, tu ne peux pas faire ça !

- Et pourquoi pas ?

- Un avocat Suisse, ça vit dans un bureau bien chauffé du centre de Genève ou Zurich, Saint Gall ou Berne, derrière une porte cossue en bois massif, porte ornée comme il se doit, d'une plaque dorée. Ses petits pieds délicats se déplacent en mocassins de cuir fin, sur d'épais tapis ou des moquettes feutrées. Il est entouré de grimoires, de jurisprudences. Des portraits bourgeois sont accrochés aux murs. Là, il vit, il respire, il est maître de l'univers. Il provoque un procès retentissant à New-York. Rachète une entreprise au fin fond du Rajasthan par l'intermédiaire de ses partenaires de Bombay, défend une multinationale de la chimie contre une malheureuse class-action visant l'un de ses produits phare, produit responsable de modifications épigénétiques délétères pour quelques millions d'individus. Il ordonne la vente de maisons dont le prix s'est effondré, afin de renflouer des banques en faillite... Jon... Toute cette puissance exposée à l'air libre, au sommet de l'Eiger par -12°C, ce n'est pas raisonnable... Le temps de monter jusqu'ici, ce pauvre homme risque la pneumonie.

Arthur, le meilleur ami de Jon, était d'humeur taquine. Avec sa sœur Daphné, et son amie Hélène, il accompagnait Jon pour un court séjour en Europe, séjour que chacun souhaitait le plus agréable possible. Jon dévisagea son ami, Arthur Cavendish, jeune homme jovial et rond, héritier d'une des plus grosse fortune de la Côte Est. Fortune dont il avait une claire conscience, et qui lui permettait une certaine insouciance ou à tout le moins des soucis d'une nature différente, où l'argent entrait peu en ligne de compte sous sa forme la plus ordinaire, celle de la dépense. Sur ce point, Jon ne ressemblait pas à Arthur, et ne cherchait en aucun cas à dissimuler cette différence.

- Je le paye, Arthur, et je le paie bien. C'est pour ça qu'il quitte son antre et ses dossiers. Je déteste ces ambiances confinées. D'ailleurs, je ne lui demande pas d'y monter, mais d'y être. Il est avocat, non ? Il comprendra. Et puis, allons nous interrompre notre week-end au ski ?

- Je vois bien Werner se téléporter... avec son cache-nez, ses boots, et son petit air triste de Snoopy, comme s'il disait "La vie est dure", se dirigeant vers la machine à café, pensant à son week-end. Et puis le voilà qui serait dans la neige. Tiens, ce n'est pas lui qui essaie de se matérialiser, là-bas au loin ?

- Non, c'est Hélène. Et Werner est plutôt du genre à se faire servir le café.

- Ha oui, Hélène... Mais elle bouge tellement, elle agite les bras, ça fatigue la vue, c'est comme un halo...

Jon fit mine de vouloir reprendre la descente.

- Surveille ton style, Daphné nous regarde.

Deux jeunes filles en combinaison venaient de s'arrêter quelques centaines de mètres plus bas, et tout en discutant, regardaient si leurs compagnons arrivaient.

- Je prends à gauche de la piste, et toi à droite.

- D'accord, Jon, mais pas de compétition, cette fois-ci, juste pour le style.

- D'accord, Arthur, pour le style.

Les deux amis s'élancèrent côte à côte sur la piste raide et bosselée, enchainant les figures compliquées, faisant jaillir des étincelles de glace sous le soleil d'altitude, dans le bleu du ciel.

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