Chapitre 4

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Chambre de Cynthia, Complexe du "Refuge", Exotis, 15 mars 2010, 7h00

Lorsque Cynthia se réveilla, elle resta quelques secondes allongée, sans bouger, à essayer de se souvenir de ce dont elle avait rêvé. Mais aucune image ne lui vint en tête. Comme si elle venait de passer une nuit sans rêve. Elle se rassura en se disant qu'au moins, elle n'avait pas fait une fois encore l'un de ces horribles cauchemars.

Elle commença sa journée, en se rendant dans une salle pour y prendre le petit déjeuner. La salle était à l'image du reste du complexe : d'apparence ultra moderne, voire futuriste, mais rappelant tout de même qu'on se trouvait dans une enceinte fermée, qui pouvait faire penser à un hôpital à cause des murs blancs.

Elle avait l'habitude de boire un verre de jus d'orange, et de manger un bol de céréales et un pain au chocolat, avant d'aller se laver. Chacun de ses déplacements était surveillé par la sécurité. Lorsqu'elle se déplaçait, des hommes armés n'étaient jamais bien loin. Une fois lavée, la petite fille enfila ses vêtements, dont une espèce de blouse blanche, qu'elle portait très souvent.

Une fois son rituel du matin terminé, elle retourna dans sa chambre, où elle attendrait. Elle savait qu'on viendrait bientôt la chercher. Non pas pour réaliser un énième test pour développer ses capacités parapsychiques, ce qui arriverait plus tard dans la journée. Mais tout simplement pour lui faire cours. Certains membres du Projet Cynthia avaient effectivement été engagés pour lui enseigner la grammaire, les mathématiques, les sciences,... toutes les disciplines que l'on retrouvait dans un cursus scolaire ordinaire. À l'exception de l'Histoire qui ne lui était pas enseigné, pour des raisons évidentes, il aurait fallut adapter l'histoire de ces dernières années pour qu'elle corresponde avec ce qu'on lui avait dit sur ce qu'il s'était passé à l'extérieur du Refuge. Tout devait lui faire croire que l'extérieur du complexe était un environnement particulièrement hostile pour elle.

Le docteur Rathburn entra dans la chambre, accompagnée de deux gardes, toujours équipés d'armes chargés de fléchettes remplit de doses d'anti-parapsychique. C'était souvent elle qui venait la chercher, même lorsqu'il ne s'agissait pas de la conduire à ses propres tests. Lorsqu'elle entra, elle vit la petite fille, de dos, en train de léviter. Cette dernière reposa pied au sol et se retourna.

— Bonjour Cynthia, fit Kathleen. Tu as bien dormi ?

"Oui", répondit-elle par la pensée.

— Pas de cauchemar ?

"Non".

— De quoi tu as rêvé ?

"Rien"

— Rien ?

"Je ne m'en souviens pas"

— C'est pas grave... Alors tu es prête pour ton cours de grammaire ?

"J'aime pas la grammaire. Je m'ennuie."

— Je sais. Mais... c'est très important la grammaire. Tout ce que l'on t'apprend est important d'ailleurs.

— C'est ce que papa me dis souvent, répondit la petite fille cette fois-ci en parlant.

— Eh bien... j'ai enfin le droit d'entendre ta voix ? Fit Rathburn d'un ton humoristique.

— Même quand je te parle dans ta tête, tu entends ma voix.

— Oui... bien sûr. Mais te voir parler c'est plus...

— Normal ? Lui demanda Cynthia en la coupant.

La question bouleversa Kathleen. Elle ne savait pas quoi répondre à cette question.

— Tu as peur quand je te parle dans ta tête, c'est ça ? Reprit la petite fille.

— Non. C'est juste que je croyais que tu passerais la journée à me parler par la pensée. C'est beaucoup plus agréable de te voir parler... vraiment.

La petite Paranormale répondit d'un sourire. Elle semblait de très bonne humeur. L'agréable nuit qu'elle avait passé en était probablement la raison.

— Papa est là ?

— Oui, il vient d'arriver.

— Je pourrais le voir ?

— Bien sûr. Après ton cours, je passerai te récupérer, on passera un nouveau test. Il sera présent. Tu pourras lui parler si tu veux.

***

Pendant ce temps, à l'autre bout du complexe, dans l'aile réservée au Projet X, Hal Damon, ingénieur, PDG de Rising Drake sur Exotis et Héros de la résistance dalkienne sur Utopia, attendait dans la pièce où était entreposée l'armure, sous haute surveillance. Seul deux couloirs menaient à cette pièce. Les deux étaient surveillés par une série de caméras de surveillance, de capteurs de mouvement, de gardes tous les dix mètres et chaque entrée était gardée par deux gardes. Seuls les membres du Projet X avec le plus haut niveau d'accréditation pouvaient accéder à cette pièce. Cela incluait entre-autre Hal, les ingénieurs ayant participés à la fabrication de l'armure, le chef de la sécurité Martin Ross, Kathleen Rathburn et la personne que Hal attendait en ce moment-même.

Après la guerre de Dalkia, Hal s'était juré de faire en sorte de protéger sa propre planète face aux menaces extérieures. Cependant comment expliquer au monde qu'il avait été sur Utopia et qu'il avait vu des choses montrant qu'Exotis courrait un grand danger si une puissance comme le Efdéème ou même pire, décidait de l'attaquer ? Il n'était pas censé être sur Utopia à ce moment-là. Officiellement il avait été en séjour sur l'île d'Okaï.

Alors il avait commencé à développer des armes pour les vendre aux puissances avec qui il commerçait. Des armes inspirées de celles vues sur Utopia. Mais ses deux plus grands projets étaient le projet X, le projet CYNTHIA.

Actuellement, c'était le projet X qui le préoccupait. L'armure X était constituée du métal le plus rare et le plus résistant. Ainsi, elle résistait au feu, aux chocs, aux lames et aux balles. Mêmes les plus gros calibres ne lui faisaient rien. Mais malgré sa grande résistance, il ne s'agissait que d'une armure. Un objet inanimé. Une coquille vide. Après avoir conçu et fabriqué l'armure, la phase II du Projet X consistait à en trouver le candidat idéal pour l'endosser.

Le regard de Hal était plongé dans la visière du casque. Sa forme donnait une impression de regard froid et inexpressif. Et pourtant, pour Hal, ce "regard" en disait long. Ou du moins, il lui rappelait beaucoup de souvenirs. En la regardant, il se repassait en tête, certaines images de sa rencontre avec les MOCH sur Utopia, lors de la guerre de Dalkia : la première fois qu'il les vit, Grant Kodyn, leur façon de combattre, ce pistolet à silex qu'ils avaient tous, une arme symbolique qui n'était bien évidement pas l'arme qu'ils utilisaient principalement. Il se souvint aussi du jour où Kodyn était venu sur Exotis, chez lui, pour lui confier la fille de l'une des dalkiennes avec qui il avait combattu. Sans son petit séjour sur Utopia, l'idée du Projet X ne lui serait probablement jamais venu. Et peut-être que son entreprise ne se porterait pas aussi bien qu'aujourd'hui.

Il y a quelques jours à peine, il avait demandé à l'un de ses collaborateurs de lui dresser une liste de candidats susceptibles de revêtir l'armure. C'était précisément cette personne qu'il attendait. Il s'agissait de Harlan Hirsch, un ancien militaire qui servait aujourd'hui d'intermédiaire entre Rising Drake et l'armée des Etats Fédérés.

Hirsch arriva dans la pièce et sortit Hal de ses pensées.

— Voici les profils des six candidats monsieur, dit l'homme d'une cinquantaine d'années à la chevelure grisâtre, en lui tendant les dossiers.

Hal prit les dossiers avant de s'asseoir à un petit bureau. Il regarda très vite les six dossiers. Il s'agissait de militaires et d'anciens militaires, tous décorés pour leurs états de service. Tout ce que Hal ne voulait pas.

— Aucun d'eux ne fera l'affaire, conclut-il en reposant les dossiers sur son bureau.

Une pointe d'agacement se montra sur le visage de Hirsch. Comme si ça n'était pas les premiers que le PDG de Rising Drake refusait.

— Mais sauf votre respect monsieur, vous ne les avait même pas lus. Certains d'entre eux font ou ont fait parti des forces spéciales de notre pays, ils ont les compétences pour endosser l'armure. Ils risquent chaque jour leur vie. Vous...

— Ce ne sont que des militaires monsieur Hirsch, le coupa sèchement Hal en se levant. Autrement dit des brutes incapables de faire autre chose que de suivre un ordre. Je n'ai pas conçu cette armure pour la confier à un chien de garde qui ne ferait qu'obéir à son maître.

La tension entre les deux hommes était presque palpable. Hirsch n'arrivait pas à cerner quel genre de personne recherchait celui qu'on surnommait dans la presse « le Dragon » pour endosser le rôle. D'après ce que Damon lui avait dit, il s'agissait d'une armure destinée à combattre. Alors pour lui, personne d'autre qu'un militaire ne pouvait accomplir cette tache et enfiler cette armure. Mais ça n'était visiblement pas l'avis de son concepteur.

— Je ne veux pas faire de l'armure X un outil pour super soldat, reprit Hal plus calmement. Je veux quelqu'un capable d'autres choses que de suivre un ordre. Trouvez moi des personnes exceptionnelles. Pas forcement des militaires... Vous avez les moyens de débusquer les profils de personnes remarquables. Des personnes capable de faire preuve d'un certain héroïsme.

— Je vois, termina Hirsch. Je vais voir ce que je peux faire. je vous contacterais lorsque j'aurais trouvé les bons candidats.

Harlan Hirsh quitta la pièce sans rien ajouter. Il ne comprenait pas ce que le PDG de Rising Drake comptait faire avec cette armure. Ni même ce qu'il entendait vraiment par "héroïsme". Mais il le payait bien. Très bien même. Et c'est tout ce qui comptait.

Hal réalisait à quel point il serait compliqué pour lui de trouver la personne idéale. Il ne voulait pas que cette armure ne soit entre les mains de la mauvaise personne. La taille de l'armure limitait aussi les recherches. Le candidat devait mesurer entre un mètre quatre vingt cinq et un mètre quatre vingt dix, et devait être un homme. Non pas parce que Hal était misogyne, loin de là. Mais parce qu'il avait dû faire un choix au début de la conception de l'armure. Cette dernière ne respectait en effet pas la morphologie de la femme.

Le PDG de Rising Drake fut une nouvelle fois sorti de ses pensées lorsque le docteur Rathburn entra dans la pièce.

— Monsieur Damon... J'ai croisé Hirsch, il avait l'air tendu. Tout va bien ?

— Oui... oui. C'est juste que nous n'arrivons pas à trouver la personne idéale pour... Pour cette armure, répondit Hal.

— Je vois, répondit Kathleen en regardant l'armure entreposée sous cloche de verre avant de changer de conversation. Je voulais vous parler des prochains tests... pour votre fille.

— Eh bien... justement, moi aussi, fit Hal. Vendredi dernier, Cynthia s'est plainte de la "facilité" de vos tests.

— Vraiment ? Demanda Kathleen étonnée.

— Je n'ai rien contre vos tests. Moi-même je les approuve... Mais Je serais d'avis de monter la difficulté, pour voir comment Cynthia se débrouille... Comment elle réagirait dans certaines situations.

— Attendez... vous voulez que...

— Oui, nous allons commencer le développement de ses capacités offensives. Depuis des années on lui fait passer des tests de télékinésie et télépathie. Je crois qu'il est temps de passer à la phase II du projet.

La "Phase II" dont parlait Hal représentait le cœur du Projet CYNTHIA. Il s'agissait du développement de ses pouvoirs offensifs, dans le but d'en faire une arme. L'idée de faire d'un individu doté de capacités parapsychiques, une arme, lui était venue bien avant la naissance de sa fille, lorsque Grant Kodyn lui-même, lui annonça que l'un de ses amis utopiens, un puissant paranormal avait choisi la mauvaise voix. De ce qu'il en savait, ce paranormal était devenu très puissant. Probablement l'un des plus puissants qui n'ait jamais existé. Hal lui-même avait peur de ne pas être à la hauteur si cet homme venait à s'en prendre à son monde. Il espérait alors que Cynthia le soit.

— Comme vous voudrez, répondit Rathburn.

— Mais ne soyons pas trop ambitieux. Il faut d'abord voir comment elle réagit. Il ne faut pas qu'on perde le contrôle.

— Je comprends monsieur. Elle va sûrement se plaindre de la facilité des tests... Mais nous commenceront par des choses simples.

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