Chapitre 16.2

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 Roman émergea du sommeil, s'étira, puis tendit la main vers son téléphone pour regarder l'heure. Onze heures du matin. Il entamait la première semaine de révision du baccalauréat de la pire des manières, mais les bons souvenirs de la veille l'empêchaient de ressentir quelconque remords. Il avait un message de Rachel. Les yeux encore chassieux, il le lut. « Help ». Il se frotta les paupières, le relut, l'analysa. Les précédents étaient tous parfaitement orthographiés dans la langue de Molière, avaient virgules et point où il le fallait. Ici, seulement quatre lettres, en anglais, sans ponctuation. C'était suffisant pour lui faire grimper des puces dans les oreilles. Il se leva en vitesse, s'habilla en ouragan, enfourcha son vélo et se mit à pédaler comme un dératé. Ses parents étaient au travail, et le chétif chevalier servant à bicyclette ne pensait à rien d'autre qu'à arriver le plus rapidement possible pour aider la demoiselle en détresse.

 Lorsqu'il eut quitté la selle et attaché sa monture à un lampadaire, Roman sentit un serpent froid glisser ses anneaux autour de son estomac. Il allait peut-être devoir affronter le père de l'Américaine, cet être humain étrange jusque dans ses moindres gestes. Il avait la gorge sèche et un tambourin dans la poitrine. Exactement comme avant d'appeler Flora, la dernière fois. Il déglutit bruyamment, inspira plusieurs fois un air trop peu oxygéné, et se décida à sonner. Pas de réponse, aucun mouvement. Il réitéra. Toujours rien. En proie au doute, il essaya d'actionner la poignée du portail. C'était ouvert. Il entra dans le jardin et avança jusqu'à l'entrée de la maison à pas de loup, comme s'il était venu la cambrioler. Il se rendit compte de son attitude à mi-chemin et s'exhorta à croire qu'il n'avait rien à se reprocher et qu'il pouvait marcher normalement. Son corps lui opposa un formidable « Non ! » et le força à tituber comme un éméché jusqu'à sa destination. La raison ne suffisait plus à combattre la peur instillée dans son corps par le diplomate américain des mois durant. Après avoir essayé une ultime fois de se persuader que sa réaction était idiote, il décida de faire avec, de la subir jusqu'à la lie, et toqua au panneau de bois. Toujours rien. Il entra, tremblant. Si on le surprenait, il s'expliquerait, et sa camarade pourrait confirmer sa version des faits.

 L'intérieur était plutôt propre et bien tenu. Le jeune homme se fit la réflexion que c'était la première fois qu'il pénétrait l'endroit. À chaque fois qu'il voyait Rachel, c'était au lycée, lors des sessions de révision chez lui, ou au Tord-Boyard. Jamais chez elle. Le salon s'étendait sur la gauche, désert, équipé d'un écran installé sur une grande cheminée murée en marbre face à un magnifique canapé d'angle dont le cuir brillait au soleil. Au-dessus du poste, un drapeau des États-Unis, seul indice patriotique visible. À droite, une salle à manger où trônait une table vêtue d'une nappe fleurie et de chaises en bois. En face du jeune homme, la cuisine et une porte qui dissimulait probablement les sanitaires. Immédiatement à droite de celle-ci, un escalier étroit montait vers l'étage. Tout était vide et silencieux, et Roman étouffait. Il dut faire demi-tour et inhaler l'air extérieur pour recouvrer un brin de sérénité. Une fois armé des miettes de bravoure qu'il put rassembler, il s'introduisit à nouveau dans le hall, et prit la direction de l'étage. Parvenu à la moitié de la série de marches, il crut entendre un son. Un bruit étouffé, incompréhensible, mais qui venait d'au-dessus. Il termina l'ascension et se dirigea vers la source. On aurait vraiment dit que quelqu'un répétait la lettre A avec une patate dans la bouche. Ce qui n'était probablement pas le cas, se dit Roman, car personne de sensé ne s'amuse à cela. Une chambre à coucher. Le son bizarre provenait du mur. Non, d'une penderie aménagée dans la cloison, fermée par un cadenas. Le A se mêlait maintenant à de longs I aigus et à de faibles percussions. Roman trouva la clef sur la table de chevet, l'inséra dans la serrure, tourna.

 Dans le placard se trouvait Rachel, une chaussette dans la bouche en guise de bâillon. Elle se cacha les yeux lorsque la lumière vint inonder son réduit, mais continua à geindre plaintivement. En interprétant les mouvements de lèvres, le jeune homme put enfin comprendre : « Dad, please. Dad ! Dad ! Please Dad ». Il s'agenouilla, dénoua le bâillon et prit la jeune femme dans ses bras.  
 — Oh, dad, thank you. But why ? Why do you do this to me ? I'm so sorry if I upset you. Please don't...  
 — Salut, Rachel, l'interrompit son ami.
 Les épaules de l'Américaine tressautèrent et elle retira enfin les mains de son visage.
 — Oh ! Roman ! Tu as eu mon message ! Oh I'm so happy ! Merci, merci d'être venu.
 Elle fronça les sourcils.
 — Mon père t'as laissé entrer ?
 — Pas exactement, répondit-il avec une grimace. Je ne l'ai pas vu. J'ai sonné, mais personne n'a répondu, alors... me voilà.
 Rachel fut parcourue d'un frisson. Le jeune homme prit le temps de l'observer. Elle avait de larges cernes, les joues creusées et le teint trop pâle pour une Californienne.
 — C'est ton père qui t'enferme ici ?  
 Elle ne répondit pas, baissa les yeux.
 — Tu vis là-dedans ? demanda Roman, incrédule.
 — Non, non. C'est seulement quand il s'absente.
 Le jeune homme était partagé entre stupeur, horreur et colère.
 — Tu n'es pas malade alors ?
 — Malade ? Non. J'ai décidé de rester à la maison avec mon père.
 C'était un mensonge si flagrant que Rachel détourna la tête en le prononçant.
 — Il ne va pas bien, poursuivit-elle. Je dois m'occuper de lui.
 — Tu m'étonnes qu'il ne va pas bien ! Il est cinglé, oui ! s'exclama le lycéen en élevant la voix. Viens avec moi, ajouta-t-il en se levant et en tendant la main. Je vais te faire sortir d'ici.
 Elle saisit la main brandie, mais ne s'en servit pas, leva des yeux implorants vers lui.
 — Non, tu ne comprends pas, il est malade. Je l'aime, c'est mon père. C'est à moi de le faire.
 — Écoute. Rachel, je t'en prie, viens avec moi. Tu nous manques à tous. Allons dehors, d'accord ? Ensuite, si ton père est vraiment malade, on peut l'aider à aller mieux. Il y a des tas d'endroits et de médecins pour ça. Tu ne peux pas rester là indéfiniment. Je t'aiderai. Tu me fais confiance, pas vrai ?
 Elle hocha timidement du chef et se laissa hisser par le jeune homme. En descendant l'escalier, il demanda :
 — Ton père est comme ça depuis longtemps ?
 — Non, non. Je t'assure. Avant, tout allait bien.
 — Avant quoi ?
 Elle resta muette, et sur ses joues couleur de lune montèrent quelques paillettes carmin.
 — Ah... Mais pourquoi ?
 — Je ne sais pas. Je lui ai demandé. Il dit que c'est pour me protéger. De toi...
 — De moi ?
 — Oui, il prétend que tu es dangereux.
 — Tu y crois ?
 — Non, pas vraiment. J'ai essayé de lui expliquer. Il n'a rien voulu entendre. Dès que j'essaie, il se met à crier... Et parfois il... il m'enferme dans le placard pour me punir de lui tenir tête.
 — Tu aurais dû nous prévenir.
 — Je pensais... Je pensais que ce serait temporaire. Ensuite, quand j'ai voulu essayer, il a confisqué mon téléphone et a changé tous les mots de passe de l'ordinateur. Il ferme toujours tout à clef. Quand il est là, il ne me lâche pas du regard. Je ne pouvais rien faire.
 — Donc tous ces messages n'étaient pas de toi ?
 — Non, sauf le dernier. J'ai réussi à récupérer le téléphone ce matin sur sa table de nuit, alors qu'il dormait encore. Ça l'a réveillé, je n'ai pas eu le temps d'écrire grand-chose. Ensuite, il m'a enfermé dans le placard. Il était très en colère.
 Toute cette discussion paraissait surréaliste à Roman. Il était épouvanté à l'idée qu'on traite son amie de cette manière. Mais elle aimait son paternel, malgré tout le mal qu'il lui faisait. Il se forçait à garder son insurrection à l'intérieur, pour ne pas dire quoi que ce soit qui la pousserait à prendre le parti de l'homme à la cravate turquoise, voire à vouloir rester plus longtemps dans cette prison. Ils étaient à deux pas de la porte. Une fois que Rachel serait en sécurité, il aurait tout le temps de laisser éclater sa révolte.

 Le battant s'ouvrit sur le diplomate. Il revenait du dehors, une baguette à la main, fredonnant le début du premier mouvement de la cinquième symphonie de Beethoven. Au dernier « pom » caractéristique, il vit le couple d'adolescents dans le hall et se figea. Roman essaya de se mettre devant sa camarade, mais celle-ci fut trop rapide. Elle se jeta sur son père pour l'embrasser.
 — Hello, dad ! How are you today ?
 Son ton était enjoué, forcé. Elle essayait manifestement de désamorcer quelque chose.
 — Écarte-toi, Rachel, intima l'adulte.
 Il posa la baguette sur le meuble de l'entrée, écarta sa fille d'un bras et marcha droit sur Roman. Celui-ci ne bougea pas, d'abord, paralysé par le regard livide de ses cauchemars. Le diplomate portait son traditionnel costume noir sur la chemise blanche agrémentée de l'odieuse cravate. Il pointa un index sur le thorax du jeune homme.
 — Qui vous a permis d'entrer chez moi, monsieur Boronov ? Que faites-vous ici ?
 Si les mots étaient plutôt neutres, la voix vibrait de venin contenu. Roman recula d'un pas et se décala vers la gauche. L'Américain avança dans sa direction. Le Français fit un nouveau pas en arrière, puis un autre, tandis que l'habitant l'acculait dans la cuisine.
 — Je ne me répéterai pas, monsieur Boronov. Que faites-vous là ?
 Le jeune désemparé ne savait pas quelle attitude adopter. Il avait envie de crier à la face de cet homme que maltraiter ainsi sa fille faisait de lui un monstre. Mais l'adulte tremblait nerveusement, les yeux exorbités, une lueur insane dans les pupilles.
 — Rachel m'a envoyé un message ce matin, je me suis dit que j'allais venir lui rendre une petite visite.
 — Ah oui ! Elle a fait ça, oui.
 La tête de l'homme se tourna vers sa fille prostrée à l'entrée de la cuisine, paniquée par la tournure que prenaient les événements.
 — Eh bien, monsieur Boronov, la visite a été rendue. Je vous propose de rentrer chez vous.
 Il y avait quelque chose de faux dans le sourire affable du diplomate. Du retors, du mauvais, du sadique. Ce qui poussa Roman à refuser.
 — Je suis désolé, je ne peux pas. J'emmène Rachel avec moi.
 Le père leva un sourcil et prit un ton plus dur.
 — Non, Rachel reste avec moi. C'est ma fille. C'est le rôle d'un père de prendre soin de sa fille.
 — L'enfermer à longueur de journée dans un placard, c'est ça que vous appelez prendre soin d'elle ? éclata le lycéen.
 Son interlocuteur le dévisagea, les poings serrés.
 — Dad, please. Roman, je t'en prie, va-t'en.
 — Qu'est-ce que tu as dit, petit morveux ?
 La voix de l'Américain était maintenant clairement menaçante. Roman se sentit franchir le point de non-retour.
 — J'ai dit...
 — Come on kid, say it again ?
 — … que je partais avec Rachel. Je ne vous laisserai pas la maltraiter plus longtemps.
 Roman avança, ignora l'adulte, passa à côté de lui en direction de la jeune femme qui contemplait l'altercation, les larmes aux yeux.

 Il ne comprit pas immédiatement, ressentit une violente douleur sur le côté du visage et chuta. Aussitôt, une masse immense lui tomba dessus et se mit à le marteler de coups. Roman se recroquevilla pour se protéger le visage et le ventre. Il ne voyait rien, sentait seulement les poings de l'homme lui martyriser le dos et les côtes, entendait confusément un tourbillon d'imprécations anglophones au-dessus de lui ; et les cris terrifiés de Rachel qui suppliait son père d'arrêter, de se calmer, de le laisser partir, qu'elle restait avec lui, qu'elle ne l'abandonnerait pas, qu'elle serait une gentille fille, qu'elle ne recommencerait pas, que c'était aussi un peu de sa faute et qu'elle ne reverrait jamais ce garçon. La pluie de coups cessa et le diplomate s'éloigna de quelques pas. Le jeune homme osa un coup d’œil. L'Américain avait sorti d'un tiroir un grand couteau de cuisine au fil bien trop aiguisé à son goût, et marmonnait des « On va s'en assurer, ne t'inquiète pas ». Il braqua son regard sur celui de Roman, et ce dernier n'y vit plus aucune trace de lucidité. Il essaya de se relever, endolori. Rachel se précipita et s'interposa entre son père et lui.
 — Dad, stop ! Arrête !
 Mais l'esprit du diplomate était définitivement parti. Il ne reconnaissait plus personne. Quelque chose en lui avait cassé.
 — Rachel ! Pousse... Pousse-toi ! cria Roman.
 — Dad, please, I beg you !
 Sa fille implorait, et l'homme la gifla avec violence, furieux. La victime tressaillit mais garda les yeux levés vers son tortionnaire, stoïque, les bras levés, mains écartées.
 — Oh, so you want to protect this thief ? You can die as well then. No one is going to take you away from me ! You hear me ? No one !
 La lame trancha l'air en arc de cercle. Il y eut un son presque doux, un hoquet de surprise, un bruit de goutte-à-goutte, un cri déchirant...

 Lorsque le diplomate poussa sur le côté le corps ensanglanté de sa fille, Roman vit rouge. Il lança une main en avant et parvint à bloquer l'avant-bras armé de l'homme avant qu'il ne puisse le poignarder. De l'autre, il le frappa d'un direct à la mâchoire. Son adversaire ne sembla pas affecté et s'empara du poignet du jeune homme. Ils poussèrent, chacun de leur côté, s'affrontant du regard. Mais l'un était dans la force de l'âge, l'autre encore en pleine éclosion, et Roman finit par céder. Il se baissa et se jeta de côté, esquivant la dangereuse lame. Son porteur se rua sur lui avec un rugissement haineux. La cible esquiva d'un pas de côté et laissa traîner une jambe qui fit trébucher l'agresseur. L'Américain s'écrasa sur le carrelage. Le jeune homme le frappa du pied au poignet et parvint à lui faire lâcher le couteau. Il le subtilisa, s'écarta d'un mètre et le brandit en direction du fou.
 — N'approchez pas ! aboya-t-il d'une voix plus rauque qu'à l'habitude.
 L'interlocuteur s'était relevé et marchait vers lui d'un air menaçant.
 — Rachel est encore en vie ! Reculez ! Il faut appeler une ambulance !
 La jeune femme étendue au sol respirait encore, sa gorge étranglée de gargouillis. Elle émettait de lamentables geignements dont le volume décroissait à chaque itération et sous elle s'étalait petit à petit une flaque pourpre démesurée. Mais le diplomate n'entendait plus.
 — I'll kill you ! I'll fucking kill you ! éructa-t-il en chargeant.

 C'était fini. Tout était fini. Il regarda ses mains sans les voir, une énième fois. Elles étaient couvertes de sang. Il faisait bon, et dans l'air flottait une odeur de Provence. Qu'avait-il fait ? Il n'avait pas eu le choix. L'autre voulait le tuer, allait le tuer. Il s'était défendu. Oui, il avait juste voulu protéger sa vie, respirer encore, alors que la force de l'adulte l'avait submergé et que les longues pattes de l'araignée s'étaient serrées autour de son cou. Juste survivre... Et maintenant, c'était terminé. Il gisait prostré, agenouillé au sol, les mains levées devant son visage, non loin d'un petit pot d'épices éventré lors de la lutte. Il faisait beau dehors. L'insolent soleil riait aux éclats dans son lit d'azur. Si bleu, oui, si bleu à l'extérieur, et si rouge dedans. Il avait dû se servir de l'arme. Lorsqu'il avait senti l'air se raréfier, son corps avait bougé tout seul. Un coup à l'abdomen. Le couteau de cuisine planté. Du basilic, du thym, de l'estragon, trois litres de sang et une cuillère à soupe de drame. Il avait tout essayé. Quand l'Américain s'était effondré, il avait couru au chevet de son amie, lui avait dit quelques mots pour la rassurer, essayer de la garder éveillée. Il avait pansé la blessure avec ce qu'il avait pu trouver, torchons et serviettes mêlés malgré le dicton. Il avait réussi à éponger, mais la blessure ne cessait pas de suinter, le sang de s'écouler, d'imprégner encore et encore les tissus gorgés d'élixir de vie. Elle venait de partir, comme ça, sans un mot, sans un adieu. Et Roman contemplait ses mains, hébété. Sans pouls, la poitrine dépourvue du langoureux va-et-vient vital, Rachel s'était envolée. C'était fini. Tout était fini.

 Un bruit sur le côté le tira de sa torpeur. Le père remuait encore, à peine, les mains serrées sur le manche du poignard, sa belle chemise blanche maculée, une petite mare à côté. Roman ressentit une décharge dans la nuque, se leva, sortit de la maison sans un regard en arrière, enfourcha son vélo et se mit à pédaler. Il allait tout droit, sans réfléchir au chemin, le dos couvert d'hématomes en devenir, le souffle court, les cuisses brûlantes ; tant pis pour les automobilistes, les piétons et la signalisation, il fallait aller le plus vite le plus loin possible.

 Lorsqu'il n'en put plus, il descendit de selle. Il s'était éloigné, mais n'arrivait pas à fuir la vérité : il avait tué un homme. Il avait glissé une lame dans les chairs, au creux des entrailles d'un autre humain. Son estomac se tordit et il rendit à la terre la nourriture offerte le matin-même. Désespéré, haletant, il se mit à penser.

 D'une main droite agitée de soubresauts, il pianota sur son téléphone et le porta à l'oreille.
 — Allô... Allô Enzo ?
 Il fit de son mieux pour éviter que le portable ne lui échappe, les articulations blanchies par l'effort.
 — Oui, allô ? Enzo à l'appareil.
 — Enzo, j'ai besoin de toi.
 L'accent insouciant de son interlocuteur cessa soudain de chanter.
 — Roman, tu as une voix bizarre, qu'est-ce qui se passe ?
 Le jeune homme se maudit. Les trémolos avaient alerté son ami.
 — Je ne peux pas te le dire, désolé. Tu dois me croire, me faire confiance. Je dois partir.
 — Comment ça partir ?
 — Disparaître, changer d'identité. Tu peux... Tu penses que tu pourrais faire ça pour moi ?
 Quelques instants de silence suivirent la requête, suffisamment pour que Roman soit pris de doute.
 — Mon padre peut arranger ça. Tu en as besoin quand ?
 — Maintenant.
 — Bien, alors viens à la maison.
 Le jeune homme soupira et les muscles de ses épaules se relâchèrent un peu. Enzo lui sauvait la vie sans question, sans rechigner, fidèle à lui-même.
 — Papa me dit qu'il lui faut ta destination, ajouta l'Italien. Tu sais, pour le visa, tout ça...
 Roman se mit à réfléchir. Le souvenir d'un lointain cours d'anglais lui revint. Tout ce qu'il voulait, ce qu'il pouvait, c'était partir, s'en aller très loin... « To go away ».
 — J'irai au Togo.

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