Rêve ou Hallucination (3/3)

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En entendant la dernière remarque d’Andrew, je ne pus m’empêcher d'exploser de rire. « Qu’est-ce que je ne donnerais pas, pensai-je, juste pour voir la réaction de Sarah quand on l'informera que c'est moi le fiancé. » Sans me rendre compte de mon comportement, je dis à haute voix, comme si je m’adressais à elle : « Grâce à l’étrange tournure des événements, Sarah, vous n’êtes plus en état d'arrestation. En revanche vous êtes condamnée à passer le restant de votre vie avec moi. »

En disant cette phrase, je ne pouvais me sentir que heureux. Mais aussitôt, je réalisais que j'étais moi-même coincé ici.

Inquiet, Andrew s'arrêta de jouer avec son chapeau et m’observa sans rien dire, puis après quelques minutes, il me questionna : « Qui est donc cette Sarah ? Votre mère m'a dit, que vous aviez crié ce prénom pendant vos délires. »

Ainsi avais-je parlé d'elle ? Cela voulait bien dire que, même délirant, je n'avais pas oublié qui j'étais.

« Si je vous disais la vérité, répondis-je en m’adossent sur le tas de coussins, vous ne me croiriez pas.

–Allez-y donc ! Je n'ai jamais mis votre parole en doute !

–Comment pourriez-vous me faire encore confiance alors que j'ai tiré délibérément sur cette fille ? »

Je devais en parler ; il ne m'avait toujours pas demandé des comptes. Ce jeune homme devenait de plus en plus confus, il s’agitait sur sa chaise à la recherche d’une position confortable puis une fois qu’il avait trouvée, il déclara : « Peut-être, que vous aviez une bonne raison !

–Suffit-il d'avoir une raison, pour avoir le droit d’ôter la vie de quelqu'un ?

–Non, absolument pas ! Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, Kerwan... Je suis sûr que, vous ne cherchiez pas à la tuer.

–D’où le savez-vous ?

–Je vous connais depuis des années, et même si elle avait commis le pire des pêchés, vous n'auriez jamais pu le faire ?

–Mais je l'ai quand même fait ! répondis-je, comme si je parlais à ma propre conscience. »

Je n'espérais pas seulement qu'il me donne plus de détail concernant Kerwan Driscoll mais, qu'il m'explique par la même occasion mon ignoble geste. J'avais tout de même l'impression qu'il connaissait une vérité sur moi que, moi-même j'ignorais.

« Me trouvez-vous changé ? lui demandais-je en passant inconsciemment ma main dans les cheveux.

–Ma foi, je ne sais comment vous répondre. Vous vous comportez d'une façon bien étrange depuis. »

Puis en me regardant toujours de son air inquiet, il me redemanda : « Qui est donc cette Sarah ?

–N’insistez pas…vous me prendriez pour un fou.

–Depuis le temps que je vous connais, je n'ai jamais douté de vous.

–L'autre jour, quand je vous ai demandé le nom de ce pays… a aucun moment, n'avez-vous eu un doute sur mon état mental ?

–Peut-être bien, Kerwan. Je croyais que c'était le début de votre fièvre qui vous faisait délirer. Y a-t-il un rapport avec cette Sarah ?

–Tout est lié. Essayez seulement de me croire quand je vous aurais raconté mon histoire. »

Je mis un moment avant de me décider de le faire, me préparant avant tout à le convaincre et à le persuader de ma vérité. Je lui racontai ma réalité en gardant de lui donner trop de détails. Pendant tout ce temps, il resta à m'écouter sans me poser la moindre question. Une fois fini, il m’affirma d'un ton sincère : « Je vous ai promis suelment d'essayer.

–Pensez-vous que j'ai dû inventer tout cela ?

–Je n’en sais trop rien. Laissez-moi le temps d’assimiler vos dires.

L'idée me vint de lui citer un événement que je connaissais et qui ne s'était pas encore dérouler. Seulement, je n'étais pas sûr que leur histoire fût la même que la nôtre. Il fallait que je m'assure de ça en premier : « Napoléon à bien perdu la bataille de Waterloo l'année dernière ?

Il eut un léger sourire avant d’acquiescer puis je continuai avec assurance : « Le neuf juillet prochain, l'Argentine déclarera son indépendance à l'Espagne !

Il me regarda en ayant toujours son sourire aux lèvres et dit : « Ce n'est pas très difficile à deviner avec tous les événements qui se passent là-bas ! »

Je répondis en étant irrité : « Mais préciser la date, reste quand même du domaine du divin !

–Ma foi, je sais Kerwan, que vous essayez tant bien que...

–Je ne suis pas Kerwan ! m’écriais-je en le fusillant du regard, je m'appelle Élie…Elie Edelstein.

Comme je risquais de me discréditer en m'imposant de cette manière, je changeai bien vite de ton en me ressaisissant : « Excusez mon tempérament impulsif. Je suis seulement aussi surpris que vous de me trouver là, devant vous, à deux siècles de mon époque.

Il resta silencieux pendant un moment, puis comme pour me montrer sa bonne foi, il s'exclama : « Êtes-vous sûr qu'il s'agit bien de Sarah et non Élisabeth ?

–Non, je ne suis sûr de rien. Je compte d'ailleurs le découvrir. Il faut que j'aille la voir le plus tôt possible... Allons-y immédiatement.

–Kerwan, il ne me semble pas que ça soit une bonne idée. Je vous suggère que j’y aille seul dans un premier temps ensuite, vous viendrez avec moi.

–Ne lui dites rien de ce que je vous ai raconté, dites-lui seulement que je suis tombé gravement malade à cause de mes regrets .

–Est-ce la vérité ? »

Je répondis pensivement en même temps que je caressais le drap de mes doigts : « Peut-être bien ! »

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