La Villa Rosam

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— Mademoiselle Alysée, approchez, je vous prie, me dit le Président d’une voix mielleuse.

Je me lève et les gens se font tout petits quand je passe devant eux pour rejoindre l’allée centrale. Là, je suis immédiatement encadrée par deux militaires armés qui me tiennent fermement. Ils me guident jusqu’aux quelques marches du Concilio que nous gravissons. Je me retrouve à quelques pas du Président. Je dois impérativement lui dire qu’il se trompe mais j’ai une peur monstre de lui et de toute la nation qui me regarde.

— Voilà qui est mieux pour que tout le monde puisse vous voir, n’est-ce pas ?

— Monsieur le Président, je crois que vous faites erreur… dis-je d’une voix mal assurée.

— L’innocence vous va bien, jeune fille, mais on ne joue pas à cela avec moi. Vous avez donc devant les yeux une jeune fille coupable de trahison, reprend-il à l’adresse de l’assemblée. Ne vous laissez pas attendrir par son visage angélique, mademoiselle Alysée a commis des actes impardonnables qui font d’elle une personne dangereuse pour notre belle nation. Désormais elle est hors d’état de nuire et vous ne courez plus aucun danger. Elle sera exécutée après-demain dans la soirée.

Un brouhaha enfle sur l’Esplanade. Les gens ne savent pas comment réagir. Je suis à leurs yeux une fille qui semble innocente mais que le gouvernement a jugée dangereuse. Je fais peur tout en ayant l’air inoffensif. Ils ne connaissent pas plus que moi la raison précise de mon arrestation. On distingue un mot qui se détache dans le bruit : pourquoi ?

— Je comprends vos interrogations, interrompt le Président, mais je crains de ne pouvoir vous en dire plus. Le gouvernement vous fait confiance et vous avez confiance en lui. Nous faisons ceci pour votre bien, vous le savez.

Ces quelques mots suffisent à déclencher une clameur et des applaudissements. L’once de pitié à mon égard à disparu, les doutes ont été effacés en quelques secondes. Je suis perdue. Mon destin n’importe plus à la foule. Le gouvernement va tuer une innocente sans que personne ne bronche puisque tous sont à présent persuadés d’être débarrassés d’une menace. L’hymne de la nation me tire un instant de mes sombres pensées et je jette un coup d’œil autour de moi. Face au monde qui se tient sur l’Esplanade, je me sens terriblement seule, encadrée de deux hommes vigilants à mes moindres gestes et loin de maman et Selena. Qu’en pensent-elles ? Elles seraient probablement les seules à me croire. Instinctivement, je fouille du regard la foule mais elle est bien trop dense et la zone réservée aux familles trop lointaines pour que je puisse les apercevoir. La musique s’arrête et le Président prononce quelques mots pour clore la cérémonie. Tandis que les gens commencent à se disperser, il s’éloigne du micro et déclare aux deux militaires :

— Vous savez quoi faire.

Je prends peur. Quel sort me réserve-t-on ? Peut-être qu’ils vont me torturer ! Et ma famille, que va-t-elle devenir ?

— Je ne peux pas dire au revoir à ma mère ? demandé-je précipitamment.

Le Président éclata d’un rire froid.

— Tu es une criminelle, Alysée. Ce n’est pas dans mes habitudes de faire des faveurs à ce genre de personnes.

— Monsieur, vous…

— Je t’en prie, appelle-moi Guillaume, me coupe-t-il.

Sa demande me prend au dépourvu et je mets un peu de temps à retrouver mes mots.

— Vous trompez, je n’ai jamais fait quoi que ce soit qui désobéisse aux lois !

— Oh je sais bien.

— Mais comment…

— Nous parlerons de cela plus tard, si tu veux bien, j’ai autre chose à faire pour le moment, déclare le Président.

Il s’éloigne et je fais un pas dans sa direction pour tenter de le retenir avant que des mains me saisissent brutalement.

— Attendez ! crié-je désespérément.

Mais il ne se retourne pas. Mes deux gardiens m’emmènent alors vers une fourgonnette dans laquelle ils me font monter après m’avoir passé des menottes. L’un s’installe au volant et l’autre à l’arrière à côté de moi. Quelques minutes plus tard, nous passons un portail hautement surveillé qui m’est familier. C’est celui de la Villa Rosam, la demeure du Président.

—Qu’est-ce qu’on fait ici ? demandé-je, perplexe.

Ma question reste sans réponse. Notre véhicule contourne la villa et s’arrête non loin d’une petite porte qu’on me fait emprunter. C’est la seule chose que je vois avant qu’on m’aveugle. Logique. On veut peut-être que je sache où je suis, mais il est hors de question de me faire visiter la maison du Président… On me fait avancer, monter laborieusement des escaliers dans lesquels je trébuche toutes les quelques marches, avancer encore, tourner sur la droite puis j’entends une porte s’ouvrir et se refermer. On m’ôte le linge de la tête. Je cligne des yeux plusieurs fois avant de distinguer une chambre au mobilier et aux murs intégralement blancs. Et les deux militaires, bien sûr. L’un m’enlève mes menottes et mon bracelet, l’autre me palpe pour vérifier que je ne porte aucune arme. Puis ils partent sans un mot, fermant la porte à clé derrière eux.

— Attendez ! Il se passe quoi ?

Aucune réponse. Je soupire et m’assois sur le lit à la couette et oreillers blancs. C’est plutôt ironique pour quelqu’un qui a reçu une rose noire.

L’adrénaline est retombée. Je suis seule, prisonnière et je vais bientôt mourir. Et je n’ai aucun moyen de l’éviter en prouvant mon innocence puisque le Président en a déjà connaissance mais tient à m’exécuter injustement malgré tout. C’était mon seul argument, la seule porte qui m’aurait permis de me tirer de cette situation. Maintenant elle est close. Des larmes de désespoir coulent sur mes joues. Je ne comprends pas ce qu’on me veut, ni pourquoi on m’a entraîné dans une imposture sans nom. Je suis impuissante et dans une impasse.

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