Chapitre 2 - La traversée (11)

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Jeudi 15 juillet 1965, à bord du France

Au bout de quelques minutes, Peter interpella son compagnon :

— Ben, quitte le rêve avec Apollon et Dionysos et viens m’aider.

— Déjà fatigué ?

— Je sais que tu en as très envie, je te confie Frédéric, s’il est d’accord.

— Bien sûr, dit celui-ci en riant.

— Puisque vous me prenez par les sentiments… Je viens.

Benjamin arrêta de jouer, mit en route un petit magnétophone qui continuait à diffuser en sourdine des extraits de l’opéra, puis il enleva les couvertures du lit et dit à Frédéric de se coucher pour être plus à l’aise, il s’allongea à côté de lui et s’empara du sexe dressé.

— Vous savez, dit-il, j’aime beaucoup les adolescents mais je n’ai jamais eu de relations sexuelles avec eux, je me suis toujours retenu alors que j’ai parfois été tenté.

— Vous ne risquez rien avec nous, nous ne sommes plus innocents et je dirais même que nous avons quitté l’adolescence.

— Je sais, je me demande d’ailleurs pourquoi vous êtes restés avec nous.

— Notre jeunesse passera aussi et nous serons dans la même situation que vous dans 30 ans.

Benjamin caressait le pénis de Frédéric en rythme avec la musique, alternant des caresses douces et d’autres très énergiques.

— Je fais souvent cela avec Peter, lui il chante et, comme cela, il apprend le phrasé.

— Et comment sait-on lorsqu’il faut éjaculer ? C’est plus facile avec le Boléro.

— Il faut quand même compter les itérations. Laissez-vous aller et faites-le quand bon vous semble.

Il eut un moment musical très intense, Frédéric sentit les vibrations se propager dans son membre dressé et il laissa échapper sa semence. Daniel, qui avait lui aussi joui grâce à l’habileté de Peter, le regardait en souriant.

Les cousins passèrent à la salle de bain pour se rafraîchir.

— On se lave aussi le cul ? demanda Daniel.

— Tu penses qu’ils désirent nous…

— On va se laisser surprendre.

— Mais c’est nous qui devons prendre l’initiative maintenant.

— On pourrait les sucer, les Anglais doivent aimer les sucettes à la menthe, regarde, ils ont des bonbons.

— Tu as déjà sucé avec un bonbon dans la bouche ?

— Non, on va essayer.

Ils en prirent chacun un, le calèrent derrière une dent et ressortirent. Peter leur demanda :

— Ça vous a plu ces branlettes ?

— Mais oui, fit Daniel, pourquoi cela ne nous aurait-il pas plu ?

— Vous désirez continuer ?

As you like it, comme il vous plaira.

— Amateur de Shakespeare ? demanda Benjamin.

— J’ai lu quelques pièces. Hamlet. To be or not to be…

— J’ai composé un opéra, A Midsummer Night’s Dream, Le songe d’une nuit d’été.

— Je ne savais pas, fit Daniel.

— Je vous le fais écouter.

Le compositeur changea la bande du magnétophone, ce n’était plus du piano, c’était une version orchestrale avec le chant, en particulier celui du ténor qui interprétait Flute, le raccommodeur de soufflets.

— Et si nous nous envolions aussi dans un songe ? proposa Peter en regardant par la fenêtre, c’est une belle nuit d’été, un conte de fées, deux magnifiques elfes nous ont capturés et vont nous faire subir les derniers outrages.

— Ou l’inverse, fit Daniel, je suis prêt à jouer le trou dans le mur.

— Commençons par le début, dit Benjamin, la forêt magique.

Il éteignit le plafonnier de la cabine, ne laissant allumées que deux appliques au-dessus des tables de chevet. Les cousins, toujours nus, se rapprochèrent des musiciens et commencèrent à les déshabiller, Frédéric s’occupait de Benjamin qui semblait un peu crispé, alors que Peter avait l’air très détendu. Le compositeur était efflanqué, le ténor avait plus de coffre, mais moins qu’on aurait pu le penser, ce n’était pas un habitué des rôles wagnériens.

Les deux Anglais avaient des habits très classiques, probablement faits sur mesure par un tailleur anglais. Leurs caleçons étaient beaucoup plus inattendus puisqu’ils étaient aux couleurs de l’Union Jack et avaient les effigies des princes brodées sur le devant. Les cousins éclatèrent de rire.

— On peut acheter de tels habits ? s’étonna Daniel. Ce n’est pas un crime de lèse-majesté ?

— C’est une fantaisie de notre tailleur, répondit Peter, ce n’est pas en vente dans les magasins de souvenirs.

— Ne serait-ce pas Mr Rich, votre tailleur ? demanda Frédéric.

— C’est lui, vous le connaissez ?

Frédéric expliqua que Mr Rich avait vu tous les élèves de l’école à poil, sous prétexte de prendre leurs mesures et qu’il avait un frère en Angleterre.

— Oui, c’est bien du frère dont il s’agit, ils sont spécialisés dans les uniformes de lycéens, et ils nous demandent aussi de nous mettre à poil pour les mesures.

— On va faire la même chose, dit Daniel en baissant le caleçon de Peter.

Frédéric baissa celui de Benjamin. Le sexe du ténor était court et massif, il avait de grosses couilles, alors que celui du compositeur était long et effilé. Les cousins s’agenouillèrent et les prirent dans leur bouche. Peter banda immédiatement, comme il l’avait dit sa bite était très dure et avait pris beaucoup de volume. Le pénis de Benjamin mit plus de temps à s’ériger, cette fois ce fut Frédéric qui lui proposa de se coucher sur le lit pour poursuivre la fellation.

Daniel resta à genoux sur la moquette, Peter lui demanda :

— C’est vrai que tu voulais jouer le trou ou c’était une plaisanterie ?

Daniel ressortit le membre de sa bouche pour répondre :

— C’est vrai, mais seulement avec une capote… anglaise, cela va de soi.

— Nous on parle de french letter, fit Peter en riant, je n’en ai pas.

— J’en ai toujours dans mon portemonnaie, fit Frédéric, conseil de Koen. Tu peux en prendre une.

Daniel prit l’objet, ouvrit l’emballage et le déroula sur le membre de Peter. Ils discutèrent de la position et optèrent pour une levrette, le Suisse à plat ventre sur le lit et l’Anglais restant debout.

Une fois qu’ils eurent terminé, ils discutèrent un moment, couchés et serrés sur le lit.

— Ce songe n’était finalement pas très romantique, dit Benjamin, il manquait un peu de couleurs, de folie, de celles que l’on trouve sur la scène d’un théâtre.

— Que voulez-vous, le sexe est aussi un besoin corporel à assouvir, dit Frédéric, ce n’est pas tous les jours une fête sensuelle.

— Pour moi, fit Peter, c’en était une. Je vous remercie d’avoir accepté notre invitation et d’être restés.

— Vous invitez souvent des jeunes dans votre cabine ? demanda Daniel.

— Non, c’était la première fois.

— Le referez-vous ?

Peter regarda Benjamin puis dit :

— Peut-être. Dommage que la traversée s’achève, vous auriez pu revenir demain.

— Voyons, Peter, dit Benjamin, une fois leur aurait suffi.

— Il faudrait plus de temps pour être intimes avec vous, dit Daniel, parler plus longuement. Sachez que je repenserai à cette soirée chaque fois que j’entendrai vos œuvres, c’était un privilège de vous rencontrer.

— Et j’espère que vous penserez aussi à nos bites, ajouta Peter, je me souviendrai de la tienne. Allez, les gars, bon vent ! Vous avez la vie devant vous, donnez-nous de vos nouvelles, nous nous reverrons peut-être un jour ou l’autre.

Benjamin écrivit son adresse au dos d’une photo dédicacée qu’il donna aux cousins. Ceux-ci prirent congé, ils se promenèrent sur le pont avant de retourner dans leur cabines.

— Soirée bizarre, fit Frédéric.

— Tu es déçu ?

— Ce n’est pas le mot exact, il y avait comme un décalage entre l’image que je faisais d’eux en les écoutant cet après-midi et la banalité d’une rencontre sexuelle.

— Bah oui, dit Daniel, on en fera encore beaucoup d’autres de rencontres sexuelles banales, ainsi va la vie des libertins.

— Les deux cousins sont désabusés.

— Mais non, ils sont heureux d’être ensemble… et d’être des libertins !

Daniel serra Frédéric dans ses bras et ils échangèrent un long baiser.

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