Confiance

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Blottis l’un contre l’autre, avec pour seuls témoins de l’union de nos corps le soleil couchant et la lune levante, je ne me suis jamais sentie aussi bien. Ses caresses et ses baisers me font voir mille et une étoiles.

Lorsque nous atteignons le point culminant, j’ai comme un flash : je revois toutes les fois où j’ai cru que quelqu’un m’observait, que quelqu’un me parlait… A chaque fois, il s’agissait d’Evaïs ! Il me regarde droit dans les yeux et il me semble qu’il a eu la même révélation que moi. Nous prononçons d’une même voix :

- Kokoro nya

Puis nous nous embrassons passionnément. Evaïs prend sa cape et me recouvre avec elle tout en m’enveloppant de ses bras. Il dépose un baiser sur ma tempe.

- Je t’aime tant Alyana.

- Je t’aime aussi, mon Prince...

A ce moment-là, je ne suis qu’amour pour lui. Je suis nue, sous la lune, dans les bras d’un homme que je ne connais que depuis quelques jours et pour lequel je suis prête à mourir. Cela n’a aucun sens et pourtant c’est la vérité.

- Que signifie kokoro nya ?

Il rit.

- Tu prononces des mots dont tu ne connais même pas la signification ? Cela veut dire que tu es mienne coeur, corps et âme… et que je suis tien de la même manière. Tu as aussi eu le flash n’est-ce pas ?

- Oui, c’est peut-être pour ça que j’ai l’impression de te connaître depuis des mois alors que cela ne fait même pas une semaine…

- Il va falloir retourner au camp Alyana… Je dois préparer notre arrivée à Nymphea.

- Je n’en ai absolument pas envie… Je suis bien là...

Il rit doucement et me serre plus fort dans ses bras : cette étreinte parle plus que mille mots. Il s’assoit. Sous la lumière de la lune, j’aperçois alors une énorme cicatrice d’un rouge sombre le long de sa cuisse gauche : elle a la forme d’un dragon ailé prenant son envol. J’avance ma main pour l’effleurer et celle-ci me brûle le bout des doigts.

- Aïe ! faisons-nous en chœur.

- Je… Qu’est-ce que c’est ? Une blessure de guerre ?

- Absolument pas. J’ai cette cicatrice depuis petit et je ne me souviens pas comment je l’ai eu. Le fait est qu’en grandissant, elle a grandi avec moi…

- Incroyable. Elle me fait penser à un tatouage yakusa.

- Un... quoi ?

- Mmmhh… Comment t’expliquer... Alors… Tatouage : un dessin définitif fait à l’encre à l’intérieur même de la peau et yakusa… un genre de clan de mercenaire japonais très respecté. Au passage, le Japon est l’un des pays de mon monde. Sûrement mon préféré d’ailleurs.

Je ne peux réprimer un sourire devant son air ébahi : j’ai l’impression que malgré ses dires, il a du mal à croire que je vienne d’un monde totalement différent du sien. Il m’aide à me relever et nous nous habillons dans un silence complice. Avant de retourner au camp, il m’enlace et me donne un baiser passionné.

- Quoiqu’il puisse arriver à présent… Nous sommes liés, mon Alyana.

Je le serre contre moi et nous nous envolons vers le lac où les tentes ont déjà été montées et le feu de camp allumé. Le retour à la réalité est brusque : je réalise qu’il y a encore beaucoup de blessés à soigner. La méfiance envers moi n’a absolument pas diminué : les gardes ainsi que les derniers soldats d’Evaïs osent à peine lever les yeux sur moi. Je suppose que la rumeur sur mon aura rouge a dû circuler. Seuls Cody, Korn et Lila ainsi que les gens du peuple sont heureux de me voir.

Evaïs me donne un dernier baiser avant de me laisser : il a énormément de préparatifs à effectuer. Je me tourne vers mes nouveaux compagnons de fortune : Lila et Cody me regardent d’un air entendu et Korn a les yeux baissés. Je leur souris et m’enquiert de ce que je peux faire pour me rendre utile. Cody n’en revient pas.

- Incroyable… Tu vas vraiment mettre la main à la pâte ?

- Ecoute : je ne vais pas rester les bras ballants. Et puis, regarde autour de toi : les soldats et les gardes n’ont aucune confiance en moi. Je dois leur prouver que je suis quelqu’un de bien. Quelqu’un en qui ils peuvent avoir confiance.

- En tout cas, à nous, tu n’as rien à prouver ! souligne Lila. Et quand je dis nous, je parle au nom de tous ceux que tu as sauvé !

- Merci Lila. Alors que puis-je faire pour vous aider ?

La liste est longue… De nombreux soldats ont besoin de soins, il ne reste plus beaucoup d’infirmières. De plus, les enfants sont terrifiés et refusent de dormir. Les hommes sont épuisés et doivent trouver de quoi nourrir tout le monde. Je prends les choses en main et répartis les tâches : Aoi se chargera des enfants, il est doux et attentionné, il saura quoi faire. Avec ma magie du vent, je récupère ce qu’il y a de fruits aux alentours, au moins les petits ne dormiront pas le ventre vide. Je forme un groupe d'hommes et les envoie à la pêche au lac. Puis je me dirige vers la tente des blessés, accompagnée de Lila, Cody, Korn et de quelques femmes.

Le spectacle est insoutenable : du sang, des pansements et une odeur de mort encombrent la salle. Les infirmières présentes sont à bout, elles courent de droite à gauche pour tenter de soulager un maximum de personnes. Les cris et les râles de souffrances sont à vous briser le cœur. Je les appelle.

- Allez vous reposer. Je prends la suite.

- Mais madame !

- Pas de mais. Vous êtes épuisées et dans cet état vous ne serez pas du tout efficace. Prenez-vous deux… non… quatre heures de sommeil. Vous reprendrez votre poste après ça.

- Laissez-nous faire, rassure Lila, nous allons nous occuper de tout.

- Bien Lila.

Korn accompagne les jeunes femmes un plus loin où elles pourront manger et dormir. Je veux me rendre compte de la situation. Combien de blessés graves ? Combien de légers ? Un garde me répond gauchement : il y aurait en tout plus de soixante-dix personnes dans la tente, mais impossible pour lui de m’en dire plus sur leur état. Cody intervient : avec ses pouvoirs elle peut déterminer la santé d’un homme grâce au flux vital qui circule dans son corps.

Pour un besoin d’organisation, je plonge tous les blessés dans un état de sommeil profond. Avec l’aide de Cody, je répartis les blessés en trois groupes : ceux qui ont besoin de soins immédiats, ceux qui ont besoin de gros soins et ceux qui peuvent attendre. Avec mon sort de lévitation, je déplace les soldats au fur et à mesure. Ce que je vois me donne des hauts le cœur : des soldats avec des membres en moins, d’autres défigurés, d’autres encore avec des blessures profondes… Une fois la répartition terminée, je charge Lila et Cody de me faire l’inventaire des plantes et autres médicaments que nous possédons puis de s’occuper des blessés légers.

Je m’approche du premier soldat : il a eu la jambe droite arrachée et son bras gauche est brisé. Son visage est tuméfié : on m’apprend qu’il a été enseveli et que seul son visage était hors sol, ce qui lui a permis de respirer. Avec mon sort de guérison, je peux soigner son bras et son visage. En revanche pour sa jambe, je ne peux que la cautériser afin qu’il ne perde plus de sang. Voyant que j’utilise un sort de feu, un garde s’approche de moi menaçant, armes pointées vers moi.

- Arrêtez ! Vous n’allez pas le brûler tout de même ! Il vit encore !

- Calmez-vous. Je ferme juste la plaie afin qu’elle ne pourrisse pas et qu’il ne meure pas vidé de son sang.

- Quelle magie est-ce là ? me demande-t-il les yeux écarquillés.

- Ce n’est pas difficile : je cicatrise la plaie avec un feu pur puis je la soigne avec un sort de guérison. Je ne pourrai pas lui rendre sa jambe mais il sera en vie.

Le garde s’en va à la recherche de Korn : il lui dit qu’il va appeler les soldats élémentaliens encore en état. Je le regarde faire, étonnée. Korn m’apprend que le soldat que je viens de soigner est le fils du garde. Quatre élémentaliens viennent me soutenir : je leur explique la technique de cautérisation. Ils comprennent vite et s’exécutent aussitôt.

Je passe d’un soldat à l’autre, cautérisant une plaie, soignant une autre. J’applique des onguents, donne à boire ou à manger à des Titans qui n’ont même plus la force de s’asseoir. Au bout de ce qui me paraît une éternité, les quatre infirmières reviennent, quelque peu revigorées. Elles sont étonnées du calme qui règne dans l’infirmerie : je leur explique la façon dont j’ai procédé, les soins que j’ai déjà apportés et ceux qui restent à faire. J’ai maintenu certains dans un coma afin qu’ils ne souffrent pas inutilement. Cette technique leur était, elle aussi, inconnue.

Je quitte la tente et me dirige vers celle où se trouve Aoi et les enfants. La plupart sont endormis, sauf deux petites filles qui rient aux éclats sur le dos d’un prince Nymphalien au bord de la crise de nerf.

- Alyana, fait-moi penser de ne jamais avoir d’enfant s’il te plaît !

- Dit donc les filles qu’avez-vous fait à mon ami ? leur demandais-je en riant.

- Rien, princesse !

Ce petit surnom me fait un pincement au cœur en me rappelant mon petit singe. Je me demande s’ils vont bien ces deux-là...

- Aoi sort de la tente et rentre te reposer. Je vais m’occuper des petites.

- Tu es sûre ? Ce sont de vrais petits monstres ! En plus, ton énergie n’est pas au top…

- Je n’aurai pas besoin de magie cette fois-ci, ne t'inquiète pas.

Il hausse un sourcil, sceptique mais ne se fait pas prier. Il leur souhaite bonne nuit et s’en va.

- Ça vous dirait une histoire ?

- Non ! Nous on veut jouer ! Et puis, on les connaît toutes les histoires !

- Mmmh… ça m’étonnerait que vous connaissiez la mienne… Elle parle d’une méchante reine, d’une jolie princesse, d’un château endormi et de dragon ! Sans oublier d’un beau prince...

- Ooooohhhh…

Elles accourent vers moi et s’installent confortablement sur un matelas. J’entame l’histoire de la belle au bois dormant. Elles m’écoutent jusqu’à la fin, fascinées. Lorsque le conte est terminé, elles étouffent un bâillement et me mentent en me disant qu’elles n’ont pas sommeil. Je leur promets une autre histoire demain si elles ferment les yeux bien sagement. Deux minutes plus tard, elles dorment profondément.

Une fois dehors, je respire à plein poumons l’air frais de la nuit. Evaïs me rejoint près du lac. Moi qui rêvais d’un bain, je n’ai même plus la force pour cela. Je pose ma tête sur son épaule et soupire d’aise. Nous restons un moment ainsi en silence.

- Tu as pu terminer tes préparatifs ?

- Oui... Grâce à Venitia, mon autre psychique, nous avons pris contact avec mon père à Arachnya pour lui signifier ce que nous allions faire : il a été dur à convaincre mais j’ai réussi. Père nous enverra un bataillon qui devrait nous retrouver aux bords de l’Océan Turquoise demain. Puis, j’ai contacté mon ami à Nymphea pour lui signifier la capture d’Alois. Il a été plus que surpris. Il nous a fixé un rendez-vous à un endroit très précis de l’Océan : il nous retrouvera là-bas. On m’a dit que tu avais soigné mes soldats ?

- J’ai fait ce que j’ai pu en tout cas…

- Merci, me dit-il en m’embrassant les cheveux. Viens, allons nous reposer. Demain la journée va être longue.

Il me prend par la main et nous nous dirigeons vers sa tente où une petite nuit de sommeil nous attend.

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