Partie 2 : le fardeau de Sméagol

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Quand Frodon ouvrit les yeux, il fut assailli par de nouvelles visions du Mordor et de l'anneau et poussa un cri. Les murmures autour de lui s'arrêtèrent brusquement et Frodon, l'esprit plus clair, sentit tous les regards des personnes qui occupaient la pièce tournés vers lui. Il reconnut bien vite Gandalf, Sam, Merry, Pippin, Gimli, Legolas et Aragorn et tenta de sourire, mais il ne parvint qu'à esquisser une petite grimace.

Sam accourut vers lui et lui annonça :

- Je viens de finir de raconter notre périple. Vous allez bien Monsieur Frodon ?

Pour toute réponse, Frodon hocha la tête. Il remarqua que son index gauche ne saignait plus, il avait était bandé avec soin. Le Hobbit savait qu'il ne récupérerait pas la moitié de doigt que Gollum lui avait arrachée. Il devrait vivre avec cet horrible souvenir.

- As-tu retrouvé tes esprits, Frodon ? demanda Gandalf

- Oui, parvint à répondre le Hobbit. Il réussit même à se lever de son lit et à se mettre debout à côté de ses amis.

- Bien, dit Legolas, il faut que nous allions retrouver Gollum et détruire l'Anneau une bonne fois pour toutes ! Qui m'accompagne ? Frodon et Sam, vous n'êtes bien sur pas obligé de venir, après tout ce que vous avez vécu.

- Je viens, annonça Aragorn.

- J'en suis aussi ! dit fièrement Gimli.

- J'irai avec vous, continua Gandalf. Mais je pense qu'il serait bon que Frodon et Sam nous accompagnent. Peregrin touque et Meriadoc Brandebouc devraient rester se reposer ici. Ils sont encore chamboulés par la Guerre qui s'est produite quelques heures plus tôt.

Les deux Hobbits hochèrent la tête. Merry portait encore des traces du combat sur le visage, notamment du sang.

Gandalf se tourna ensuite vers Frodon et Sam :

- Je ne vous oblige en rien à venir, mais si vous vous sentez assez forts et lucides, nous aurons certainement besoin de vous pour amadouer Gollum. Après tout, vous l'avez côtoyé durant votre périple.

- C'est d'accord pour moi, confirma Sam.

- Je viendrai également, annonça Frodon, bien décidé à en finir.

- Parfait, déclara Legolas, partons maintenant, Gollum ne doit pas être bien loin.

L'elfe sortit de la pièce d'une démarche gracieuse propre à son peuple et la troupe le suivit. Sam enfila un imperméable avant de sortir car il pleuvait à grosses gouttes et Frodon fit de même.

Ils se rendirent aux écuries de la cité, où des chevaux les attendaient. Frodon monta avec Gandalf sur Gripoil. Sam, lui, alla avec Aragorn et Legolas et Gimli enfourchèrent le même cheval. Gripoil sortit en premier de l'enceinte de la cité tout en suivant la piste de Gollum grâce à son très bon odorat. Ils étaient suivi d'Aragorn et Sam, Legolas et Gimli fermaient la marche. La piste qu'ils suivaient les mena vers une colline, non loin de Minas Tirith. Une affreuse puanteur y régnait, confirmant la présence de Gollum. Les compagnons l'entendirent répéter en boucle « mon précieux » et « il est à nous », phrases que Frodon et Sam avaient souvent pu entendre au cours de leur quête en sa compagnie.

Legolas s'approcha prudemment de l'endroit où la puanteur se faisait insupportable en bandant son arc, suivit de Gandalf, son bâton magique à la main. Aragorn les suivait avec Elendil, l'épée de ses ancêtres. Gollum arrêta soudainement de parler en les voyant ainsi armés face à lui et on n'entendit plus que le vent qui soufflait au-dessus d'eux et la pluie battante. L'écho se répercutait sur la colline, donnant l'impression qu'un monstre avait pris vie dans la vallée.

La créature les dévisagea puis, aussi rapidement qu'une balle lancée à pleine vitesse, se jeta sur Frodon en pestant :

- Le maître nous a trahi ! Il nous a trahi ! Il mérite la mort !

Quand Gollum approcha ses mains du cou de Frodon dans le bu de l'étrangler, Legolas se prépara à lui tirer une flèche dans l'épaule mais Aragorn lui retint le bras. Frodon était en train de s'exprimer tant bien que mal :

- Sméagol, attends !

Gollum, les yeux plissés semblables à deux fentes, ignorant le Hobbit et resserra sa prise à la gorge mais Frodon tint bon et continua en suffocant.

- Attends ! Tu n'as pas compris, c'était un malentendu. Tu te souviens, le jour où tu jouais dans le lac interdit, où tu t'amusais et riais comme autrefois. Le jour où tu avais retrouvé ta part de Sméagol en délaissé ton côté sombre...

Gollum resserra son emprise sur la gorge de Frodon mais il continua malgré tout, à bout de souffle :

- Les soldats du Gondor voulaient te tuer, ils étaient cachés vers les abords du lac et armés d'arcs et de flèches. J'ai proposé à leur capitaine, Faramir, d'aller te parler pour espérer te sauver la vie. Il a accepté.

Les yeux de Gollum n'étaient plus plissés désormais et il desserra son emprise sur la gorge de Frodon. Il semblait l'écouter attentivement désormais. Pendant ce temps, Legolas lui reprit discrètement l'anneau et le posa sur une pierre à l'écart tout en chuchotant à Sam de le surveiller.

Frodon reprit :

- Je suis descendu vers le lac et je t'ai appelé. Tu es venu vers moi. je me souviens de ton air guilleret mais ça n'a pas duré car le capitaine Faramir et ses hommes en ont profité pour te capturer, ils m'avaient menti. Tu as alors cru que tout cela était fait exprès et que j'avais manigancé ta capture. Jai alors vu que tout était fini. Tu étais redevenu Gollum le sournois. Et l'es encore maintenant car tu es corrompu par l'anneau.

Frodon baissa la tête. Il avait achevé son récit. Gollum passa ses mains derrière son dos et regarda le Hobbit fixement pendant plusieurs minutes puis il finit par murmurer :

- Sméagol est désolé pour tout ce qu'il a fait endurer au maître.

Frodon n'était pas surpris par son emploi de la troisième personne. C'était une habitude de Gollum que Sam et lui avaient fini par supporter.

La créature leva ensuite ses grands yeux bleu vers Sam et continua :

- Et il est aussi désolé pour le Hobbit joufflu.

Frodon sourit et Sméagol lui rendit son sourire puis jeta un regard vers l'anneau avant de se détourner.

- Détruisez-le, implora-t-il Frodon en lui prenant les mains. Détruisez le pré... L'anneau.

Le Hobbit sourit. La créature avait réussi à ne plus qualifier l'anneau de "précieux", ce qui annonçait un très grand changement dans sa mentalité. Frodon savait que Sméagol n'arriverait jamais à faire totalement disparaitre la part d'ombre qui le hantait, mais il était persuadé qu'il parviendrait à garder le contrôle de son esprit.

Il lui promit :

- Nous détruirons l'anneau. Va en paix, Sméagol. Nous ne sommes plus tes ennemis.

La créature lui fit un signe de tête puis se détourna pour partir en courant sur l'autre versant de la colline. Il dévala la petite pente pour aller s'enfoncer dans la forêt en contrebas. Frodon le regarda un moment zigzaguer entre les arbres puis se tourna vers ses compagnons. Ils lui souriaient tous et Gandalf le félicita :

- Bravo Frodon. Grâce à toi, Gollum n'est plus une menace. Mais nous allons te demander une dernière fois de porter l'anneau, il faut le détruire une bonne fois pour toutes.

Il hocha la tête, résigné et déterminé à accomplir sa quête jusqu'au bout, cette fois. Ses amis et lui se remirent en selle vers le Mordor. Ils décidèrent de passer par Cirith Ungol, le tunnel qu'ils avaient emprunté pour se rendre au Mordor pour la première fois, car Sam avait tué l'araignée qui y résidait, en manquant d'y laisser la vie. Gandalf ordonna à Gripoil, qui parvenait à le comprendre, de rentrer à Minas Tirith avec les autres chevaux.

Frodon frémit à la vue des escaliers qui permettaient d'accéder au passage. Il n'avait aucune envie d'y retourner, et en jetant un regard à Sam il vit que son ami non plus. Mais ils n'étaient plus seuls. Ils pouvaient à présent compter sur leurs amis pour les épauler.

C'est avec cette pensée revigorante qu'ils grimpèrent l'escalier et traversèrent le tunnel en pressant le pas L'environnement hostile et étouffant raviva d'affreux souvenirs dans l'esprit de Frodon. Il se mordit la langue et se força à avancer sans regarder autour de lui. Il vit pourtant des toiles d'araignées géantes recouvrant la majeure partie du passage et blêmit. Il accéléra, suivi de Sam et de leurs compagnons en tentant d'oublier l'odeur de champignon moisi.

Ils débouchèrent de l'autre côté du tunnel après ce qui parut une éternité à Frodon et furent satisfaits de respirer de l'air, même s'il n'était pas pur pour autant. L'odeur de poussière et de feu qui fit tousser Frodon. Ils étaient arrivés au Mordor.

Après avoir étudié leur position, ils se mirent en marche vers la Montagne du Destin avec précaution et furent surpris de constater qu'elle était dépourvue d'orques. Sans doute étaient-ils retournés à la Porte Noire après avoir compris que ce qu'avait murmuré Frodon à la bouche de Sauron était un leurre. Ils prirent soin de choisir le versant opposé à Barad-Dûr la tour de Sauron, et commencèrent leur pénible ascension. Legolas et Gimli se chargeaient de tuer les rares orques qu'ils croisaient avant qu'ils ne puissent donnent l'alarme. Frodon tomba de nombreuses fois mais lors de son onzième passage au sol, il ne se releva pas et murmura :

- L'œil de Sauron me voit. Il est là. Le Seigneur Ténébreux est là.

Puis son regard se fit glacial et il regarda l'anneau qui pendait à son cou. Une certitude s'empara de lui : il ne devait pas détruire l'anneau, mais le garder pour lui ! Pris d'un accès de rage, il frappa la personne la plus proche de lui, sans même se soucier de qui il s'agissait. Ce n'était autre que Sam, qui s'affala contre la roche. Aragorn l'aida à se relever mais Frodon ne s'en souciait guère, il était à présent replié sur lui-même et prit l'anneau pour tenter de le passer à son index droit quand Gandalf se dressa devant lui dit avec toute la puissance de sa voix de magicien :

- Frodon Sacquet. Je sais à quel point votre fardeau est dur à porter, mais il n'est pas question de flancher, vous devez tenir. Pensez à vos amis et à votre famille, pensez à tous ceux qui ont encore de l'espoir. Ne les abandonnez pas, il faut vous battre avec vous-même !

Frodon fut ébranlé par la puissance des paroles de Gandalf se stoppa net. Il se laissa tomber à genoux en tremblant, tentant de lutter contre l'aura maléfique de l'anneau. Sam, refusant de laisser son ami ainsi malgré le coup qu'il venait de lui porter, tenta de le prendre dans ses bras pour le porter mais, affaibli, n'y parvint. Gimli vint alors l'aider et ils réussirent à le hisser sur leurs épaules pour le porter tous les deux. Les compagnons continuèrent de grimper, bien décidés à en finir.

Or, des orques, alertés par le bruit émis par Gandalf, étaient sortis de Barad-Dûr, épées et haches à la main. Une troupe d'environs 300 orques se précipita alors vers la montagne, tous plus hideux et dangereux les uns que les autres. Ils progressaient étonnamment vite en dépit de leurs lourdes armures et seraient bientôt sur le groupe de Frodon s'ils ne faisaient pas quelque chose.

Legolas et Aragorn s'arrêtèrent et tirèrent une rafale de flèches sur la troupe d'orques, tuant un quart du bataillon. Mais cela n'empêcha pas les autres de continuer leur ascension de la montagne, armés jusqu'aux dents et prêts à tuer.

Gandalf ordonna à Sam et Gimli de continuer sans lui. Ceux-ci se dépêchèrent donc de gravir les cents derniers mètres qui les séparaient du sommet de la Montagne tandis que les orques arrivaient maintenant à la hauteur de Gandalf, Legolas et Aragorn. Celui-ci dégaina Elendil et tua les premiers arrivants. Legolas tira sa dernière flèche puis, à cours de munitions, sortit une dague de sa ceinture et entama un combat au corps à corps avec les orques qui déferlaient sur lui. Gandalf repoussait le plus gros de la troupe à l'aide d'enchantements, pour qu'Aragorn et Legolas ne soient pas ensevelis dans la marée d'orques qui déferlait sur eux.

Certains orques réussirent à contourner leurs assaillants et couraient à présent en direction de Gimli, Sam et Frodon, qui étaient presque parvenus à l'entrée de la caverne qui donnait sur la lave de la Montagne du Destin. Gimli déposa délicatement Frodon au sol après avoir averti Sam que de orques grimpaient dans leur direction. Frodon avait quelque peu repris ses esprits et se releva tant bien que mal aux côtés de Sam. Le nain demanda alors aux deux Hobbits de continuer seuls jusqu'au sommet puis il se tourna vers les orques qui grimpaient vers eux en les défiant :

- Venez tâter de ma hache !

Puis il courut se jeter sur eux, trancha la tête des deux créatures les plus proches de lui tout en poussant un cri de guerre nain.

Les deux Hobbits, pour qui la voix était désormais libre, gravirent les derniers mètres qui les séparaient de l'entrée du cœur de la Montagne. Ils entrèrent avec hâte et marchèrent vers le précipice. Sam, un peu en retrait, laissa Frodon se poster au bord du gouffre.

La scène que Frodon avait alors vécue quelques heures plus tôt se répéta. Le Hobbit était fasciné par la ressemblance entre ces deux moments de sa vie : il était là, debout au bord du précipice, l'anneau dans sa main, se demandant s'il allait ou non le jeter dans les flammes. Mais cette fois, le Hobbit avait une certitude : il ne reproduirait pas la même erreur. Il lui fallait détruire cet anneau, coûte que coûte. Lentement, son poing s'ouvrit, laissant place à son index mutilé et à l'anneau. Il retourna la main et l'anneau tomba du précipice pendant un temps qui lui parut plus long que toute une vie.

Trente mètres plus bas, l'anneau rencontra la lave et dès cet instant, la Montagne se mit à trembler. Frodon se hâta de rejoindre Sam à l'entrée de la caverne pour enfin sortir de cet affreux endroit où tout n'était que chaleur. Ils dévalèrent la montagne sans se retourner, courant aussi vite qu'ils le purent, tout en évitant les jets de lave et la roche en fusion qui tombaient de tous côtés. La destruction de l'Anneau unique avait entrainé, comme Frodon l'avait craint, l'éruption de la Montagne du Destin.

Dans leur descente, ils furent rejoints par Gandalf, Aragorn, Gimli et Legolas, dont les assaillants avaient battu en retraite après la destruction de l'anneau. Gimli faillit se faire écraser par un rocher dégoulinant de lave et Frodon trébucha plusieurs fois. Gandalf, bien qu'épuisé, rassembla ses dernières forces et leva son bâton tout en récitant une incantation. Un champ de force apparut soudain, protégeant les si compagnons des débris de l'explosion.

Arrivés aux pieds de la montagne en éruption, ils assistèrent à la chute de la tour de Barad-Dûr et virent le Grand Œil s'éteindre, mais n'eurent pas le temps de se réjouir. Il leur fallait se rendre dans un endroit sûr, au plus vite, car le Mordor ne serait plus que poussière dans moins d'une heure.

La troupe courut sans s'arrêter jusqu'au tunnel de Cirith Ungol. Cette fois, Frodon ne fit pas attention aux toiles d'araignées, pas plus qu'à l'odeur du tunnel. Il ne pensait qu'à sauver sa vie et celle de ses compagnons, qui avaient failli se faire tuer à maintes reprises dans l'explosion de la Montagne du Destin.

Une fois sortis de l'oppressant tunnel, ils descendirent les escaliers aussi vite qu'ils purent, tout en prenant garde à éviter une chute mortelle, puis Gandalf siffla aussi fort qu'il le put pour appeler Gripoil, qui arriva bientôt en compagnie de leurs deux autres chevaux. Ils s'empressèrent de les monter et foncèrent vers Minas Tirith, éreintés mais le sourire aux lèvres. Ils avaient réussi !

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