Chapitre XVI : Le Cœur et ses peines, Partie 3

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 Pour la première fois de ma vie, ce n'était pas la cohue inhérente au dortoir qui me tirait hors de mon sommeil, ni même un courant d'air froid qui se serait glissé sous le tapis de sol qui me servait de couverture, ni même la texture irritante de la paillasse qui me faisait normalement office de matelas. Non, ce matin là, c'était un tendre rayon de soleil qui à force de me chauffer la joue, avait fini par avoir raison de mon sommeil.

 Je me cachais sous l'épais et doux édredon de Mylteïne, profitant au plus possible du confort de son lit. Les tissus étaient tous imprégnés de l'odeur du sexe et de la transpiration, ces fragrances se rajoutaient au parfum qui émanait de la peau de Myl'. Je n'avais jamais aussi bien dormi que cette nuit-là.

 Je scrutais Mylteïne qui elle dormait encore, laissant un doux ronronnement s'échapper de sa bouche entrouverte, une de ses mains reposait sur mon ventre, qui bourdonnait encore, agréablement chamboulé par cette expérience hors du commun. Je me sentais apaisée malgré la rude journée qui s'annonçait à moi, craignant qu'il soit déjà tard dans la matinée, je décidais d'embrasser Mylteïne afin de forcer son réveil. Les premiers baisers que je déposais sur ses lèvres n'eurent aucun effet, jusqu'à ce qu'elle ouvre enfin les yeux, plissés et embrumés. Elle se plaqua contre moi, pressant sa poitrine contre la mienne, et expira une bouffée ardente qui chatouilla mon cou.

 Nous prîmes le temps de plonger notre regard dans celui de l'autre, savourant chacun des instants que nous avions ensemble. Mais je savais que je n'allais pas tarder à devoir quitter ce cocon dans lequel je me sentais si bien, à tel point que j'aurais pu y passer toute ma vie sans ne jamais rien faire d'autre. Je me rendais compte que l'odeur de Mylteïne commençait à faire son effet, et que mon bas-ventre se remettait à quémander les étreintes et caresses de ma partenaire.


 Si cette journée n'avait pas été si cruciale, je l'aurais sûrement passée ici à faire l'amour sans aucune interruption. Pour ne pas me laisser être tentée, je roulais hors du lit et me dirigeais vers la porte qui donnait sur le salon. Après avoir jeté un bref coup d’œil, j'allais récupérer mes affaires qui avaient passées toute la nuit près de la cheminée, je plongeais mon nez dans les plis propres et pour ma plus grande surprise, y sentais le parfum de Mylteïne.

 Ce jour qui se voulait être funeste, allait peut-être se voir devenir radieux. Je retournais dans la chambre, et découvrais celle que j'adorais en train de s'habiller. Elle n'avait enfilé que son bas, aussi puis-je regarder quelques secondes de plus ses courbes alléchantes, mais je n'avais vraiment pas le temps, il fallait que je me motive un peu plus sérieusement.

 Je me glissais donc dans mes habits que j'avais l'impression de mettre pour la première fois, tant leur texture et leur odeur me semblaient nouvelles. Sans que je ne lui demande, Myl' s'était glissée derrière moi et avait rattaché la ceinture et noué les cordelettes dorsales, toutes ses attentions me faisaient fondre.



 « Avant que le boss ne se pose des questions, je vais filer, et rejoindre les autres lieutenants. Glissais-je. Tu te souviens de ce que tu as à faire ?

- Oui Lyore. Je préviens les autres filles, nous nous préparons, nous attendons ta diversion, nous pillons le plus d'or possible, nous mettons le feu à la réserve, et nous fuyons. C'est bien ça ? Me répondait-elle en venant poser un baiser sur ma bouche.

- C'est tout à fait ça. Le gros des troupes partira après le repas de midi, j'agirai à ce moment-là, je vais en ville, puis nous nous retrouvons ce soir dans la ferme abandonnée.

- Cela sera le début de notre nouvelle vie Lyore, ensemble. Si tu savais comme j'ai hâte. Elle se tortillait en prononçant ces mots.

- Moi aussi je n'en peux plus d'attendre, savoir que tu me viens avec moi me fait encore plus plaisir.

- Nous allons être heureuses, qu'en penses-tu ?

- J'en suis certaine. Bon, j'y vais moi, avant de me sentir obligée de te sauter dessus.

- Oh tu n'oserais pas ? Me lançait-elle d'un ton provocateur tout en se pelotant la poitrine. Tu n'es pas comme ça, non ?

- Non je suis raisonnable et... Un silence rompait ma phrase, tandis qu'une multitude d'idées salaces me traversaient l'esprit. Et...

- Tu sais... Elle baissait son bas juste assez pour laisser apparaître son pubis. Je suis sûre qu'il est déconseillé de faire des choses lorsque l'on a l'esprit échaudé. Ses doigts passaient dans ses poils pubiens, et elle commençait à se masturber. Tu es convaincue de ne pas vouloir, comment dire, faire feu de tout bois ?

- Mais je... Je n'en pouvais plus, mon corps était en train de corrompre mon esprit, à tel point que je perdais le fil de ma réflexion. Je ne suis pas sûre d'avoir assez de temps et...

- Oh... Mylteïne venait d'ôter complètement son bas, et s'allongea sur le lit en écartant les cuisses, me laissant désormais voir ses lèvres déjà trempées. J'avais si envie de toi, tu ne vas quand même pas me laisser devoir m'occuper de ça toute seule ?

- Tu es incorrigible Myl'. »



 À ces mots, je me déshabillais et nous reprenions de plus belle nos ébats torrides. Quelques heures passèrent, et enfin, je quittai le salon de l'étage rouge, apaisée et complètement relaxée, mais avec les songes encore parasités par cette faim dont je n'arriverais sûrement jamais à venir à bout. J'empruntais sans plus attendre les escaliers et rejoignais le dernier pallier de l'Orphelinat.


 Tous ceux qui allaient participer à la mission d'aujourd'hui, passaient au compte goutte, afin de s'équiper, puis repartaient, admirant les armes dont il étaient munis et songeant à tous ceux qui allaient y goûter. Malgré mon état béat, le sinistre présage qui s'annonçait, réussit rapidement à me faire redescendre de mon petit nuage. Le boss qui me vit arriver s'empressa de venir me voir. Je me sentais protégée par mon mutisme improvisé, qui me permettait d'échapper aux questions qui auraient pu s'avérer indiscrètes. Il entama son monologue :



 « Lyore, je ne t'avais pas vu avant. Cela m'étonnait. Tu te sens prête ?

J'hochais la tête en avant.

- À la bonne heure alors, ce n'est pas rien ta mission, tu le sais.

Bien sûr que je le sais idiot, tu m'envoies au casse-pipe pour t'éviter d'avoir à te mettre en danger. Je me contentais d'hocher la tête à nouveau.

- Tant mieux, je compte vraiment sur toi. Dès que le chef de la garde sera mort, les soldats se rendront sans discuter. À nous la ville après ça !

Tant mieux pour toi, pensais-je.

- Tu as choisi quelles armes allais tu utiliser ?

Je désignais des yeux une paire de dagues que j'avais déjà repérées la veille.

- Cela ne m'étonne pas, tu as toujours aimé les défis singuliers.

Parce que pour toi, assassiner quelqu'un, qui entend surtout le poignarder dans le dos, c'est un combat singulier ? Quel lâche, je m'étonnais de ne pas être passée à l'acte plus tôt. Une fois de plus, je voilais mes pensées et plissais les yeux comme si j'étais contente.

- Donc rappelle-toi, nous repousserons les assauts jusqu'à la grande place centrale, cela forcera le commandant à sortir de la caserne pour se battre. Tu n'auras qu'à agir à en cet instant. Tu sais où tu pourrais te cacher ?

Non bien sûr que non espèce de tâche... Ce n'est pas comme si Bourg-en-Or était mon terrain de vol depuis plusieurs cycles et que je connaissais ce village comme si c'était moi qui l'avais construit. Je commençais à bouillir, aussi, je le quittais des yeux et allais récupérer les deux lames que je glissais à ma ceinture. Je repassais devant lui, en tapotant les deux étuis.

- C'est ça que je veux, à plus tard, quand nous célébrerons la victoire.

C'est ça, à plus tard oui. »



 Je quittais l'atmosphère assommante et pesante de l'armurerie improvisée et descendais jusqu'au réfectoire, où, du fait de l'opération qui devait être la gloire de tous ces scélérats, nous pouvions manger tout et n'importe quoi, sans se limiter. Je faisais donc signe aux cuisiniers, qui comprenaient immédiatement qu'il fallait me remplir l'habituel plateau, jusqu'à ce qu'on en voit plus le bois. Je prenais mon énorme repas et allais me poser à l'extérieur, afin de ne pas avoir à supporter l'euphorie malsaine qui depuis hier soir avait rempli le lieu.


 C'est après m'être rassasiée que je pus me rendre compte que tous les bandits de l'Orphelinat (ou presque) s'étaient rassemblés devant la bâtisse et avaient formé leurs régiments. J'étais assez dépitée de voir ces incapables réussir à faire preuve de discipline, mais bon, cela ne changerait rien pour moi. Je laissais la table portative en plein milieu du gazon mort et rejoignais le rassemblement. Bien entendu, moi je n'avais pas à me mettre en rang comme le faisaient tous ces demeurés. Aussi prenais-je la tête du convoi, afin que le boss me voit.


 Aussitôt avais-je atteint son niveau, qu'il me fit signer que je pouvais y aller. J'abaissais ma capuche et me mettais à sprinter vers la ville, jusqu'à ce que je me sache hors de la vue du convoi, et bifurquais afin de retourner vers l'Orphelinat en empruntant les fourrés boisés et sauvages qui longeaient le chemin. Je croisais les bandits qui s'étaient mis en marche : il était temps pour moi de commencer la diversion. J'escaladais un des murs d'enceinte et me retrouvais dans le parc. Je n'avais que peu de temps pour tout réussir à la perfection.


 Je me dépêchais d'atteindre l'entrée du bâtiment où les trois gardes s'étonnèrent de ma présence, avant qu'ils n'aient plus la capacité de s'en souvenir, ni même de respirer d'ailleurs. J'avais lacéré les trois gorges, et m'empressais de dissimuler les corps derrière un talus un peu plus loin. Je me dirigeais à nouveau vers l'enceinte en pierre, ma diversion était simple, j'allais couper tous les grands arbres du bord opposé aux grilles du domaine, leur chute entraînerait la destruction en plusieurs endroits des remparts, les brèches forceraient les derniers bandits à surveiller ces lieux pour que personne n'entre.


 Je me retrouvais face aux immenses arbres bien alignés qui bordaient le parc. Je saisissais une des dagues et m'entaillais un avant-bras. Aussitôt qu'un peu de sang eut coulé, je le changeais en un sabre large et long. Je l'empoignais à deux mains, et, tout en sprintant, j'assénais une vive entaille à chacun des troncs sur mon passage. J'arrivais au coin de la muraille, et tandis que les premiers géants commençaient à choir et aller écraser la pierre sous leur poids, j'effectuais la même chose sur la rangée face à moi. C'était aux filles de jouer désormais.

 Sans perdre un instant, je fonçais aux grilles, gardées par six bandits qui se questionnaient sur ce qu'il était en train de se passer, et sans réfléchir, je leur fonçais dessus et les tranchais deux par deux, sans ne laisser aucun survivant. J'espérais vivement qu'aucun n'avait survécu, cependant, être coupé en moitié ne laisse que peu de place au doute. Je laissais l'arme s'évanouir et reprenais ma course vers Bourg-en-Or, sans emprunter le sentier tracé afin de ne pas croiser l'infâme cohorte.



 Après une heure de course effrénée, j'apercevais enfin la porte Ouest de la petite cité. Je ralentissais ma course et ôtais ma capuche, tout en dissimulant les deux armes à ma ceinture. Je souriais et saluais un des gardes qui surveillait les entrées, il me rendait mes politesses. Je m'engouffrais donc, sans difficulté dans les artères animées de la bourgade marchande. J'avais mené à bien toutes ces étapes préliminaires, et me rendais compte que j'avais pour la première fois utilisé ma voix pour parler à quelqu'un d'autre que Mylteïne.

 Je stressais un peu, me disant qu'elle avait quand même beaucoup à accomplir, je me rassurais en me remémorant la joie qui animait Myl' à l'idée de partir de l'Orphelinat, sa motivation en serait totale. Ce qui me tracassait, c'était le nombre de morts que cette opération allait engendrer. La ville grouillait de vie comme à son habitude, et je ne pouvais pas avertir les gardes, car sinon ma couverture aurait été immédiatement compromise, et ce que je voulais, c'est que le boss s'enfonce bel et bien dans Bourg-en-Or jusqu'à son cœur.

 La grande place en question, était une immense esplanade de forme circulaire. Bien que la plupart des allées et rues de la cité étaient grossièrement pavées, un soin bien particulier avait été accordé au sol de l'hypercentre. Avec seulement trois couleurs de dalles différentes, une fresque géométrique superbe prenait place sous les pieds de tous ceux qui foulaient ce lieu. Les façades de la plupart des maisons, boutiques et offices étaient un mélange de pierre de taille et de bois sombre. Je me félicitais d'avoir repéré la taverne en vente, car son emplacement légèrement excentré du centre nous permettrait d'avoir beaucoup de clients sans pour autant être submergées.

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