Chapitre 17 - Liliraele

7 minutes de lecture

Sa chambre était vide.


Je restais immobile une seconde devant ce décor figé avant de refermer soigneusement la porte derrière moi et de donner un tour de clé pour que personne ne puisse rentrer derrière moi. Il fallait que je gagne du temps pour qu’elle puisse partir aussi loin que possible. Saorsa… Je fermai les yeux en inspirant profondément avant de déposer le plateau sur la petite table de bois en regardant ce lit vide, les larmes coulaient déjà sur mes joues. Elle s’était enfuie. Ma petite sœur s’était enfuie. Je ne savais pas si j’étais soulagée, ou juste… triste. Cela faisait quatre mois qu’elle ne parlait plus, qu’elle ne bougeait pratiquement plus, qu’il fallait la forcer à manger, à boire, à se laver. Elle ne réagissait presque plus, ma mère lui avait tiré une réponse, elle était revenue plusieurs fois la voir, essayer de prendre soin d’elle, mais Saorsa n’avait pas bougé, même pas frémit. Même avec moi elle n’avait pas bougé, elle ne semblait pas nous voir, ou nous entendre. C’était juste une poupée de chiffon. Elle était partie. Est-ce qu’elle… était allée mourir plus loin ?


Je refermai la fenêtre, après un regard vers la terre, pas de corps, les joncs étaient plus que trempés sur une grande partie du sol, je ne pourrais cacher cela très longtemps, mais chaque minute gagnée était pour elle le moyen de s’enfuir, de se cacher et… peut-être de retourner chez elle ? Je ne savais pas si je me sentais trahi ou non… juste… triste… parce que j’avais perdu une sœur, je préférais me dire qu’elle ne reviendrait pas, que jamais Sadralbe ne pourrait la ramener. Mais c’était pour son bien, il fallait juste que je gagne du temps. Je rangeais soigneusement la chambre, refis le lit, l’odeur de Saorsa me sauta au visage, j’essuyais mes joues en essayant de faire disparaître autant de preuve que possible. Je me fichais de décevoir mon père, c’était sa faute si Saorsa était si malheureuse, si elle était en train de se laisser mourir. Même si je devais le remercier de m’avoir offert une sœur comme elle. Peut-être qu’elle était silencieuse, grognon, mais c’était ma petite sœur, loyale, discrète, intelligente, juste qu’elle n’avait pas sa place ici et elle l’avait toujours su.


Je m’assis, regardant son petit déjeuner, froid maintenant, son luth posé dans un coin, elle en jouait beaucoup, vraiment beaucoup, tout comme elle savait parfaitement chanter et danser. Elle disait qu’elle avait appris avec Eoran, Itham et Aolis. Les trois princes. Une simple alpha, fille d’une guérisseuse louve et de mon père… Je ne savais presque rien sur sa vie d’avant, juste ce qu’elle voulait bien me raconter et maintenant… elle n’allait plus jamais rien me raconter. Et c’était tant mieux, même si elle allait me manque, au moins… elle pourrait retourner chez elle, retrouver Eoran et les jumeaux. Elle serait enfin à nouveau heureuse, ça j’en étais sûre. Surtout si elle n’avait plus le taré sur le dos. Oh… je n’étais pas aveugle ! Je savais très bien ce qu’il se passait. Et j’avais eu beau implorer mon père, lui dire que cela ne servait à rien, il ne m’avait jamais écouté, balayant mes mots d’un geste de la main, affirmant que si Midelia avait été docile il n’aurait pas eu besoin de faire ça. S’il l’avait laissé tranquille, s’il n’était jamais allé la chercher… elle ne lui aurait jamais causé d’ennuis. Sans doute que cela aurait été mieux pour tous. J’avalais ma salive avant de me lever pour ouvrir les coffres de ma sœur, j’avais une idée, pour la protéger. Je renversai le lit aussi discrètement que possible, éviter le bruit, les coffres, je répandis les affaires par terre. Avec une pointe de regrets je brisais son instrument. On aurait dit qu’un affrontement avait eu lieu. La fenêtre brisée donnait même l’illusion d’une intrusion, les éclats de verres colorés se voyaient entre les joncs. Je ne pouvais pas faire beaucoup mieux. Plus je tarderais maintenant plus cela serait très suspect. Pardonne-moi Saorsa, je ferais ce que je peux. Je rouvris la porte avant de la refermer soigneusement pour prendre la direction du bureau de mon père, j’y entrais après avoir frappé, ce n’était pas moi qui devrait attendre qu’on m’y invite. Il leva les yeux du parchemin qu’il lisait vers moi :


« Oui ma chérie ? Un problème ?

- Je viens vous parler de Midelia, père.»


Il n’aimait pas que j’use du véritable nom de ma petite sœur. Il leva les yeux de la pile de document qu’il avait dans les mains et se massa le front avec agacement :


« Quoi ? Qu’est-ce qu’elle a encore fait ?

- Rien. Justement…

- Quoi ? Alors ?

- Elle a disparu, père… expliquai-je avec calme. »


Il se leva brusquement, me coupant et je lui pris le bras pour l’empêcher de sortir de la pièce :


« Père ! Qu’est-ce que vous allez faire ?!

- Cela fait combien de temps que tu le sais ?! Rétorqua-t-il d’un ton sec.

- Je l’ai vu quand je suis rentrée lui porter son petit déjeuner ! Mais elle n’y est pour rien !

- Ça c’est à moi d’en juger ! »


Merde ! Saorsa… j’espérais vraiment que tu avais pu t’échapper rapidement et trouver un moyen de te cacher… Jamais elle n’avait réussi à semer trop longtemps Sadralbe, il avait des techniques de traque d’une efficacité redoutable et je craignais pour ma sœur, s’il la trouvait il allait la massacrer… Je suivis mon père jusque dans la chambre de ma sœur, il ouvrit en grand la porte et se figea, la mise en scène était parfaite à mes yeux. Il eut un silence, long. Qu’est-ce qu’il allait faire ? Non, la question était stupide, je savais ce qu’il allait faire, mais quand et surtout comment ?


« SABRALDE! »


Je sursautai à l’appel puissant de mon père, je m’écartai aussitôt pour laisser passer le chasseur qui arrivait en courant, manquant de me bousculer, il se figea devant la chambre de ma sœur, dardant aussitôt son regard sur moi avec colère, avant de s’incliner devant son roi qui bouillait de colère :


« Retrouvez et ramenez-moi Midelia. Et massacrez-moi ceux qui l’ont enlevé. Je vous interdis de revenir au palais sans elle. »


Il tourna les talons, rageur, avant de partir, Sadralbe darda un regard venimeux sur moi :


« Qu’avez-vous fait ? C’est vous qui l’avez fait sortir ?

- Vous accusez une princesse héritière, surveillez vos mots Sadralbe. Répliquais-je hautaine. Ma sœur était incapable de se défendre au vu de son état, sa capture relève de votre responsabilité. »


Je tournai les talons vivement pour m’enfoncer dans les entrailles du palais, les miennes se tordant d’inquiétude. Saorsa… Je t’en supplie, enfuis-toi, retourne chez toi, ne laisse pas ce monstre te retrouver.


Mes pas fléchirent vers la chapelle et me mit à genoux devant les yeux des dieux, priant avec ferveurs pour qu’ils protègent Saorsa et lui permettent de vivre loin, mais surtout heureuse. Qu’importe qu’elle fut loin de moi du moment qu’elle était heureuse.


« Lili ? »


Je rouvris les yeux avant de courir dans les bras de ma mère, enfouir mon visage contre son torse, en pleurs. Elle me manquait déjà terriblement. Ma mère caressa tout doucement mes cheveux en me berçant.


« Ma puce… Je suis désolée…

- Je veux qu’elle puisse s’échapper mère… Je veux qu’elle puisse fuir et rejoindre les siens. Je veux qu’elle soit heureuse.

- Ma puce… Je te comprends… Tout ira bien, j’espère qu’elle pourra aussi retourner chez elle. »


Ma mère n’était pas aussi dupe que mon père. Ou lui était aveuglé par son égo. Ou alors ma mère se fichait qu'elle se soit vraiment fait enlevé ou si elle était partie. Ma mère n’avait jamais été ni méchante, ni gentille avec Saorsa. Elle avait été… juste. Et c’était sans doute pour cela qu’elle lui avait dit ce qu’il s’était passé, ou du moins qu’une très mauvaise nouvelle de chez elle lui était parvenue. Je pleurai en silence, ma mère m’embrassa doucement.


« Tout ira bien, d’accord ? Elle va te manquer, mais c’est mieux pour elle qu’elle ne soit plus là.

- Je sais mère… Je veux juste qu’elle soit heureuse, mais elle me manque tellement… »


Ma mère soupira et resserra son étreinte alors que je fermais les yeux. Je ne pouvais pas expliquer pourquoi avec Saorsa le lien s’était fait aussi bien… Mais il s’était fait ! C’était comme ça et je crois que ne plus avoir aucun moyen de la contacter… me tordait le ventre. Je voulais juste que Sadralbe ne la trouve pas.


« Je ne veux pas que Sadralbe la trouve mère… »


Je vis dans son regard qu’elle était d’accord avec moi, tout doucement sa main me caressa la joue pour sécher doucement mes joues. Son autre main serra tout doucement la mienne avant de me guider hors de la chapelle pour m’entraîner gentiment vers les jardins pour me faire marcher un peu et prendre l’air. Je regardais les écuries, le cheval de Sadralbe était devant, mon regard glissa vers ma mère.


« Mère… »


Elle hocha doucement la tête et je compris que les fluides qu’elle maîtrisait, ceux de la nature, des plantes, étaient en train de danser sans que je ne visse rien, puis elle reprit sa marche comme-ci de rien n’était, j’ignorais ce qu’elle avait fait, mais avec de la chance elle ralentirait le cheval de Sadralbe. Pour ma part de quelques fluides de lumière j’avais essayé d’user et de tailler légèrement la sangle pour qu’elle cède le plus rapidement possible. S’il pouvait s’en briser la nuque… je ne dirais pas non. Il n’avait qu’à échouer à sa mission et jamais revenir, ou mieux ! Que Saorsa le tue ! Qu’elle se venge et qu’on ne retrouve que son cadavre au milieu d’un champ. C’était tout ce qu’il méritait ce monstre. Je serrais les dents et ma mère me sourit :


« Petit coup de pouce ? »


Elle me fit rire et je hochais simplement la tête. Tout pour protéger ma petite sœur.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Vous aimez lire Ready ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0