Chapitre 28

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J'aurais été beaucoup plus vite toute seule. Je rongeais mon frein, mais il était hors de question que je laisse mon amie seule sur les routes. Je la forçais même à prendre une pause quand elle commençait à grimacer d'inconfort.

Elle faisait son maximum mais j'avais peur qu'elle ne dépasse ses limites en sentant mon impatience.

Je sentis le passage de la frontière comme un déchirement. J'étais tellement liée à l'Ezekie qu'il me fallut un temps d'adaptation pour passer à une autre. J'avais la confirmation que je ne pourrais pas habiter à long terme un endroit autre que le mien.

— Ellie ça va ? Pour une fois, c'est toi qui n'as pas l'air bien.

— On vient de passer la frontière.

— Et ?

Elle me regardait dans l'attente d'une explication. Je ne lui avais pas parlé de mes nouvelles attributions ? Il semblait que non.

— Et bien en fait ... Il semble que l'Ezekie m'ait choisi comme reine, débitais-je d'une traite.

— Quoi ?! Et c'est maintenant que tu m'annonces ça ? Alors que ça fait une semaine qu'on voyage ensemble ?! me hurla-t-elle dessus.

Je n'arrivais pas à dire si elle était heureuse pour moi ou horrifiée. Je pouvais la comprendre, moi-même je n'étais toujours pas sûre de ce que je ressentais par rapport à tout ça. Je grommelais des excuses, que je n'avais plus vraiment ça en tête.

Elle se calma rapidement avant de reprendre, perdue dans ses pensées.

— En même temps c'était évident ... La flore qui repousse depuis que tu es arrivée chez nous, qui a cru comme pas possible depuis que tu y es, l'explosion avec tes crises de colère. J'aurais dû m'en douter. Mais donc tu es liée à la terre au point d'avoir du mal à la quitter c'est ça ?

— Il semblerait oui. Je ressens déjà un manque alors qu'on vient juste de passer la frontière. C'est une sensation vraiment bizarre. Comme si j'avais laissé un morceau de mon cœur là bas. Pire que quand j'ai quitté mes parents.

— Donc ça veut aussi dire que mon frère viendra avec toi et que j'hériterais quand même de la couronne ...

Elle semblait désemparée et ses yeux s'embuaient. Les hormones n'aidaient pas non plus.

— Je suis désolée Syrae. Je ne l'ai pas choisi ...

Elle secoua la tête et se mura dans le silence. La dernière porte de sortie qu'elle avait, venait de se refermer brutalement. J'eus mal au cœur pour elle. Je ne savais pas quoi faire pour lui remonter le moral.

Et si Ash ne souhaitait pas revenir avec moi ? Si ce qu'il avait subi l'avait perturbé, au point que ses sentiments pour moi aient changé ? Cette fois-ci ce fut mon moral qui plongea. Je n'osais pas en parler à Syrae.

Petit à petit, la conversation repris entre nous. Pour autant, je sentais toujours cette chape de plomb sur ses épaules. Je ne savais pas comment l'en sortir. Elle ne voulait pas tomber sous la coupe de ses parents et devenir leur marionnette. Ce que je comprenais complètement, pour autant, la seule autre solution me plombait.

Au plus nous approchions du château, au plus nous étions tendues. J'avais insisté plus d'une fois pour qu'elle rentre à l'Académie et me laisse gérer, elle s'y était fermement opposée. Oregon nous rejoignit à quelques kilomètres de l'entrée et me serra dans ses bras.

— Chaton, je m'inquiétais tellement pour toi ! Je savais bien que tu étais chez ces Marcheurs. Tu as refusé de me voir, grogna-t-elle.

— J'avais besoin de me retrouver Oregon. De panser mes plaies seule. Par contre, si ce que Syrae m'a raconté est vrai, je n'aurais aucune pitié.

Comme chaque fois que j'abordais le sujet, mon visage se ferma complètement et mes yeux s'emplirent de rouge.

— C'est pas pour autant que ça me plait. Je ne suis pas sûre que vous deviez aller directement au château. En vous voyant, ils sauront qu'ils doivent renforcer la sécurité.

— Et que nous conseilles-tu ? Il est hors de question que j'attende longtemps. S'il le faut je raserais cet endroit pour le retrouver.

— Graaaou le chaton sort les griffes ! Ironisa-t-elle. Venez vous cacher à l'Académie, de sorte que personne ne sache que vous êtes là. Ensuite, je passerai l'information à quelques gardes qui sont fidèles au Prince. Nous irons le sortir de là.

Malgré son intonation, tout le reste de son corps laissait transparaître la gravité de la situation. Elle planta ses yeux dans les miens avant de poursuivre.

— Elisabeth, j'ai eu la confirmation qu'il était vivant. Par contre, je ne sais pas s'il arrivera à se remettre de ce qu'on lui a fait subir.

Je pensais y être préparée, pourtant ces mots furent trop pour moi. La fureur m'envahit à nouveau, et cette fois, je n'étais pas chez moi pour la décharger. Elle m'enveloppa tel un étau et me pressait de tous les côtés. Je suffoquais. Ce fût à cet instant que Shadow se décida à me pousser du bout du nez. Était-il ignorant du danger ? Je compris par la suite que non. Toute mon énergie passa en lui, il me servit de paratonnerre. Figée, je le regardais rayonner comme je l'avais fait précédemment. Sauf qu'au lieu de continuer à brûler comme j'en avais peur, il absorba totalement ce qu'il avait reçu, ses yeux se mirent à briller du même feu que les miens.

— Ah bah merde alors, souffla Oregon. Un cheval des Enfers.

Lâchant difficilement Shadow du regard, je tournais la tête vers Oregon. Attendant plus d'explications.

— Il n'y a qu'eux qui sont capables de faire ça. Sauf que ça veut dire que toi, tu es liée à un Démon chaton. J'avais des doutes, je ne pensais pas ça possible.

Décidément, quand le sort s'acharnait ... Il ne voulait pas trouver quelqu'un d'autre des fois ? Je haussais un sourcil en la regardant gravement. J'attendais ses explications en me demandant ce que le karma m'avait encore une fois réservé.

— L'énergie qui déborde de toi semble être de source Démoniaque. Étant donné ta nature qui parait hybride, tu ne peux pas tout absorber sans risque. Shadow est donc comme un paratonnerre pour toi. Toute cette énergie lui permet de développer certaines aptitudes, que tu découvriras au fur et à mesure. Ne sens-tu pas sa présence résonner dans ton esprit ?

Je fis un très simple exercice de respiration pour me calmer et ouvrir mon œil intérieur. Je ressentis ce lien dont elle me parlait. Là où auparavant il y avait « juste » un ressenti de lui, il y avait maintenant le même genre de lien que ce qui me liait à l'Ezekie. Je hochais la tête en signe d'assentiment.

— Bien, cela devrait t'aider à maîtriser cette énergie débordante. Il est un peu comme un fusible et une réserve. Même si tu ne le touches pas, le flux navigue entre vous deux en fonction des besoins. Par contre, je ne sais pas quelles aptitudes il va pouvoir développer, ce sera à vous de le découvrir.

— Tu me parais bien au courant de tout ça, rétorquais-je sur la défensive.

Elle me jeta son regard dédaigneux.

— Il faut dire que j'ai eu un paquet d'année pour étudier tout ça.

Je me sentis un peu honteuse de mon attitude. Elle m'aidait et je la mettais en doute.

Nous nous dirigeâmes le plus discrètement possible vers l'Académie. Nous ne devions pas nous faire remarquer par les gardes royaux. Comment ils avaient pu penser que je n'allais pas apprendre qu'il était encore vivant ? Dans quel état était-il ? Que lui avaient-ils fait ? Les scénarios les plus horribles passaient dans mon crâne. Je fulminais et devais me contenir pour ne pas tourner la bride de Shadow et marcher droit sur ce maudit château.

En pénétrant dans l'Académie, j'eus un pincement au cœur en repensant à tout ce que j'avais vécu, depuis mon arrivée entre ces murs la première fois. J'avais perdu mon innocence. J'avais compris que la nature humaine était tordue, je m'étais endurcie. Aujourd'hui, j'étais prête à beaucoup de choses pour arriver à mon objectif.

Syrae partie rejoindre son compagnon et Oregon m'emmena à la chambre qui m'était attribuée. Elle ne me laissa que quelques minutes pour me débarbouiller avant de nous convoquer dans le bureau de l'Ambusien Suprême. Nous devions mettre en place notre sauvetage.

Cela me fit plaisir de voir l'amour resplendissant entre mon amie et Klearn. Ils s'écartèrent précipitamment l'un de l'autre quand nous entrâmes mais leur lien était impossible à cacher. Cela se voyait dans leur corps tendu l'un vers l'autre, dans ce regard teinté d'une tendresse saine et particulière aux amants. J'espérais bientôt vivre ça avec Ash.

— Elisabeth ! Je suis tellement heureux de te voir en bonne santé !

— Moi de même Maître Klearn. Bien que j'aurais préféré que ce soit dans d'autres circonstances ...

Je n'osais pas le féliciter pour la naissance à venir, ne sachant pas si Oregon était au courant. Syrae m'avait dit que j'étais la seule à savoir avec le papa.

— Appelle-moi Klearn s'il te plait. Surtout dans ce cercle restreint.

Je hochais la tête en espérant y arriver. Les vieilles habitudes n'étaient pas toujours faciles à perdre.

— Revenons à nos moutons. Oregon a dû t'expliquer la situation. Nous avons appris que le Prince Asher était gardé dans les geôles du palais. En revanche, je préfère te prévenir tout de suite, il est dans un sale état. Nous ne pouvons pas te garantir que celui que tu retrouveras, sera celui que tu as perdu, annonça-t-il gravement.

Mes poings se serrèrent et l'énergie monta en moi, la Bête se tenait proche de la surface. Au moment où je me dis que j'allais malencontreusement raser l'Académie, je sentis l'énergie se transférer calmement vers Shadow. C'était un vrai miracle, je n'avais plus à m'inquiéter de mes crises de colère. Pour autant, je sentais que celle-ci répondrait à la moindre de mes sollicitations.

Quand je repris pied, Klearn et Syrae me regardaient, effrayés et s'attendant à ce que ce soit leurs derniers instants. Oregon, quant à elle, m'observait comme si j'étais une bête curieuse, un sujet d'analyse.

— Tout va bien, c'est bon, soufflais-je en serrant et desserrant les poings.

— Que s'est-il passé ? m'interrogea Klaern.

— Shadow est un cheval des enfers et chaton s'est lié à lui. Il agit comme un fusible et absorbe l'énergie qu'elle ne peut contenir. Sa Bête doit être un démon.

Maintenant il me regardait aussi comme une bête de foire. Génial. Elle était obligée de tout balancer comme ça sans prendre de gants et de parler comme si je n'étais pas là ? Je la fusillais du regard.

— Oh ça va ne me regarde pas comme ça, c'est normal qu'il sache. Au moins, il est au courant que tu ne risques pas de raser sa précieuse Académie. Et qui sait, il a peut-être d'autres infos sur ton cas.

Elle n'avait pas tort. En plus, maintenant nous savions où orienter nos recherches dans la grande bibliothèque, mais ce serait pour plus tard. J'avais plus urgent à faire.

— Vous avez déjà réfléchi à un plan ? Combien de gardes sont avec nous ?

— Nous devons agir au moment de la relève. Il est tellement affaibli que les gardes ne sont pas très vigilants. Nous sommes sûrs d'un tiers des gardes. Pour les deux tiers restants, certains sont très fidèles à la royauté actuelle mais beaucoup d'autres se contentent de suivre. Les plus fidèles sont essentiellement affectés à la reine. Les autres auraient trop envie de lui planter un couteau dans le dos ...

Nous continuâmes à parler de notre plan pendant de nombreuses heures. Syrae étant épuisée, elle partit se coucher plus tôt. Ce qui nous arrangeait bien, car elle ne devait pas s'impliquer dans cette évasion. C'était trop risqué pour elle et le bébé. Elle voulait à tout prix nous aider à sauver son frère. Heureusement Klearn arrivait à trouver les mots pour tempérer son ardeur. 

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