Première présentation.

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Lucas... J'ouvris brusquement les yeux. Ma première pensée en me réveillant était pour mon meilleur ami. Je me redressai et regardai l'heure. Il n'était que dix heures. Mon vampire allait encore dormir un bon moment. Notre discussion était donc pour l'instant, reportée.

Je me tournai vers lui, il dormait paisiblement. Mon si beau vampire… pensai-je en lui effleurant la joue mais cet élan de tendresse fut bien vite interrompu par mes souvenirs d'hier soir qui refaisaient surface. Eric n'était pas méchant, je le savais, je me sentais connecté à lui, je n’avais donc pas de doutes mais je ne pouvais pas m'empêcher de lui en vouloir pour le contrôle mental qu'il m'avait imposé afin que je laisse ce John partir avec mon Lucas. Est-ce que mon meilleur ami allait bien ? Je ne savais même pas s'il avait son portable avec lui. J'essaierai de lui envoyer un sms après, on ne sait jamais !

Dans tous les cas, je devrai patienter deux longs jours avant de pouvoir le voir… Qui sait ce que ce vampire allait lui faire pendant tout ce temps ?! Non, ça va aller. Eric faisait confiance à ce John qui lui a, après-tout, sauvé la vie. C'était grâce à cet homme qui m'avait semblé effrayant ou tout du moins intimidant que j'avais pu rencontrer l'homme qui m'était destiné.

Bon, il valait mieux pour moi arrêter de cogiter. Je me levai donc afin de prendre une bonne douche et d'aller me préparer un petit-déjeuner copieux, mon vampire m'ayant encore et pour mon plus grand plaisir, épuisé cette nuit...

**

-Bonjour, mon amour.

En entendant la belle voix grave de mon amant, je me retournai et je pus voir que ses cheveux étaient mouillés, il sortait sûrement de la salle de bain.

-Bonjour, lui répondis-je en souriant.

Eric vint alors m'enlacer tendrement avant de poser ses lèvres sur les miennes dans un doux et bref baiser.

-Tu es inquiet, n'est-ce pas ? demanda-t-il en me caressant la joue.

Je ne pouvais rien lui cacher, mes émotions étaient siennes, nous étions liés désormais, faits pour nous appartenir. Je hochai alors la tête, mes yeux plongés dans les siens.

-Ne t'inquiète pas, Sébastian. Lucas est en sécurité. John attendait son calice depuis si longtemps... Deux cents ans de patience et finalement, grâce à toi, mon destiné, il a pu enfin le rencontrer. Sais-tu que tu es ce qui m'est arrivé de mieux dans la vie ? Je t'attendais depuis très longtemps, moi aussi. Les vampires rencontrent généralement leur calice durant leur premier siècle de vie et moi, je t'ai rencontré au bout de cent-trois années d'existence en tant que vampire. C'est plutôt rare mais j'ai dépassé le siècle de quelques années. Je commençais à désespérer. Puis tu m'es enfin apparu afin d'illuminer ma vie qui n'attendait que toi, mon Sébastian...

Sur ces mots qui me bouleversèrent, il m'embrassa cette fois-ci de manière plus prononcée, sa langue caressant doucement la mienne et je ne pus retenir le gémissement qui sortit du fond de ma gorge. En m'entendant, mon vampire me serra fort contre lui, si fort que j'avais l'impression que nos corps ne faisaient plus qu'un et je sentis son érection pressée contre moi. Ses mains se dirigèrent vers mes fesses qu'il pressa en poussant comme un grognement et sa bouche chaude se glissa dans mon cou.

-Mords-moi, murmurai-je, j'en avais si envie en cet instant.

Sans attendre, Eric planta ses canines dans ma peau, me procurant une délicieuse brûlure à laquelle je m'habituais peu à peu pendant que ses mains passaient la barrière de mon jean afin de presser ma chair tendre. Je n'étais plus que gémissements entre ses bras, incapable de bouger, totalement submergé par les sensations fabuleuses qui parcouraient entièrement mon corps.

Quand il finit par retirer ses dents de ma peau, il me souleva et m'allongea avec précaution sur le sofa avant de recouvrir mon corps du sien. Ses beaux yeux noirs étaient devenus dorés, sa bouche était entrouverte et je pouvais voir ses canines particulièrement longues et pointues. Il les rétracta sous mon regard captivé avant de me sourire. Ses yeux reprirent alors leur teinte humaine. Je remarquai qu’il me regardait avec énormément de tendresse et mon cœur se remplit d'amour pour lui.

-Sébastian, je vais nous soulager mais je n'irai pas plus loin. Je t'ai fait plusieurs fois l'amour cette nuit, il faut que je me calme un peu sinon j'ai peur que ton corps ne s'épuise.

En l'écoutant, je ne pus m'empêcher de rougir. Moi qui n'avais pas fait l'amour depuis très longtemps, -à vrai dire depuis l'Université, n'ayant eu qu'un seul petit-ami avant Eric et je ne jugeais pas ceux qui avaient des plans culs mais j'étais trop romantique pour en avoir moi-même, alors mon vampire n'était que le deuxième homme avec lequel je faisais l'amour-, depuis une semaine que mon vampire était apparu dans ma vie, nous n'arrêtions pas de nous sauter dessus ! Eric m'avait prévenu qu'il s'agissait du lien qui se manifestait, que tout cela était normal mais je comprenais ses réticences, il voulait me laisser le temps de récupérer et même si mon corps de calice désirait sentir son vampire en lui, je savais que mon amant avait raison et je ne dis rien, me laissant faire entre ses mains habiles. Il était si prévenant…

Je le regardai ouvrir mon jean et son pantalon afin de coller nos sexes l'un contre l'autre. A ce contact, je ne pus m'empêcher de gémir et ses yeux ancrés dans les miens, il ne perdit pas de temps avant d'entamer de rapides va-et-vient avec sa main. Je pus lire dans ses yeux le plaisir qu'il ressentait tout comme il put lire le plaisir qui me parcourait. Ce moment était si intense qu'aucun de nous ne put lâcher l'autre du regard jusqu'à ce que la jouissance nous prenne au même instant. Il s'écroula alors sur moi, son visage dans mon cou, là où était sa place, pensai-je sous les derniers frissons de plaisirs qui me traversaient.

-Mon calice... murmura-t-il en déposant de petits baisers sur la morsure qu'il m'avait faite précédemment.

Puis il se releva afin de fixer ses yeux aux miens et reprit :

-Excuse-moi, Sébastian. Je suis désolé pour hier soir, de t'avoir imposé mon contrôle pour t'empêcher de suivre John et Lucas. C'était pour te protéger. Il ne faut pas se mettre entre un vampire et son calice, ils sont destinés l'un à l'autre, personne n'y peut rien et John peut se montrer... maladroit. Il s'agit de quelqu'un d'assez solitaire mais tu apprendras à le connaître et tu découvriras sa gentillesse, sa générosité et son caractère passionné qui font de lui une bonne personne. Crois-moi, tu n'as pas à t'en faire pour ton ami.

Il soupira.

-Je ne veux pas que tu penses que je suis un homme qui cherche à te dominer à tout prix et qui ne te respecte aucunement car ce n'est vraiment pas le cas, je te le promets. Est-ce que tu m'en veux ?

L'inquiétude que je lisais dans ses yeux me parut sincère et j'étais si heureux qu'il s'excuse, qu'il se rende compte par lui-même qu'il n'avait pas à me contrôler lorsque je n'étais pas d'accord avec lui, que ma colère s'évapora. Cependant, il ne valait mieux pas qu'il recommence et il fallait que je le lui dise.

-Je suis content que tu t'excuses, Eric. J'étais effectivement en colère contre toi pour m'avoir imposé ton contrôle mental afin de m'empêcher de les suivre mais je suis heureux que tu te sois rendu compte par toi-même de ton attitude, alors je ne t'en veux plus du tout. Mais je préfère te préciser que si tu recommences parce que je ne serais pas d'accord avec toi et que tu voudrais m'empêcher d'agir comme je le désire, que cette fois-ci, ma colère restera et il te faudra sans doute plus que des excuses pour que je te pardonne.

Voilà, c'était dit et sur un ton déterminé. Comment allait-il réagir ? Je vis son beau visage garder son air sérieux en m'écoutant avant que ses yeux ne se mettent à briller et que ses lèvres ne s'étirent en un grand sourire. Quoi ?! Avais-je dit quelque chose de drôle ?

-Ne te mets pas en colère, mon amour. Je souris parce que je suis étonné de découvrir que sous ton apparence délicieusement tendre se cache une force de caractère qui me plaît beaucoup.

Il marqua une pause pendant que je rougissais.

-Tu es vraiment parfait pour moi, murmura-t-il avant de poser ses lèvres fougueusement sur les miennes.

Comme tu l'es pour moi… Et comme pour exprimer mes pensées, je répondis passionnément à son baiser.

**

Une semaine était passée depuis que ce John avait emporté Lucas avec lui. Le lendemain soir, cet homme avait appelé Eric afin de lui dire que mon meilleur ami était parti et que tout ne s'était pas très bien passé entre eux. Mon vampire l'avait rassuré et lui avait donné le conseil d'être patient, ce que j'approuvais totalement, moi qui avais eu peur que ce John enclenche le lien sans l'autorisation de mon ami !

J'avais envoyé plusieurs messages à Lucas pour avoir de ses nouvelles, savoir comment il allait et ce qui s'était passé entre lui et cet homme, et puis j'avais toujours son manteau chez moi mais malgré mes nombreux sms, Lucas ne m'avait répondu qu'une seule fois et c’était au premier que je lui avais envoyé.

Il avait fait l’effort de me répondre seulement afin de me demander de le laisser tranquille car il avait besoin d'être seul, ce qui m'avait fait un peu mal au cœur et ne m'avait pas du tout rassuré sur son état. Je lui avais donc renvoyé plusieurs messages qui étaient tous restés sans réponse jusqu'à aujourd'hui, ce qui me soulagea. J'avais enfin un message de sa part ! Je savais qu'il allait bien et il m'avait promis de passer me voir à mon travail la semaine prochaine. J'en étais plus que ravi ! J'avais hâte de le voir !

Maintenant que j'étais rassuré en ce qui concernait mon meilleur ami, je pouvais être entièrement préoccupé par ce qui m'attendait. J'étais en train de finir de m'habiller de manière élégante et surtout d'une manière dont je n'avais pas l'habitude mais je voulais absolument faire bonne impression. J'étais vêtu d'un pantalon et de chaussures noirs et d'une chemise blanche accompagné d'une veste de costume du même bleu que mes yeux. Ce soir, je me trouvais pour la première fois chez Eric dans sa belle maison à l'allure plutôt traditionnelle vue de l'extérieur mais complètement moderne à l'intérieur. De ce que j'avais pu voir, mon amant aimait le confort.

En quoi cela était-il étonnant après ce qu'il avait vécu par le passé ? Ce fut ce que je me dis en découvrant à l'étage, sa chambre où se trouvaient un énorme lit aux nombreux coussins moelleux et un petit salon en plus de celui au rez-de-chaussée dont tous deux contenaient un sofa et des fauteuils qui avaient l'air plus que confortables. Il se trouvait également une grande cheminée devant laquelle il devait être bon de se trouver pendant les longues soirées d'hiver, une cuisine bien équipée, -preuve qu'il lui arrivait de cuisiner-, et niveau technologie, il faisait dans la modernité !

Durant ces derniers jours, j'en avais appris plus sur sa vie, sur lui. Cette maison n'était pas la seule qu'il possédait, il en avait une autre qui se situait dans la Loire et un appartement dans le sud de la France. Et celle-ci n'était en sa possession que depuis un mois, c'était pour cette raison que nous ne nous étions pas rencontrés avant. J'avais également appris pour ma plus grande surprise, que mon amant était professeur comme mon meilleur ami mais à l'Université et spécialiste de la Première Guerre mondiale.

Il m’avait expliqué qu’il ne travaillait pas dans la même fac plus d'une douzaine d'années, grand maximum, afin que son secret ne soit pas dévoilé. Mon vampire m'avait dit que comme il ne vieillissait plus, au bout de quelques années, il faisait en sorte de paraître un peu plus âgé en portant des vêtements aux couleurs plus sombres ou encore en se laissant pousser la barbe mais il ne pouvait faire cela que quelques années, plus et ça ne serait plus crédible. En apprenant cela, je m'étais dit que sa situation ne devait pas être facile tous les jours car il ne pouvait pas s'attacher à ses collègues, se faire de nouveaux amis et il devait souvent déménager et changer d'emploi. Et je m'étais rendu compte qu'à présent, il s'agissait également de mon destin... Ca allait être plus dur que ce que je pensais de m'habituer à cette nouvelle vie... Mais je n'avais pas le temps de trop y réfléchir pour le moment !

Aujourd'hui, mon amant avait organisé une soirée durant laquelle il allait me présenter à quelques membres de la famille humaine qui apparemment, était amie avec les vampires depuis de nombreuses générations. J'étais angoissé, il fallait que je m'intègre parmi eux. J'étais à présent le calice d'Eric, nos vies étaient liées à jamais et cette famille était importante, je l'avais bien compris. Alors une fois prêt, je pris une profonde inspiration et descendis rejoindre mon vampire. Il se trouvait dans la cuisine, plus beau que jamais dans son pantalon noir moulant légèrement ses fesses bien fermes et sa chemise noire également, entrouverte de quelques boutons et dont les manches étaient enroulées jusqu'aux coudes, mettant sa beauté sombre en valeur. Sa haute stature et sa carrure emplissaient la pièce et je ne pouvais m'empêcher de le trouver terriblement sexy en cet instant. Alors que je le regardais, je sentis mon sexe tressaillir et je me mordis la lèvre. Même si nous nous soulagions de notre désir très régulièrement, nous n'avions pas fait l'amour jusqu'au bout depuis une semaine et je n'en pouvais plus. Il me fallait mon vampire en moi et tout de suite...

Eric dut sentir mon regard qui le dévorait car il releva sa tête penchée vers la table sur laquelle il coupait des légumes et se tourna lentement. Je pus découvrir que ses yeux étaient dorés. Il avait dû sentir mon excitation ! J’en étais un peu gêné…

Il s'avança doucement vers moi sans me quitter des yeux. J'avais l'impression d'être sa proie et ça m'excitait au plus haut point mais alors qu'il allait enfin atteindre mon corps, la sonnette retentit, nous rappelant à la réalité. Une réalité stressante pour moi... Sans que je m'y attende, Eric m'attrapa et me plaqua brutalement contre le mur avant de se pencher sur mon cou et de sentir sans aucune gêne, mon odeur en gémissant.

-Ca fait une longue semaine que je me retiens de te prendre, Sébastian, souffla-t-il contre mon oreille, me provoquant des frissons. Je voulais laisser le temps à ton corps de récupérer mais je n'en peux plus d'attendre. Cette nuit, je vais te prendre et te faire crier de plaisir jusqu'à ce que tu en perdes connaissance.

Sur ces mots pleins de promesses de délices qui firent battre mon cœur plus rapidement, il plaqua ses lèvres passionnément contre les miennes avant de partir vers la porte d'entrée ouvrir à nos invités et de me laisser reprendre contenance. J'avais l'esprit complètement vide. Il fallait absolument que je me reprenne et vite !

Pendant que je reprenais mon souffle toujours dans la cuisine, j'entendis des voix qui exprimaient la joie des retrouvailles. Je pris une grande inspiration, remis mes vêtements légèrement chiffonnés en place et m'apprêtai donc à aller les rejoindre mais c'est à ce moment-là que j'entendis une voix familière, une voix que j'avais connue dans le passé... Je me figeai sur le moment avant de commencer à marcher vers le groupe de personnes que j'entendais. Cette silhouette... Non, ça ne pouvait pas être lui... La silhouette d'un jeune homme brun finit par se tourner complètement vers moi en me voyant arriver dans le hall avant de prendre la parole :

-Bonsoir, Sébastian, me dit-il dans un grand sourire.

-Tho... Thomas ?

Thomas, mon unique ex petit-ami ? Mais qu’est-ce que ça voulait dire ?!...

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Défi
Satis Anomalia

Faites comme tout le monde,
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Perdez vos neurones.
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SAtis Anomalia




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Naya

Les cuisines, ton manager aime bien appeler ça « la prod » – « le lobby », pour ce qui est du curetage des chiottes – qui sait, ça le flatte peut-être dans son statut de chaînon stratège d’une big multinationale, toi pour autant que tu saches ça t’a jamais empêché d’assembler correctement les petits pains du Big Mac, et vu ce qu’on te paie pour le faire ça te fait pas de mal, un peu de sémantique.
Il est dix-huit heures quand tu prends ta dernière commande, un double cheese sans le cheese et pas de salade dans le Big Tasty please.

Aux fourneaux, le rire de Ruben refait tourner les steaks sur eux-mêmes.

Tu lui harponnes un bras dans les vestiaires, y’a longtemps que vous vous êtes pas fait une petite bouffe juste tous les deux quand même, si on compte pas les burgers engloutis en deux minutes à la pause déjeuner.

Comme d’habitude Ruben te balance une date en l’air et comme d’habitude ton sourire résigné lui revient en boomerang. Sans te regarder, il s’enfonce sous sa capuche en silence, et slalome tout schuss entre les flaques d’automne poisseuses.

De retour chez toi, ton 20m² te tire la gueule et le ciel a des allures de punition collective. Y’a des coquillettes mutantes sous cellophane dans le frigo, de la poussière sur les plinthes, ta mère dépose à peine un pied sur le seuil qu’elle dégaine déjà le bidon d’Ajax et la paire de gants en caoutchouc rose qui va avec…

Ton père est là aussi, à cinq mètres de ta mère, distance nonchalante, et le trousseau de la Meriva qui tinte vaguement entre ses doigts, derrière son dos. Ça t’étonnera toujours, l’espèce de froid cordial qu’il y a entre eux, cette façon qu’ils ont de s’accommoder l’un de l’autre comme on s’accommode d’un parasite, deux inconnus bourrés de pudeurs hostiles pourtant largement dépassées, et même plutôt deux fois qu’une, il y a plus de vingt ans de ça.

Tu les as jamais vus autrement que comme ça d’ailleurs, depuis bébé. Depuis que ton père a aventuré sa coupe mulet comme MacGyver entre les jambes d’une minette trop consentante, à l’hiver 91. C’était en plein mois de février : il a prétendu être coincé au bureau à cause du blizzard dehors et toi t’avalais ta morve et tes petits pots de légumes devant Dragon Ball Zed-Zed-Zed – du moins c’est ce que ta mère te rappelle à chaque fois qu’elle touche l’enveloppe de la pension, des restes aigris jusqu’aux pattes d’oie.

« Bon, on la descend cette commode ? », te demande ton paternel, aux aguets comme un employé Darty alors qu’au loin ta mère bougonne – mais il est bouché ce siphon ou quoi ? – à quatre pattes sous l’évier.

Tes parents ont fait deux heures de route depuis Tours pour récupérer cette commode dont tu ne te sers pas – à part pour t’y cogner le petit orteil quand t’es à la bourre. Tu l’as eu du pote d’un pote qui te l’a exposée comme un coupé-cabriolet huit tiroirs toutes options – « Un vrai fourre-tout, j’te dis. » – et toi t’as sauté sur l’occase comme on saute sur tout ce qui bouge quand on a envie de meubler son appart, des projets en vrac plein la cervelle.

Tu lui as envisagé quelque dessein prospère à la lueur du petit chandelier de l’entrée, tout ça pour réussir à en tirer que dalle au final : ça fait un an que tu la regardes tous les jours s’encrasser de poussière à force de trôner sur ton chemin sans jamais savoir comment l’aborder.

Un peu comme ton père.

D’ailleurs, ça ne t’étonne pas qu’il accepte que tu la lui refourgues.

« Mais elle est pas vieille cette commode, Catherine…»

« Non, elle est pas vieille, Patrick. », ta mère : acerbe à tendance exaspérée, côté passager.

« Elle est pas du tout vielle. En la faisant poncer, y’a largement moyen d’en faire quelque chose de bien. Largement. », ton père : la foi aux poumons, mains posées à plat sur la portière du coffre.

Ta mère l’ignore, te prend dans ses paumes, bisous mon chéri, appelle-moi toutes les semaines hein, travaille-bien, ne sors pas tard, embrasse Ruben pour moi, et n’oublie pas d’apporter les papiers à la CAF, Guillaume, yeux fâchés puis yeux tristes, tu vas me manquer mon bébé, et ton père qui sifflote par-dessus le volant, qui guette le vide avec conviction. Il attend que ça se passe, que tu te casses, pendant que les minutes, les Parisiennes et leurs talons lui filent autour. Pendant que ta mère pleure comme si t’étais mourant et qu’il la regarde de loin, comme ça du coin de l’œil – si ça continue c’est lui qui va se mettre à chialer devant la note du parking.

Et seulement quand tu te penches vers lui pour le remercier, là seulement ça lui prend : il t’encercle de son bras velu, grasse tapette à l’épaule, et quand tu te délaces d’un coup il a des yeux fiers ; il se redresse et te tape même la bise.

La bise.

T’en rigoles encore dans ton canapé devant Manchester-Milan en direct-live. Au fond du couloir, la commode a laissé comme un renfoncement évanoui dans le mur, une empreinte fantôme pile dans ta ligne de mire.
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Qalbi
Inspirer de fait réelle.
La méchanceté de l' Homme se construit avec son passé. Comment on m'a appris à me sentir vivante ? C'est une histoire banal à vos yeux mais à mes yeux ce sont mes épreuves,mon vécu. Personne ne peut savoir comment et la vie de chacun jusqu'au moment où on l'apprend. J'ai du faire des choix être battu ou être violé. Il m'a fallut du courage, beaucoup de courage pour surmonter le côté dure de la vie, je vous la donne à présent c'est votre tour.
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