Quand l'étau se resserre

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Chapitre 5 - Quand l'étau se resserre

Les deux sœurs avaient écarquillé les yeux. Hugonnette avait encore adressé un sourire doux à sa sœur qui lui avait retourné une moue de dépit avant de se tourner vers la jeune Dauphine d'Ocanom, un sourire forcé sur le visage.

— Que pensez-vous du fait que la place de Dame d'atours soit déjà pourvue ? avait demandé " La Sublime ".

D'une voix plaisante, Hugonnette lui avait répondu : 

— Si je puis me permettre, chère Princesse Émérienne II, cela me convient tout-à-fait. Si vous choisissez de me faire confiance malgré le rapport surprenant, mais désastreux fait sur moi, être acceptée en tant que Dame de compagnie serait une immense joie et un très grand honneur. 

La jeune Dauphine d'Ocanom avait approuvé la réponse avant de questionner Guillemette :

— Et vous, chère Comtesse, qu'en pensez-vous donc ? 

L'interrogée était fort embarrassée. Elle qui croyait obtenir haut la main la place d'honneur, devait se prononcer sur la place de second ordre. Déçue, elle se disait que malgré tout, être Dame de compagnie n'était pas si négligeable, et qu'avec quelques ruses et beaucoup d'hypocrisie, elle détrônerait vite la Dame d'atours et lui ravirait la place.

— Heu... avait hésité Guillemette de Besson-Blois... Oui... être une Dame de compagnie à votre service...  est ... heu... ce dont j'avais toujours rêvé... 

La Princesse Émérienne II avait eu un large sourire et d'une voix assurée, elle avait ajouté : 

— Bien ! Ma décision est prise ! Je sais avec certitude laquelle de vous deux je vais employer et prendre à mes côtés. Toutefois, avant de vous donner le nom de celle que j'ai favorisé, j'aimerais vous présenter ma nouvelle Dame d'atours.

D'un poignet souple, la Dauphine d'Ocanom avait fait tinter sa clochette et la porte double s'était ouverte en arrière des sœurs qui par politesse, ne s'étaient pas retournées. Au grincement des charnières, elles avaient compris que le battant s'était refermé. Puis, au craquement des lattes de bois vernis, elles avaient entendu la nouvelle Dame d'atours se rapprocher d'elles.

— Voici, avait dit la Princesse Émérienne II, avant même que les deux sœurs aient eu connaissance de l'identité de la jeune fille. Voici celle privilégiée entre toutes. Celle qui a non seulement obtenu le rapport le plus élogieux du Palais, mais de plus m'a été chaudement recommandée par mes pairs. Sa famille est connue de la nôtre depuis des générations, attendu que sa très chère mère, la Vicomtesse Henriette de Bourg-Massepain, fut autrefois la Dame d'atours de ma défunte grand-mère. Pour ces raisons, j'ai souhaité placer ma confiance en la personne de la Vicomtesse Marinnette de Bourg-Massepain ! "

À l'annonce du nom de l'heureuse élue, Guillemette de Besson-Blois avait sursauté et son cœur s'était serré. Le pas léger, la Vicomtesse Marinnette de Bourg-Massepain s'était avancée jusqu'aux deux sœurs puis les avaient salués. Spontanément, Hugonnette de Besson-Blois s'était réjouie pour sa nomination et l'avait vivement félicité. À l'opposé, sa sœur Guillemette était restée bouche bée, sans autre réaction. Pour cause, Marinnette de Bourg-Massepain était la seule de ses anciennes camarades à ne pas avoir accepté de cadeau de sa part, puisque après l'avoir côtoyé trois années de suite, elle savait que Guillemette de Besson-Blois ne faisait rien sans une mauvaise intention derrière. En ce sens, elle ne s'était pas laissé corrompre et, bien évidemment, Hugonnette de Besson-Blois ne se sentait pas à l'aise dans ses petits souliers vernis. 

— Sachez mesdemoiselles, qu'avant notre entrevue, je n'avais pas encore pris de décision ferme pour l'une ou l'autre, avait précisé la Princesse Émérienne II. J'hésitais, c'est pourquoi j'ai pris conseil auprès de la Vicomtesse Marinnette de Bourg-Massepain. Celle-ci m'a longuement et naturellement parlé de vous deux. Comme j'ai en horreur les critiques et les mensonges, et qu'elle savait risquer sa place en cachant la vérité, ainsi que je l'exige de ma Dame d'atours, c'est donc sans rien rajouter ni rien oublier que la Vicomtesse m'a parlé de faits avérés et établis vous concernant. Cela m'a permis d'avoir des éléments supplémentaires, cependant, malgré ma confiance envers elle, subsistait un doute quant à vos réputations respectives. En conséquence, j'ai souhaité vous apprécier par moi-même. Et preuve fut faite en ma présence ! Vos comportements et vos réponses m'ont conforté dans ma première impression. Vous, Hugonnette de Besson-Blois, êtes demeurée constante et détendue durant l'entretien, alors que vous, Guillemette de Besson-Blois, vous êtes montrée nerveuse. Vous aviez l'attitude d'une personne coupable et mal à l'aise. Et même si votre réponse à ma question pouvait semblait satisfaisante, j'ai surpris votre moue de dépit lorsque j'ai annoncé que la place de Dame d'atours était pourvue par une autre. Votre réaction a parlé pour vous, chère jeune fille. C'est pourquoi, apprenez que l'on ne me trompe pas et que celui ou celle qui s'y essaye en subira les conséquences.

Le visage dur et frappant la paume de sa main sur sa table à thé, la Princesse Émérienne II, rajouta :

— Comtesse Guillemette de Besson-Blois, j'ose dire que vous êtes une arriviste, une orgueilleuse et une menteuse pathologique qui a subtilement utilisé puis abusé certains nobles de ma Cour, et n'a pas hésité à salir sa sœur pour lui ravir la place ! Sachez jeune demoiselle, que des personnes telles que vous n'ont ABSOLUMENT rien à faire dans ce Palais ! En conséquence, je vous donne donc très exactement vingt-quatre heures pour quitter les lieux et ne plus JAMAIS y revenir ! Sachez aussi que chaque Bourgmestre de contrées voisines et lointaines, recevra de ma part une lettre de non-recommandation vous concernant. Ainsi, partout où vous chercherez refuge, vous serez surveillée de près. 

Sans un mot, sous les larmes de la charitable Hugonnette attristée du pauvre sort de sa sœur, Guillemette s'était levée. Le cou raide et le nez haut, elle avait dignement rejoint la porte de sortie. Au passage, elle avait croisé le regard mi-désolé mi-amusé de Marinnette de Bourg-Massepain qui avait gardé bouche close.

— À l'avenir, jeune fille, avait rajouté la Princesse Émérienne II d'une voix forte, sachez que tout ce qui est dans les ténèbres n'y reste pas et se dévoile en pleine lumière ! Apprenez à vos dépens qu'un jour ou l'autre, tout se découvre et que tout vient en jugement ! 

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