Splendeur et décadence

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Chapitre 5 - Splendeur et décadence

Aucun territoire, aucun état, aucune monarchie, ne furent omis par la princesse Émérienne II. D'une belle plume, son secrétaire personnel avait rédigé la lettre avertissant chaque souverain en charge d'un royaume, chaque bourgmestre à la tête d'une cité et chaque chef de village, de faire preuve de prudence à l'égard de ladite Comtesse Hugonnette de Besson-Blois. Une fiche signalétique accompagnait la missive, de sorte que si la demoiselle fourbe et manipulatrice s'était présentée sous une fausse identité, elle aurait été reconnue et découverte. De toute façon, peu de chances que la jeune intrigante passe inaperçue et ne se fonde dans la masse... elle était trop ambitieuse pour cela. Oui, peu de chances qu'elle ne cherche pas à intégrer le petit cercle fermé des nobles et des têtes couronnées, puis de s'y faire un nom...

Après avoir erré de lieux en lieux, demandé cent fois asile et cherché refuge du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest, Hugonnette de Besson-Blois trouva enfin une terre d’accueil. C'est dans une contrée prospère, administrée par la Roi Attelinien IV et la Reine Cantalienne III qu'elle mit fin à son itinérance. Ses premiers mois dans cette nouvelle cour, elle montra le visage d'une jeune femme repentante et déplorant son comportement passé. Contrite, elle ne chercha pas à se faire valoir, mais essaya de faire oublier cette mauvaise réputation qui la précédait et l'entravait. Seulement, chassez le naturel, il revient au galop. Moins d'une année après son arrivée dans le château, la Comtesse Hugonnette de Besson-Blois usa de ses charmes pour séduire le Roi Attelinien IV et en faire son amant. La punition de la Princesse Émérienne II ne lui ayant pas servi de leçon, elle enflamma le cœur du Roi qui en fit sa favorite. La place était de choix et la jeune Comtesse s'imagina ravir le trône de la Reine Cantalienne III. En attendant, elle profita des largesses du Roi, s'étourdissant de luxe et de bijoux somptueux.

Pour ce faire, elle utilisa une fois de plus la ruse et le mensonge, et attira le cuisinier du palais dans ses filets ensorceleurs. Malheureux homme, qui éblouit par la Comtesse se laissa corrompre et devint son complice. Selon les instructions de la belle dame, il rajouta de l'opium à doses infimes mais suffisantes dans la composition des repas de la reine Cantalienne III. Par cet acte, Hugonnette de Besson-Blois voulait que la souveraine devienne, à son insu, dépendante du produit. Puis qu'au fil d'un temps qu'elle espérait rapide, elle sombre dans la déchéance et soit répudiée par son époux.

Seulement, après une année à avoir partagé le lit adultère du monarque éperdu d'amour pour sa maîtresse, le Roi Attelinien IV eut vent de son plan machiavélique. C'est par la bouche même du cuisinier abusé par la perfide Comtesse, mais torturé dans son âme depuis des mois, que le souverain fut informé du crime à petit feu.

Le Roi qui avait donné sa chance à la jeune Comtesse exilée, s'estima hautement trahi et admit qu'elle avait un cœur perverti et foncièrement mauvais que ni le temps, ni les leçons du temps, ni les sanctions ou les interdictions, ne pouvaient améliorer ou changer. Fou de rage, il fit enfermer Hugonnette de Besson-Blois dans les sinistres geôles du château et décida de ne pas répondre à ses requêtes pour abroger sa peine de réclusion à vie, pas plus qu'à ses lettres de pardon journalières. Malgré ses cris et ses supplications, le Roi resta sourd et inflexible. Dés lors, soumise à la condition la plus basse et la plus misérable dans l'échelle sociale, l'ambitieuse Comtesse, emprisonnée dans une tour sale et humide n'eut d'autre choix que d'appeler sa sœur à la rescousse.

Par le biais d'un gardien, ému par ses beaux yeux suppliants, une missive arriva dans les mains d'Hugonnette de Besson-Blois.

 


Expéditeur : Guillemette de Besson-Blois

Destinataire : Hugonnette de Besson-Blois

Ma Chère sœur

Si je fais appel à toi aujourd'hui, c'est que me voilà dans une bien triste condition, la plus vile en vérité. Voici déjà une année pleine que je croupis dans une affreuse prison au milieu des rats, de la puanteur et du froid. Ce grand malheur m'a fait comprendre la folie de mes désirs, mais le Roi Attelinien IV qui m'a fait enfermer n'en veut rien savoir et ne croit pas à mes regrets sincères. Oui, ma Chère sœur, ce temps d'isolement, m'a fait prendre conscience de l'horreur de mes actes et du chagrin que j'ai dû te causer. J'ai réalisé que je m'étais perdue dans ce besoin d'être admirée et de vouloir être la première. À cause de ma vanité, me voilà cruellement punie. Moi qui n'étais qu'une orgueilleuse, une conspiratrice qui avait soif de plaisirs et de pouvoirs, tout cela n'a plus d'attrait à mes yeux. Désormais, je vois tout cela comme boue et vanité. Voilà bien mon jugement. Ma sœur que j'ai tant offensée, à qui j'ai fait tant de mal... Oh combien, je le déplore... Dans mon malheur, je reconnais toutes mes fautes et chacun de mes torts, et souhaite réparer mes erreurs si l'opportunité m'en est donnée.

 


 

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