Chapitre III

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Les jours précédant le samedi furent longs, trop longs entre les cours rébarbatifs et de mornes soirées passées le plus souvent dans la solitude. Je n'avais goût à rien, je tentais diverses occupations mais les abandonnait presque aussi vite.
Incapable de la moindre minute de concentration, j'attendais qu'il se passe un imprévu dans ma vie, quelque chose que j'avais du mal à définir. Une rencontre peut être, ou bien le retour de mon père, celui que je n'avais jamais connu. A part dans les moments de déprime, je ne pensais jamais à lui, comment penser à un parfait inconnu qui avait sans doute refait sa vie loin de Ploucland.
J'avais abandonné tout espoir du côté du lycée, je ne rentrais dans aucun groupe bien défini, je ne possédais pas leurs codes et leur langages Je n'étais pas une fashion victime comme la plupart des autres lycéennes, je n'étais pas une intello passant sa vie en bibliothèque ou le nez dans ses cours, je n'aimais pas le sport, je ne faisais pas partie des cheerleaders avec leur accoutrement ridicule et flirter avec les garçons était une activité encore inconnue pour moi.
Entre les recommandations voire les peurs et les angoisses de ma mère et l'âge mental des mecs de mon lycée, j'étais peu incitée à explorer cette voie pour me sortir de mon ennui. Parfois je me sentais comme une détraquée, légèrement associable, avec un statut de rebelle que je n'assumais pas totalement.
Dans ces moments de semi déprime, j'avais envie de faire mon sac, prendre un ticket de bus Greyhound en direction de Los Angeles avec ma guitare, mon carnet de textes et mon book.
Avec tous ces atouts j'arriverais bien à décrocher quelque chose, un rôle dans un téléfilm ou entrer dans une groupe de rock. Faire la java toute la nuit après des concerts dans les clubs des bas fonds de LA voila qui avait de la gueule.
J'en avais parlé une fois avec ma mère, elle était devenue blême comme si je venais de lui annoncer une maladie incurable avec trois mois d'espérance de vie. Pour elle je finirais sur le trottoir, droguée dans ruelle puante, ou bien alors je me ferais embobiner par un beau parleur me promettant une grande carrière et je finirais avec un gosse dans le tiroir avec pour seule perspective un boulot de femme de chambre dans des motels miteux.
Bref j'aurais une vie tellement sordide que je finirais alcoolique et aigrie, sans doute que je finirais même par me suicider pour échapper à cette vie pathétique.
Il me sembla qu'il était inutile de poursuivre cette conversation avec ma mère qui avait des idées bien arrêtées sur les grandes villes et leurs dangers et sur les métiers artistiques. Avocate lui semblait un bien meilleur avenir même si ce métier ne présentait guère d'intérêt pour moi.
Je gardais donc mes rêves de célébrité secrets et continuant de noircir mon carnet de textes sur des romances improbables, des bad boys au cœur tendre et tout un univers plus fantasmé que réellement vécu.
Le samedi finit par arriver, j'étais curieuse de voir la réaction de ma mère et j'appréhendais un peu car Michael n'était pas un grand bavard, il parlait encore moins que moi et j'étais un peu inquiète sur sa tenue vestimentaire, il était souvent complètement débraillé ou habillé comme l'as de pique avec une harmonie des couleurs qui prêtait pour le moins à sourire et en général à des moqueries au lycée.
Je lui avait bien fait quelques recommandations mais je doutais qu'il les applique. Il avait tendance à avoir une mémoire de poisson rouge pour certaines choses.
Je guettais son arrivée devant la télé, les odeurs provenant de la cuisine me donnait l'eau à la bouche, surtout celle de la tarte aux fruits qui finissait de cuire dans le four.
- Maman ça sent trop bon, tu t'es surpassée ce soir m'écriais je.
- J'ai peur d'en avoir un peu trop fait, j'espère que ton ami a un solide appétit.
- Mais oui t'inquiète on finira tout.
On sonna à la porte et je courus à la porte pour lui ouvrir. Je restais stupéfaite, Michael tenant une bouquet multicolore dans sa main, vêtu d'un beau pantalon de velours noir et d'une chemise blanche impeccable.
Je lui sautais au cou et lui murmurait
- Bravo pour la tenue tu es superbe.
Ma mère fut enchantée du bouquet et le mit dans son plus beau vase, cela faisait longtemps qu'on ne lui avait pas offert de fleurs.
Finalement le repas se déroula comme dans un rêve, Michael fit la conversation comme s'il connaissait ma mère depuis toujours, il la complimenta à de nombreuses reprises sur sa cuisine et sur la maison qu'il trouvait charmante.
On finit la soirée sur la terrasse, profitant de la douceur du temps bien installés dans des fauteuils, finalement le bonheur pouvait être aussi simple qu'un bon repas et une discussion sur une terrasse. Cette soirée m'avait redonné le moral et je vis que Michael plaisait à ma mère, au moins elle pouvait constater que tous les hommes n'étaient pas des vauriens, des menteurs et des lâches.


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