Chapitre 23

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Forêt de Sqenia, Dalkia, Utopia, 8 juillet 1990, environ 22h00

—Bon sang Kodyn ! ça fait pas quatre heures que mes hommes sont là et ils se font déjà attaquer par un traqueur de paranormaux ! Quand est-ce que vous comptiez me dire que vous aviez un paranormal dans vos rangs ?! cria le général Timéli.

Timéli connaissait bien Grant Kodyn. Le Véerème s'était déjà offert les services des commandos MOCH pour soutenir ses troupes dans divers opérations de maintien de la paix sur le continent Pacifique. Quelques-unes d'entre-elles impliquaient aussi Timéli. Ils avaient donc déjà travaillé ensemble.

Hal et Olympe assistaient à la scène impuissants. Même si les commandos MOCH inspiraient le respect chez leurs alliés et la crainte chez leurs ennemis, Timéli ne semblait pas intimidé par les MOCH. Malgré la colère qu'il semblait avoir envers Kodyn, il avait confiance en lui et ses hommes.

—Ils ne sont pas dans les miens mais dans ceux de la Résistance. Et puis ils nous ont bien aidés... commença Kodyn avant d'être interrompu.

—Parce qu'il y en a plusieurs ?

Le simple fait de savoir que des paranormaux étaient présents inquiétait le général Timéli. Hal se souvint alors de l'interrogatoire. Celui durant lequel l'empereur Emilien du Efdéème avait dit à Jack que le Véerème n'appréciait pas les paranormaux. Apparemment, l'empereur n'avait pas menti à ce sujet.

—Oui on est deux, dit Hal en s'avançant d'un pas. Moi-même et Jack, un résistant.

—Ah vous entendre on dirait que vous ne faites pas parti de la Résistance.

—Je n'en fait pas vraiment parti, je suis exotien.

—Sans déconner ? Mais alors que faites vous ici ? demanda Timéli intrigué. On ne voit jamais d'exotiens sur Utopia. En tout cas pas depuis votre dernière visite il y a de ça des années.

—C'est une longue histoire. Et puis la dernière fois que des exotiens sont venus, il y avait la guerre ici, pas étonnant que nous ne soyons pas revenus, répondit Hal tenant tête au général véerémois.

—Peu importe, dit Timéli. L'amiral Stone et les hommes du colonel Sommer marchent déjà vers Seed. Nous partirons demain à l'aube pour les rejoindre. En attendant, je vais ordonner à mes hommes de sécuriser le périmètre. On ne sait jamais, il pourrait y avoir d'autres de ces choses.

—Ce ne sont pas spécialement des traqueurs de paranormaux, reprit le commandant Kodyn. Ce sont les "commandos de l'ombre". Ceux que le efdéème a par erreur, appelé "commandos méchants".

Ce sont les elfes qui ont baptisé ces monstres en premier pour la simple et bonne raison que ce sont eux qui les ont rencontré les premiers. Et le terme elfique qui les désignaient voulait à la fois signifier "méchant" et "ombre". Après avoir rencontré ces choses il y a trente ans, le Efdéème a voulu leur donner un nom. Ils n'ont fait que traduire maladroitement l'appellation elfique.

—Oui, je les connais moi aussi ce sont eux qui ont décimé la quasi totalité de l'un de nos bataillons il y a trente ans durant la guerre contre le Efdéème... Durant la bataille de Raenimor. Mais vous avez l'air d'en savoir plus que moi à leur sujet... conclut Timéli invitant Kodyn à continuer.

—Ils sont rarement envoyés seul. Ils opèrent le plus souvent par binôme.

—Génial... alors il y en a sans doute un autre dans les parages.

—Ils sont rapides, possèdent des réflexes extraordinaires, ils excellent dans le domaine de l'illusion et dans les combats au corps à corps et comme je le disais, ce ne sont pas forcément des traqueurs de paranormaux. Même s'ils sont aujourd'hui connus chez les rares personnes qui les ont vu pour traquer des paranormaux, c'est en grande parti faux. Il leur arrive parfois de les chasser, c'est vrai... Mais ça n'est pas leur spécialité. D'ailleurs comme vous le savez, il y a trente ans ils se sont alliés avec l'un d'entre-eux. Et vous connaissez la suite général...

—Mais qui les a envoyés alors ? Le Efdéème ?

—Je ne pense pas que ce soit le Efdéème général... Pour la simple raison que ça n'est pas leur genre.

—Mais alors si ça n'est pas le Efdéème qui les envoient... alors qui ? et pourquoi ?

—Ils ne prêtent allégeance qu'à des individus qu'ils jugent dignes, des individus qui leur inspirent un profond respect. Généralement ça n'inclut que des puissants paranormaux où des puissants seigneurs de guerre de l'empire de l'ombre. Et les missions qu'ils leur donnent sont diverses. Allant du vol à la guerre, en passant par les assassinats. Ils peuvent être là pour n'importe quoi ou n'importe qui. Et ils sont généralement prêts à tuer quiconque se mettra en travers de leur chemin.

Cette phrase glaça le sang d'Olympe. Elle avait vu le regard de cette chose lorsqu'elle se trouvait en face d'elle... Ce "commando de l'ombre" en avait apparemment après elle. Il était là pour la tuer... C'est en tout cas ce qu'Olympe avait ressenti à ce moment-là. Mais pourquoi elle ? Et qui lui en voudrait au point d'envoyer un représentant de cette organisation pour la tuer ? Peut-être y avait-il un rapport avec Jack... ou même Hal...

Mais elle n'avait pas envie de faire part de cette pensée aux autres. Elle avait l'impression que l'assaillant était là pour elle. Mais peut-être que ça n'était qu'une impression. Car au bout du compte, elle ne voyait pas pourquoi on enverrait une de ces choses rien que pour la tuer elle.

Pour le moment, Olympe voulait retrouver son frère. Elle ne l'avait pas revu depuis qu'il s'était mis en colère contre la Résistance après la mort de Jason. Elle craignait qu'il ne soit parti. Elle craignait qu'il ait claqué la porte à la Résistance.

Si c'était le cas, alors il était en danger. D'après Kodyn, les commandos de l'ombre sont toujours par deux minimum. Or, un seul d'entre eux avait été abattu. Alors il se pouvait qu'un autre rodait dans les environs. Zack pourrait très bien se retrouver face à lui. Et si c'était le cas, il y avait peu de chance que le commando de l'ombre le laissait en vie.

Elle décida alors de partir à sa recherche. Elle avait à peine fait quelques pas qu'elle tomba sur Dwayne. il était assis avec d'autres résistants autour d'un feu.

—Dwayne ?

—Olympe ? Tu t'en es sortie ?

—Oui, ça va.

—Je suis au courant pour Jason. Je suis désolé. J'ai vu ton frère et...

—Tu l'as vu ?! Quand ?! le coupa Olympe.

—Il y a un bon quart d'heure... Il a prit un un sac et des munitions. Il m'a dit que Moriano l'envoyait patrouiller autour du périmètre de sécurité.

—Tu as vu le capitaine lui demander de le faire ?

—Non... répondit Dwayne ne voyant pas où Olympe voulait en venir.

—Alors il faut qu'on le retrouve.

—Pourquoi ?

—Parce qu'il est possible qu'il ne soit pas parti patrouiller.

***

Pendant ce temps, Hal était toujours avec Grant.

—Vous avez perdu beaucoup d'hommes durant l'attaque ? lui demanda t-il.

—Pour l'instant, six plus deux MOCH qui manquent toujours à l'appel.

—Je suis désolé.

Une jeune femme s'approcha d'eux. Hal la dévisagea. Elle portait une armure de commando MOCH mais ne portait pas le casque. Sans doute l'avait-elle perdu lors de l'attaque. Elle avait une cicatrice sur la joue droite. Elle avait les yeux couleur noisette, tout comme ses cheveux qui étaient attachés en chignon. Elle devait avoir une vingtaine d'années environ, peut-être même moins.

—Commandant ?

—Oui soldat ?

—Euh... les commandos Shev et Keenos sont morts monsieur. Ce qui élève nos pertes à huit.

Elle tendit au commandant Kodyn un pistolet à Silex. Sans doute celui de l'un des MOCH tombés au combat.

—Merci Bénédicte, dit-il en prenant l'arme. Je suis désolé.

La jeune femme repartit. Kodyn réflechit un instant. Depuis qu'il dirigeait les commandos MOCH, c'était la première fois qu'il perdait autant d'hommes d'un coup. Aucun MOCH n'était tombé lors de l'attaque de la tour REGIS. Huit sont tombés lors de l'attaque de la frégate.

—Je suis encore une fois désolé pour vos hommes, dit Hal.

—C'est la guerre, dit Kodyn en rangeant l'arme dans une sacoche.

—Ces armes... reprit Hal en faisant référence aux pistolets à silex que semblaient porter tous les MOCH. Elles sont anciennes.

—Dans leur conception oui. Tous nos commandos en ont une comme celle là. C'est une tradition chez nous. Ces armes sont anciennes mais celles que nous avons, sont améliorées par rapport aux anciens pistolets à silex et mousquets que l'on avait il y a trois cents ans.

—On ? Vous voulez dire que les commandos MOCH existent depuis trois cents ans ?

Kodyn se mit à rire.

—Non. Il y a trois cents ans nous avions déjà ce genre d'arme. Mais notre organisation existe depuis plus longtemps que ça. Et depuis toujours nous nous battons pour ce qu'on estime être juste.

Dans sa réponse, Grant Kodyn n'avait pas mentionné depuis quand exactement les commandos MOCH existaient. Hal n'avait pas envie de lui poser la question. Il était toujours intimidé par ces guerriers. C'était la première fois qu'il avait une vraie conversation avec un MOCH. Et il avait déjà appris des choses sur eux.

Hal les admirait. Pour lui, Exotis avait besoin de guerriers comme eux. Des guerriers qui inspiraient la peur chez leurs ennemis. Des guerriers qui se battaient comme eux pour des causes justes ou simplement pour défendre Exotis des menaces extérieures. Contre le Efdéème par exemple... S'il lui venait un jour l'idée d'attaquer Exotis.

—Bon, je crois qu'il est temps d'aller nous reposer, reprit le commando MOCH, on part demain à l'aube.

—Oui... répondit Hal. Bien sûr.

***

Olympe et Dwayne recherchaient Zack depuis quelques dizaines de minutes déjà. Olympe avait pris soin de raconter à Dwayne ce qu'il s'était passé: la détresse de Zack, sa colère, le "commando de l'ombre", de quoi ils étaient capables selon Kodyn. Elle lui avait dit qu'il était fort possible qu'un autre commando de l'ombre soit dans le coin.

—Quoi ? Mais s'ils sont hyper rapides, agiles, maîtres de l'illusion et tout le bordel... Tu crois que si on tombe dessus, on a une chance, à deux ? Tu crois pas qu'on aurait dû demander à Jack ou à Hal de nous accompagner ? Ou même à Kodyn ?

—Pas de panique Dwayne, regardes autour de toi, on fait pas quinze mètres sans voir un soldat véerèmois. Et puis si besoin, ils ont même stationné des chars et des véhicules de combat un peu plus loin le long de la route.

—Oui mais je sais que si tu ne le trouve pas ici, tu vas vouloir t'aventurer en dehors du périmètre.

—Oui mais rien ne t'empêches de me suivre.

—Je ne dit pas que je ne veux pas t'accompagner. Je dis simplement qu'il fait nuit, qu'on risque de tomber sur des ombres assassines et qu'il aurait été plus prudent de demander à...

—Attends, tais toi... Tu as entendu ? demanda Olympe qui venait d'entendre une espèce de murmure.

—Non...

Olympe se sentait attirée par quelque chose. Elle avait l'impression que quelque chose les observaient. Peut être que c'était dans les arbres. peut-être que c'était derrière des fougères, ou peut-être n'était-ce qu'une impression. En tout cas, elle semblait apeurée.

—Olympe ? ça va ?

—Je... J'ai l'impression qu'il y a quelque chose dans le coin.

Dwayne épaula son fusil. Olympe commençait sérieusement à lui faire peur.

—Mais merde Olympe, je n'entends rien moi...

Les deux résistants entendirent derrière eux, une branche se casser. Ils se tournèrent armes à l'épaule.

—Et là, mais qu'est-ce que vous faites là ? demanda un soldat véerèmois, accompagné d'un autre.

Olympe et Dwayne soufflèrent, rassurés de voir deux soldats alliés.

—On...on, a entendu un bruit et on voulait s'assurer que personne ne tentait de s'introduire dans le camp... répondit Olympe avant de partir, invitant Dwayne à la suivre.

—Pff, ces résistants... dit le soldat Véerèmois à l'autre soldat qui l'accompagnait.

—Laisse les, ils sont jeunes. Ils veulent bien faire c'est tout.

Les deux soldats reprirent leur ronde.

—Bon qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda Dwayne.

—Tu as raison... C'est trop dangereux de s'aventurer là dedans ce soir.

Il commençait à faire de plus en plus sombre. La nuit tombait. Olympe se rendit compte qu'il était en effet trop dangereux de poursuivre les recherches ce soir.

—Tu crois qu'il est où ton frère ?

—S'il est parti, il est sûrement en route pour la ville la plus proche... à savoir Télos.

—Télos ?! Mais qu'est-ce qu'il irait foutre là-bas ?

—C'est justement ce que j'ai essayé de te dire Dwayne... Il en veut à la résistance et au Efdéème pour la mort de Jason. Je crois qu'il va faire cavalier seul. Ou tout simplement qu'il va arrêter de combattre l'envahisseur et laisser le Véerème faire.

—Bah après tout... il n'a pas vraiment tort... dit Dwayne surprenant Olympe. Le Véerème est suréquipé, ils sont armés jusqu'aux dents et...

—Et quoi ? Tu crois qu'on doit les laisser se battre seuls ? ça reste notre combat Dwayne.

—Oui... bien sûr. Et je compte bien me battre jusqu'à ce qu'il n'y ait plus un seul efdéèmois à Dalkia...

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