Change ta vie avec Google !

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- Finalement tu es revenu ?
- Cela t'étonne ?
- C'est...bizarre !
- C'est mieux pour toi et les enfants.

Catherine K se tut. elle regarda son mari, Philippe, comme si elle avait affaire à un être transparent .
La scène se renouvelait tous les matins, mais elle avait toujours un étrange parfum.
Catherine allait poser la question qui lui brûlait les lèvres, quand on entendit sonner à la porte.

Philippe dit :

- Des chinois !
- Tu es sûr, demanda Catherine ?
- En tout cas ce n'est pas le croque- mort !

Souriante , Catherine ouvrit la porte.
Elle posa la question habituelle :

- C'est Google qui ?
- Oui, répondit le guide, nous avons cherché le couple le plus heureux au monde.
- Et ? demanda Philippe.
- Vous avez, depuis un an, la première place.

Catherine se mordit les lèvres et demanda :

- Et ce matin ?
- Numéro un dans les recherches Google, répondit le guide.

Catherine soupira et donna les conditions :

- C'est une photo par couple et 1000 euros la photo.
- Pas de problème, dit le guide.
- Il faut payer en liquide.
- Pas de problème, dit le guide.

Les quinze couples chinois payèrent et, chacun eut droit à sa photo porte bonheur, avec le-couple-le plus- heureux-sur terre.

Le guide demanda:

- Et le supplément ?
- Quel supplément, demanda Catherine ?
- Le supplément , au delà de 10000 Euros !
- Pas de problème, répondit Catherine.

Philippe s'avança et déclama LE poème, repris, en choeur, dans sa version chinoise :

A Paris

A Paris je suis né
A Paris il y a trop d'années
A Paris enfant adolescent j'ai vécu
A Paris l'amour un jour de mai m'a vaincu

Un jour de printemps
Innocent
Des baisers hésitants
Indécents

C'est gênant
C'est troublant
C'est fâcheux

Quand je suis amoureux
Pour moi l'amour
C'est toujours

Corps et âme
C'est mon drame
Corps et âme

A Paris je suis né
A Paris il y a trop d'années
A Paris enfant adolescent j'ai vécu
A Paris l'amour un jour de mai m'a vaincu

Mon âme
Ma vertu
Tout était nu

Quand ses charmes
M'ont désarmé
Au seuil de l'été

Pour avancer
Sur les chemins
Incertains

Mal balisés
De l’interdit
De l'inédit

Il fallait se dénuder
Voyager léger
Ne pas se retourner

A Paris je suis né
A Paris il y a trop d'années
A Paris enfant adolescent j'ai vécu
A Paris l'amour un jour de mai m'a vaincu

Ma cavalière
Tu étais si légère
Si peu fière

Ta robe courte
Bien trop courte
Rendaient insincères

Les préliminaires
Ma cavalière
Si peu sévère

Ma cavalière
Sans cesse Je te couvrais
De baisers car tu avais

La beauté d'un ange
Celle qui jamais ne passe
Celle qui jamais ne lasse

Et pourtant elle dérange
Tant elle est étrange
La beauté d'un ange

A Paris je suis né
A Paris il y a trop d'années
A Paris enfant adolescent j'ai vécu
A Paris l'amour un jour de mai m'a vaincu

Ravis les touristes remontèrent dans le car, en tenant la précieuse photo, qui aurait sa place à côté de l'autel des ancêtres.

Catherine s'assit dans le canapé, face à Philippe et demanda :

- Tu repars quand ?
- Tu le sais : à midi.
- Oui, après, je sais que c'est dangereux pour toi.

Catherine osa, enfin, poser La question :

- Et pour Jérôme ?
- Jérôme ?
- Cela ne te dérange pas ?
- Avant, tu couchais déjà avec lui.
- Maintenant, c'est toutes les nuits.
- Je n'arrive qu 'à huit heures, rétorqua Philippe, en haussant les épaules.

Catherine se mit à pleurer :

- C'est une histoire de dingue.
- Un peu, dit Philippe, en souriant
- Google n'est jamais à jour.
- Et Google a toujours raison, ironisa Philippe.
- Tu es mort et enterré depuis trois mois !
- Et je suis toujours là !
- Il faudrait leur dire.
- Tu l'as fait, répondit le zombie.
- Oui, mais pour Google tu es toujours vivant.
- Et notre couple est toujours le couple le plus heureux au monde.
- Tout cela a un bon côté, pouffa Catherine.
- Tu te fais plein de sous, c'est bon pour les enfants philosopha Philippe.
- je peux t'embrasser, demanda la veuve ?
- Surtout pas, cela porte malheur d'embrasser un mort !

Midi approchait, Philippe commença à s'effacer.

Restée seule, Catherine songea au nouveau slogan de l'entreprise californienne : " Change ta vie avec Google".

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Maintenant, je joue, seul devant mon écran. Le chat dort toujours. Je sélectionne des équipes adverses. Je suis seul et je fais ce que je veux, jouer comme je veux. Sans règle, sans loi.
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Un tumulte grandiose s'éleva dans les airs lorsque mon premier but contre mon camp fut marqué. C'étaient des mouvements de colère. Des grondements lourds et sonores s'élevèrent au dessus du stade bondé de monde et se perdirent dans le ciel bleu. Dès mon deuxième but marqué contre mon camp,à nouveau un tumulte géant secoua la foule, comme le cri d'un volcan pour laisser éclater sa joie ou sa douleur. Mon plaisir était sans limite. Un plaisir jouissif. A chaque but marqué, c'était une bouffée de sang chez le commentateur qui commençait à s'enerver sérieusement. L'arbitre ne savait plus où donner de la tête. Le peuple du football s'agaçait à me voir marquer contre mon camp. J'étais un traître à ses yeux. Les insultes fusaient. Ce fut tour à tour des crachats, des jets de bouteilles qui sortirent de l'écran et qui atterrissaient dans le salon. Mais mon plaisir était tel que rien ne m'arrêtait. Je continuais sans le moindre remords à jouir de mon plaisir égoïste, à envoyer dans les filets, ceux de mon camp,des boulets de canon à la vitesse de la lumière qui allaient mourrir au fond des buts. Et c'était à chaque fois des cris, des vociférations de colère, des hurlements d'indignation contre cet hérétique qui marquait contre ses propres équipiers et qui semblait en tirer un plaisir indécent.
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J'ai fui aussi vite que possible, sans demander mon reste.
Sans même me poser la question si cette chose était possible ou pas. Comment se faisait il que des gens puissent sortir de la télé armés d'une bate de baseball et s'attaquer à un honnête citoyen qui voulait jouer à un jeu qu'il avait payé de son argent, un jeu dont il disposerait comme il l'entendait? Des gens en chair et en os qui ont voulu m'oter la vie à coup de bate parce que je n'étais pas d'accord avec eux. Je voulais jouir de ma liberté de consommateur. Je voulais marquer contre mon camp. J'aime cela. Ce n'est pas un crime de marquer contre son camp. En politique vous êtes exclu de facto. Mais là, ce n'était pas de la politique. Ce n'était qu'un match de foot. L'esprit de corps était de rigueur. Mais je n'avais pas cet esprit de corps.
Le fascisme à l'état pur. Le football est un fascisme.Le sport en général est un fascisme. Un fascisme dès lors qu'il est arraché à sa finalité première, procurer du plaisir à celui qui le partique et non enrichir les poches de ceux qui en tirent des intêrêts d'argent.
J'eu le temps de m'extirper du salon, sortir de ma maison et crier "au secours des ânes bâtés, des hooligans veulent me tuer !" .
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La télé était éteinte. Rien n'avait bougé dans le salon. Le chat dormait toujours sur le sofa. Un jeu vidéo était posé sur la table basse encore enveloppé dans son cellophane avec le prix dessus, 49.90 euros.
Une bouteille de wisky trônait sur la table basse. Vide. Le lit de la chambre était défait.
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