Chapitre 4. Chasse aux Sorcières & Inquisition (pt - 2)

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La lumière tamisée du soleil avait réussi à éblouir la jeune servante alors qu’elle sortait de prison. Ce jour-là était aussi gris que le jour de l’assaut des démons. Les arbres l’entouraient ce qui indiquait qu’elle se trouvait hors de la ville. Le vent passant entre leurs feuilles donnait l’impression qu’ils murmuraient. En faisant attention aux conversations qui se tenaient autour d’elle, la jeune fille comprit que la prison se trouvait en dehors de la muraille certes mais demeurait encerclée par des murs. En effet, en s’avançant un peu plus loin dans ce qui ressemblait à une forêt, un potentiel évadé serait automatiquement arrêté dans sa fuite. La prison était donc elle-même entourée par des murs reliés à la muraille par l’extérieure. Un doux air l’accueilli et fit soulever ses cheveux. Elle avait encore mal au nez après ce qui s’était passé à l’intérieur et le toucha pour essayer de faire partir la douleur. Elle avait encore des menottes aux poignets et ces dernières limitaient ses mouvements. Devant elle se trouvait une charrette couverte qui semblait l’attendre. Elle avait une porte à l’arrière et de petites ouvertures sur les côtés. Ce véhicule servait de transport aux prisonniers entre le tribunal et la prison. Pieds nus, elle fut accompagnée par un garde jusque devant la charrette. Elle n’eut pas besoin qu’on lui demande d’entrée qu’elle avait déjà posé le pied sur la marche et s’assit rapidement à l’intérieur. Elle, tout ce qu’elle voulait était s’éloigner le plus vite possible de cet endroit sordide et ne plus jamais en entendre parler. L’endroit où était placé cette prison faisait froid dans le dos. Une personne qui y était enfermée pouvait facilement être oubliée, elle disparaissait pour toujours. La porte fut refermée derrière elle laissant ainsi l’endroit plongée dans l’obscurité totale. Même si l’intérieure de la charrette était complètement sombre, elle arrivait à distinguer les formes parfaitement comme en plein jour. Elle reconnut notamment avec étonnement la silhouette qui était assise en face d’elle. C’était le chevalier. Il était assis en face d’elle, les mains menottées, la tête baissée et silencieux. On l’avait dépouillé de tout son équipement et ne l’avait laissé qu’avec un pantalon et une simple chemise blanche avec quelques taches ressemblant à celles qu’elle avait sur sa robe. Comme Parika il était aussi pieds nus. Cependant pour une raison qu’elle ignorait il avait gardé son heaume sur la tête, rendant ainsi impossible de voir son visage. Elle voulut lui parler mais s’en dissuada automatiquement. Parika s’installa en silence et quelques minutes plus tard le convoi composait de la charrette, tirée par de robustes chevaux, et une calèche à l’avant, qu’empruntaient l’Administrateur et le Juge, prenait la route. Le voyage commença mouvementé. La prison était bel et bien antérieure au mur qui l’entourait. Elle avait été construite dans la forêt et les murs qui l’encerclait avaient été rajoutés ensuite. Les routes empruntés pour rejoindre la muraille puis la ville avait plus l’air d’être des chemins sauvages qu’autre chose. Les remous du convoi s’atténuèrent quand il traversa la muraille et commença à emprunter les rues boueuses de Mirona. Un silence de marbre régnait dans la petite cabine. Il n’était rythmé que par le bruit des roues, celui des sabots des chevaux et au loin le cri de quelques corbeaux tournoyant dans le ciel.

En se mettant à genoux sur son banc, Parika prit un moment pour observer par l’ouverture se trouvant au-dessus de sa tête, ce qu’était devenu la ville. A en juger par l’environnement général elle en déduisit que le convoi passait par le quartier ouvrier. Cependant même si elle arrivait à en deviner certains endroits, cette partie de la ville avait été hautement touchée par l’attaque. Une bonne partie de Mirona devait ressembler au quartier ouvrier. La ville avait perdu tout ce qui faisait son charme et enchantait la jeune fille. Maintenant la cité ressemblait plus à l’une des nombreuses villes assiégées qu’elle avait déjà traversées auparavant. Beaucoup d’habitations avaient souffert du tremblement de terre. Des débris et autres morceaux de roches se trouvaient sur le chemin en dépit des efforts de plusieurs personnes pour les déblayer. Un peu partout l’on pouvait apercevoir des personnes s’affairer dans les ateliers en ruines essayant de sauver les outils qui avaient résisté à l’attaque. Par moment l’on pouvait aussi voir des chariots sur lesquels les cadavres des victimes des goules étaient grossièrement empilés. Une odeur sordide s’en échappaient et ceux qui étaient chargés de ramasser les corps avait couvert leur visage de linges pour se protéger de l’odeur qui à force, pour les non-habitués, était nauséeuse. Les cadavres de goules, eux, étaient aussi entassées et brulaient le plus vite possible, dégageant ainsi une fumée noirâtre. Le convoi empruntait le pont qui reliait le quartier ouvrier au quartier marchand de la ville. Là-bas aussi le constat était le même. Habitations détruites, chemins partiellement bloqués, piles de cadavres, rien n’avait changé. Parika y était un peu insensible. Elle ne ressentait aucune tristesse particulière et s’en voulait un peu pour cela. Les années l’avaient immunisée à ce genre de spectacle qui aurait fendu le cœur de plus d’un. Toutes ses pensées allaient plutôt vers Clarissa, Germo et Luna. Elle espérait de tout son cœur que rien n’était arrivé à la petite famille et que leur maison était toujours debout. Soudainement la charrette se secoua brutalement. La nature de la route avait changé brusquement et Parika aperçu un trou énorme en plein milieu de la route. Des ouvriers s’affairaient autour de ce dernier surement dans le but de le fermer le plus rapidement possible. L’ouverture empêchait la progression du convoi et l’obligeait à faire un détour. A en juger par sa taille Parika comprit que ce trou était le résultat de la première explosion, et qu’il constituait l’entrée des démons et peut être même celui de la Mah-Goule.

Parika se rassit dès que la charrette reprit son trajet normal. Elle était silencieuse et faisait très peu de mouvements. La fatigue et la faim la torturaient. Elle reposa sa tête contre la paroi de la cabine alors que celle-ci commençait à s’incliner indiquant que le convoi se dirigeait vers la ville haute. Elle avait déjà eu la chance d’apercevoir l’endroit qu’ils appelaient ici Temple de la Justice en faisant quelques courses à travers cette partie de la ville mais elle n’aurait jamais cru qu’elle y entrerait un jour en tant que prisonnière. Elle soupira à cette pensée. Le bruit d’une chaine l’avait sortie de ses rêveries soudaines. Elle concentra immédiatement son attention sur le mystérieux chevalier qui l’avait accompagné et n’avait pipé mot de tout le voyage. Il était resté immobile et n’avait pas bougé une seule fois. Aurait-il été entièrement recouvert d’une armure intégrale qu’on l’aurait pris pour une statue ou un pantin. Sa tête était dirigée vers la jeune fille qui pour une raison quelconque se sentait désormais fixée. Le silence était roi. La jeune fille voulait briser la glace en le remerciant pour ce qu’il avait fait. Son combat acharné face à la bête était impressionnant. Malgré ses blessures et son épuisement il avait tout mit en œuvre pour les protéger. Elle se considérait chanceuse pour être tomber sur quelqu’un comme lui. Durant son temps en cellule, elle avait repensé à lui. Dans une partie de son esprit elle était persuadé de l’avoir déjà rencontré mais elle se dissuadait constamment du contraire. Si elle avait déjà rencontré et connu un guerrier comme lui, elle s’en serait définitivement souvenue. De plus le peu de chevaliers qu’elle avait rencontré n’avaient rien en commun avec lui. Ils étaient pour la plupart rustre, impétueux ou trop prétentieux pour leur propre bien. Celui-ci était différent. Tout dans sa position en combat jusqu’à sa manière de s’assoir ne reflétait qu’une seule chose, la discipline. Elle constata aussi qu’ils avaient à peu près le même âge ; elle pouvait se tromper mais s’il était plus vieux qu’elle cela ne devait être que de plus de deux ans. Parika voulut briser la glace en commençant par le remercier mais elle redoutait de le déranger. A en juger par sa position il devait surement méditer. Elle avait entendu de son maître que certains guerriers de Lode recouraient à la méditation pour se concentrer. Elle voulut y renoncer pendant un moment puis s’arma de courage quitte à le perturber

- Merci pour nous avoir aider, dit-elle finalement. Je sais que les gens comme toi sont habitués à faire ça et que ce n’est probablement rien pour toi mais je te suis infiniment reconnaissante. Je n’ai rien pour te payer mais si tu as besoin de linge propre tu peux compter sur …

Elle n’avait pas terminé sa phrase qu’elle fut simplement interrompue par un ronflement. Il dormait. Parika se sentait dégonflée. Elle qui avait mis tout son enthousiasme et son plus beau sourire dans ses remerciements, il y a été sourd. Abattue et surtout découragée, pour une raison qu’elle ignorait elle commença à ressentir de la colère contre le chevalier

- J’y mets du mien et tout ce que j’ai et toi tu dors ! Si tu t’attends à ce que je me répète tu peux toujours courir s’exclama-t-elle en lui tirant la langue. Et puis qu’elle idée de mettre un casque en intérieur, j’vais te l’arracher moi, tu vas voir

Elle s’était avancé et posa ses doigts sur le heaume

- Je suis réveillé

Son sursaut de surprise la fit basculer en arrière et sans le vouloir elle se cogna l’arrière de la tête contre la paroi de la charrette. Immédiatement elle se tordit de douleur. Le garde au commande du véhicule donna des coups sur ce dernier pour réclamer le silence.

- Menteur ! tu ne dormais pas, cria-t-elle en colère en s’attrapant l’arrière du crâne

Le chevalier repositionna son casque du mieux qu’il pouvait avec ses menottes aux poignets

- J’entends les bruits environnant quand je dors

- Donc tu m’as entendu ?!

- Je n’ai entendu que « merci ». Je me suis réveillé pour te demander de répéter le reste

Sa colère retomba automatiquement. Elle était abasourdie par toute la candeur dont chevalier le chevalier faisait preuve. C’est elle qui s’était injustement énervée contre lui, elle l’avait réveillé et elle avait même essayé de lui retirer son heaume et il ne semblait pas vouloir lui en tenir rigueur.

- Ha ha, c’est bête, j’ai oublié ce que j’ai dit ensuite, quel dommage, dit-elle en riant, honteuse de son comportement, mais ça ne devait pas être important !

Le chevalier ne persista pas et se contenta d’observer la jeune servante essayer de se masser la tête pour atténuer la douleur tout en rigolant.

Le convoi s’était enfin stoppé après presqu’une heure de voyage. Parika pouvait voir par l’ouverture au-dessus de la tête de son interlocuteur le grand bâtiment. De ce que Clarissa lui en avait dit, l’endroit était antérieur à la ville et du fait de sa parfaite conservation il avait été décidé qu’il soit utilisé pour rendre la justice. Il avait été rénové pour le coup et fortifié. Ils avaient attendu quelques minutes après que la charrette se soit arrêtée pour donner le temps à l’Administrateur et à son collège de les devancer avant que l’on vienne leur ouvrir la porte. La lumière s’y engouffra et en éclaira l’intérieure. Deux soldats attendaient à l’extérieur et sans dire un mot les deux prisonniers sortirent de la cabine, l’un après l’autre. D’immenses escaliers menaient aux portes du Temple de la Justice. Des colonnes supportaient l’endroit qui possédaient un sol fait de marbre. Alors qu’ils gravissaient les marches, l’un derrière l’autre, ils commençaient soudain à se sentir rétrécir. A l’intérieur, dans le grand hall, ils furent accueillis par une énorme statue représentant un ange, ailes déployées, tenant une balance dans une main. Cette statue donnait l’impression de juger ceux qui osaient pénétrer dans son sanctuaire. Pour quelqu’un qui était coupable d’un crime, croisait le regard avec cette représentation devait faire froid dans le dos. Le bâtiment était éclairé par la lumière du soleil venant par le dessus en faisceau. Un peu partout pour une raison inexplicable, du lierre poussait sur les murs. Ils étaient entretenus au moment où les prisonniers faisaient leur apparition. Malgré l’attaque qui a eu lieu, le temple de la justice n’avait désempli. Au contraire le hall grouillait de monde, courant dans tous les sens, s’affairant de gauche à droite. Même si la ville haute n’avait pas été touchée par l’attaque, celle-ci travaillait du mieux qu’elle pouvait pour mettre un terme à la situation qui régnait en bas. Ici les gens d’un peu partout venaient exceptionnellement demander de l’aide pour rechercher leurs proches disparues dans le chaos. Ils faisaient, pour la plupart, l’aller-retour entre cet endroit et les hopitaux. D’autres venaient en espérant bénéficier des maigres bourses distribuées aux sinistrés, elles avaient été envoyées depuis la capitale. Les prisonniers et les deux gardes qui les escortaient, se frayaient un chemin à travers la foule en effervescence. Le chevalier tourna la tête le temps d’une seconde en entendant au loin des pleurs soudains. La douleur de l’assaut déchirait encore des cœurs et il n’y avait rien ne pouvait être fait. L’endroit semblait bienveillant avec son ange protecteur les surplombant mais il était surtout rempli de tristesse. Parika, elle, marchait la tête baissée.

Ils furent conduits jusque devant une salle avec une grande porte en bois. Au-dessus de celle-ci était gravé des écritures, Parika leva la tête pour les observer un moment avant de rentrer, elle ne pouvait pas les lire. La pièce était spacieuse et éclairés - comme le reste du bâtiment - par la lumière du soleil. Elle n’avait rien de la cellule dans laquelle on avait procédé au « jugement » de la jeune servante, cet endroit dégagé une impression de solennité inexplicable. Dans cette pièce assis derrière un meuble en bois massif en demi-cercle, surélevé, 4 personnes attendaient les prisonniers qui faisaient enfin leur apparition. Deux bannières de couleur verte avec l’emblème de la ville cousues en dessous de celui du royaume descendaient depuis le toit et décorait la salle derrière eux. De chaque côté de la pièce étaient peints sur les murs des fresques représentant l’histoire du Royaume. Les soldats les présentèrent à ce qui ressemblait à un conseil et se mirent au fond de la salle. Les membres du conseil se mirent à chuchoter en observant ceux qu’ils avaient sous leurs yeux. Leur position surélevée par rapport à ceux qu’ils devaient juger les mettaient dans une position de dominance. Leur regard, par moment foudroyant, traversait les deux guerriers qui ne firent aucun mouvement. Que se disaient-ils entre eux ? Parmi les membres du conseil qui avaient pris place, Parika reconnus l’homme à la chevelure argenté et le Juge qui avait tenté de la bruler vive. L’Administrateur était le plus souriant de tous. De temps en temps, on pouvait l’entendre rire brièvement. Ce qui n’était pas le cas du Juge inquisiteur. Ce dernier ne semblait pas se réjouir de la situation et n’appréciait surement pas le fait que l’on est défié son autorité et annulé sa sentence. Il était le moins bavard du conseil. Pour les deux autres membres elle vit que l’une était une femme, la plus jeune du groupe, sa coiffure faites de grosses nattes, son style vestimentaire et sa peau brune métissée laissait présager qu’elle avait des origines daharéites. L’autre membre était un homme coiffé d’un béret vert sombre. Avec ses binocles sur son nez, il avait les yeux plongés dans des papiers, les lisant attentivement. La jeune archère tourna la tête un instant vers son compagnon qui lui semblait indifférent à toute cette situation. Il était difficile de deviner à quoi il pensait vu que son visage était caché. Il pouvait bien s’être encore endormi sur place et personne ne l’aurait su.

Quand le conseil eu terminé, ses membres se repositionnèrent dans leur siège et l’Administrateur prit la parole

- Avant de commencer cette audition, dit-il tout d’abord, j’aimerais personnellement vous remercier au nom de toute la ville et de ses habitants pour l’exploit que vous avez accompli.

Le juge Falga grimaça à l’entente des remerciements qui avait été adressés.

- Le capitaine de la caserne que vous avez défendu au péril de votre vie, contre un ennemi qui largement vous dominait, n’a tarie d’éloges à votre sujet. Il a été impressionné par votre courage.

Le chevalier fit une révérence en guise de réponse que la jeune servante mima

L’Administrateur passa sa main dans sa barbe en souriant, satisfait de la réponse qu’il avait reçue, avant de continuer.

- Cependant, vous comprendrez qu’il est impossible dans la situation exceptionnelle qui se présente à nous, de vous laisser en liberté. Voyez-vous il est difficile de croire que votre présence à l’intérieur de nos murs ne soit le fruit du hasard.

Le sol était froid, Parika sentait ses orteils geler à force. Elle comprenait pourquoi est-ce qu’ils menaient cette audition. La Mah-Goule aurait attaqué un autre abri et les choses se seraient passées différemment pour eux, ils ne seraient tous les deux pas à cet endroit.

- Mais avant de commencer, reprit-il, je suis le Duc Abraham Belone, Administrateur de Mirona et de ses alentours

Et comme l’Administrateur, les autres membres du conseil se présentèrent à leur tour

- Dame Péye-Péye Valto, Directrice de l’Université d’Apprentissage Magique, se présenta la femme qui était au côté de l’Administrateur

- Je suis le Juge Joseph Rowan, dit l’homme au béret en relevant la tête de ses papiers, je suis ici pour m’assurer que tout soit conforme

Un silence de glace s’installa, les autres membres du conseil attendant du dernier membre qu’il se présente à son tour.

- Juge Do Falga, représentant de la loi et de l’ordre à Mirona.

Parika et le chevalier entendirent sa voix résonner dans toute la salle tel un glas retentissant avec fracas. Mais elle fut rapidement contrebalancée par la voix du Juge Rowan qui prit la parole sur un ton monotone juste après

- Il est temps de commencer l’audition. Durant celle-ci nous allons vous poser des questions pour déterminer votre lien avec cet assaut, prononça-t-il en trempant sa plume dans la bouteille d’encre, s’il vous plait Dame Valto, veillez procéder

La magicienne posa une coupe remplit d’eau en face d’elle et se baissa vers cette dernière. Tel un rituel solennel qu’elle performait, Parika l’entendit prononcer des mots au-dessus de l’eau qui s’y trouvait, dans une langue singulière, avant de se rassoir.

- Ceci est une Coupe de Mensonge, dit-elle calmement en replaçant une natte qui lui tombait sur le visage, si l’un de vous ment à une question ou même tente de mentir, des ondulations se formeront sur l’eau. Moins vous serez sincères plus vous risquerez de faire déborder l’eau de la coupe

- Je vous conseille de ne pas mentir, renchérit le Juge Rowan, vous êtes des suspects dans cette histoire

Parika eu des sueurs froides incontrôlables, elle avait subitement compris tout l’enjeu de la situation dans laquelle elle se trouvait. A cause de cet objet qui détectait les mensonges, elle serait obligée de tout divulguait à son sujet. Et cela incluait aussi Clarissa qu’elle devait protéger. Elle était complètement piégée. Elle qui pensait s’être sorti d’affaire en face du redoutable Juge Falga, elle se rendait compte que son sort n’était pas totalement réglée. Elle allait cette fois ci tout perdre pour de bon s’ils apprenaient qui elle était. Tout ce pourquoi elle avait durement travaillé allez disparaître, lui être arraché. Dans le meilleur des cas il l’enfermerait dans les prisons. Elle essayait de réfléchir à un moyen d’esquiver tout cela mais c’était peine perdu. « La magie peut être terrifiante » pensa-t-elle, affolée.

- Ne vous inquiétez pas, dit la magicienne en donnant un petit coup sur la coupe, il est impossible de faire bouger l’eau qui s’y trouve, et donc d’influencer le jugement. Si vous n’avez rien à cacher et que vous faites en sortes que l’eau ne déborde pas, tout se passera bien

Dame Valto prononça ces mots en souriant. Parika put apercevoir une once de malice dans son regard au moment où elle s’adressa à eux. Elle en tremblait presque. Quelle genre d’arrière pensait avait-elle ?

- Commençons, s’exclama le Juge Rowan

Les différents membres du conseil demeurèrent silencieux. Autour de la jeune fille plus rien ne bougeait. Le silence qui régnait dans la salle était pesant, presque oppressant. Elle commençait à sentir des crampes dans son estomac et des vertiges la submergèrent la faisant tanguer par moment. Le Duc Belone croisa ses doigts et s’adossa sur son siège. Parmi tous ceux qui était assis, son regard était le plus inquisiteur. Même s’il donnait l’impression d’être un homme jovial, à son sujet, les apparences étaient hautement trompeuses.

- Présentez-vous, dit-il tout simplement

Parika dégagea son visage de tous les cheveux qui lui tombaient dessus dans un mouvement anxieux alors que le chevalier, dans un mouvement plus décontracté, décroisa les bras, prêt à répondre.

- J’ère de village en village, prononça-t-il de sa voix métallisée par son heaume, et mon travail consiste à tuer des démons.

Le silence retomba juste après sa déclaration. La magicienne jeta un coup d’œil rapide dans la coupe. L’eau y ondulée calmement.

- Ce qu’il dit n’est pas faux, déduisit la magicienne, mais il ne dit pas tout

Le juge Rowan fronça les sourcils et ordonna au chevalier de ne rien omettre. Le chevalier lâcha un soupir, retissant à en dire plus mais le sort qui avait été prononcé le forcer à s’exposer entièrement. Parika vit qu’il était impossible de le déjouer

- Mon nom est Elian Keri et je suis un Croisé de Flamme

Dame Valto regarda la coupe un moment d’un œil interrogatif, l’eau était calme et plate. Elle fit un signe de la tête en signe d’authentification. Le Duc Belone se redressa sur son siège comme intéressé par cette révélation. Il savait déjà que l’un des prisonniers était un guerrier de Lode, le capitaine de caserne qu’il avait reçu, lui en avait parlé. Il avait mentionné son implication dans le conflit qui l’avait opposé au marchand arrogant. Sa présence a été salvatrice, cela ne fait aucun doute. Le bruit de la plume du Juge Rowan qui consignait tout ce qui était dit, rythmait par moment le silence de la salle

- Et qu’est-ce qui vous a amené à Mirona ? demanda-t-il

- Il y a cinq jours, j’ai remplis un contrat sur un groupe de démons qui terrifiait un village aux alentours, répondit-il en tournant la tête vers le Duc, l’échevin m’a demandé de faire la route jusqu’à Mirona pour récupérer ma récompense

- Et maintenant vous espérez aussi une récompense pour la créature que vous avez éliminée, rétorqua le Juge Falga

Un silence s’installa dans la salle. Ceci était considéré comme une question et était donc soumis au loi de la Coupe.

- Non

Sa réponse était clair et limpide comme l’eau de la coupe qui ne trembla pas. Le Juge Falga fut désarçonné par la réponse du prisonnier qui n’hésita pas une seule seconde

- Je tue les démons, c’est mon travail. La Mah-Goule avait tué énormément de personnes et mettait les gens dans l’abri en danger, c’était intolérable.

Le Duc était surpris par la franchise du guerrier. Il avait délivré ces lignes avec une tel fureur dans la voix comme s’il en voulait personnellement au monstre. Les chevaliers errants pour la plupart étaient motivés par l’argent vu qu’ils n’étaient plus pris en charge par leur seigneur. Ils leur arrivaient de s’occuper des contrats de chasse à l’homme et exceptionnellement les taches concernant les monstres. Généralement ils étaient des fauteurs de troubles notoires dans les petits villages. Certains étaient des voleurs, manipulateurs et raquetteurs. Il ne comptait plus les procès auquel il avait assisté ou un chevalier errant était accusé de viol sur une paysanne. Mais ce chevalier devant lui dégageait une sorte de dignité qui transparaissait dans sa manière fière de se tenir. La seule chose qui l’avait motivé à lever son arme et défendre toutes ses personnes au péril de sa vie, alors qu’il n’était pas un natif de Kalrédan, était une sorte de code qui lui était propre. Pour lui cette audition était déjà pliée. Avec un instrument aussi efficace que la Coupe de Mensonge il lui aurait suffi de poser une seule question pour connaître leur lien avec cette attaque mais les deux prisonniers commençaient à vivement susciter sa curiosité.

- Vous venez de loin helréinien, reprit le Duc. Si je me souviens bien les Croisés de Flamme ont participé à la récente guerre que votre pays a subie.

- Une guerre, Administrateur, dit le Juge Falga sur le même ton le caractérisant, comment pouvez-vous être sure qu’il n’est pas un espion envoyé par Helréina ?

Le juge s’arrêta soudainement dans son élan quand il entendit des paroles inintelligibles provenir de la magicienne qui fit apparaître une pipe dans sa main.

- Nous avons déjà établi qu’il était un chevalier errant, Juge Falga, dit-elle en relâchant une bouffée dans les airs, je ne vois pas l’intérêt de revenir là-dessus

- Je suis désolé Dame Valto, mais je n’ai aucune confiance en votre instrument. Comment pouvez-vous être sûre que l’un d’eux n’utilisent pas une ruse pour déjouer votre magie

Insultée, la magicienne l’ignora copieusement. Une certaine tension, électrisante, régnait dans la salle et il était facile de voir que le Juge Falga n’appréciait guère tout ce qui se rapprochait de près ou de loin à la magie. Le Duc Belone et le Juge Rowan avait parfaitement conscience de la relation houleuse qu’ils entretenaient, mais leurs présences étaient plus que nécessaire. Le Duc décida de reprendre les choses en main avant qu’elle ne dégénère.

- Ne vous inquiétez pas mon ami, dit-il en s’adressant au juge inquisiteur, je ne pense pas que ce jeune homme soit un espion, je pense même qu’il fuit son pays

- Oui, renchérit le Juge Rowan venant au secours du Duc, vous n’êtes pas sans savoir qu’Helréina sort péniblement d’une horrible guerre civile, la guerre de Smess.

- J’en avait entendu parlé, répondit son interlocuteur, mais j’ignore les détails du conflit

- Voyez-vous, une partie de la population d’Helréina, localisée au Sud du pays, n’a jamais été réellement favorable à l’idée de rejoindre l’Alliance du Continent, considérant que celle-ci empêcherait le royaume d’être totalement souverain. Même si l’Alliance a plus de deux siècle d’existence, cette idée ne s’est jamais réellement étouffée. Il y’a 6 ans, le roi Léon III a succombé en laissant derrière lui son fils légitime qui devait le succéder. Cependant le roi décédé était connu pour avoir une vie tourné vers le plaisir et à sa mort, certains avaient prédit qu’il laisserait plusieurs héritiers. Et donc des recherches ont été entreprit à travers le pays pour s’en assurer. Même si la plupart d’entre eux ne pouvaient pas prétendre au trône du fait de leur statut de bâtard, l’un d’eux avait une situation particulière. En effet il était issue d’un premier mariage qui avait été annulé avant que le père n’accède au trône. Avec deux héritiers pour un seul siège ce ne fut qu’une question de temps avant que cela ne devienne une affaire purement politique. Le fils légitime était basé au nord et a vite été couronné avant que les spéculations et débats ne débutent tandis que l’autre contestait son autorité et fit renaître l’idée d’une Helréina, libre hors de L’Alliance du Continent. Le conflit a débuté après la prise de la forteresse de Smess par les armées sudistes et s’est terminé après la victoire du Nord sur le Sud.

- Vous métrisez votre sujet à la perfection monsieur Rowan, félicita la magicienne qui s’était décidé à reprendre la parole

- Merci, le conflit helréinien était intéressant surtout pour son côté stratégique

L’exposé terminé, le Duc se retourna vers le concerné

- Pour quel côté les Croisés de Flammes ont-ils combattu ?

Le chevalier mit du temps avant de répondre

- Le Sud, répondit-il simplement, notre école a été forcé de donner des soldats

- Un rebelle et un fugitif en plus de cela, dit le Juge inquisiteur sur un ton dédaigneux, vous ne paraissez plus si innocent que cela.

- C’est en effet problématique, dit le Duc en fixant le chevalier.

La guerre de Smess a été un conflit qui a grandement déchiré Helréina économiquement et socialement. Elle a forcé un bon nombre de gens à s’enfuir après la victoire du Nord. Ils étaient des milliers comme lui à avoir été recrutés de force et maintenant, arpentaient les routes du Continent dans l’espoir de trouver une meilleure vie ailleurs. Mais pour des raisons qu’il ne saisissait pas, le Duc n’arrivait pas à comprendre pourquoi ce guerrier semblait avoir dédié sa vie à tuer des monstres. Ce chevalier était une vraie source de questions. Cependant celle-ci attendraient car le second prisonnier, la servante, était tout aussi fascinante. Quand il l’avait vu pour la première fois dans la cellule en interrompant le procès du Juge Falga, il découvrit une jeune fille désœuvrée qui n’avait rien de l’archère d’exception décrite. Mais plus le temps avancé et il avait eu l’occasion de l’observer de plus prêt. Elle était visiblement stressée par cette situation et semblait mal à l’aise ce qui indiquait clairement qu’elle n’était pas aussi banale qu’elle pouvait le faire pensée

- A vous jeune fille, présentez-vous, demanda le Juge Rowan

- Je m’appelle Parika

- Attendez, comment l’écrivez-vous ? demanda-t-il en s’arrêtant soudainement d’écrire

Parika fixa de ses yeux bleu le Juge Rowan qui attendait une réponse d’elle. S’impatientant, celui-ci lui demanda de se presser mais la jeune fille vit ses joues rougir subitement

- Je ne sais pas messires

La magicienne regarda la coupe pour authentifier sa réponse

- Elle est illettrée, finit-elle par dire

Le juge scribe lâcha presque un juron. Il se tourna ensuite vers le Duc qui fit un signe de la tête comme pour le notifier de passer cette question. On lui demanda ensuite quelle famille servait-elle. La réponse qu’elle donna fit levé des sourcils et parmi tous les membres du conseil, le plus ennuyé par la réponse fut le Juge Falga qui se serait presque levé de son fauteuil s’il avait manqué de contrôle. Parika ne comprit pas sa réaction sur le coup, ce n’est qu’après qu’elle en déduisit que le Juge Falga avait des relations quelconques avec la Famille Splendor. Elle se rappela aussi que la famille Splendor était l’une des plus importantes du pays et vu son statut de suspecte cela n’arrangeait rien à son cas. Le Duc Belone se décida à prendre la parole pour poser les questions suivantes

- D’où venez-vous et que faisiez-vous avant d’arriver ici ? demanda-t-il en passant sa main dans sa barbe

- J’étais au Valkerham et …

L’eau de la Coupe commença à d’écrire de fortes ondulations

- Elle a l’intention de mentir, dit-elle en fixant l’archère alors que de la fumée s’échappait de sa pipe

- Ce n’est pas très intelligent de votre part, rétorqua immédiatement le Juge Rowan sur un ton menaçant, vous savez qu’il est possible d’utiliser d’autres moyens pour vous faire cracher la vérité. Nous ne les utilisons pas car nous sommes reconnaissant pour ce que vous avez fait mais je vous conseille de ne pas abuser de notre patience

Parika était complètement coincé, il n’y avait donc aucun moyen d’y échapper. Elle pensa à Clarissa et sa petite famille et à tout ce qu’elle avait accomplie. Tout cela était sur le point de voler en éclat à cause de cette situation. Tout ce qu’elle voulait c’était les protéger. Elle considéra pendant un instant à endurer la torture si elle s’obstinait à ne rien dire mais s’ils utilisaient la magie en pleine audition, rien ne les empêcherait de le faire dans une salle de torture. Et dans ce cas-là soit elle mourrait dans d’atroce souffrance soit elle finissait, maudite, au fond d’un cachot.

- Répondez à la question du Duc, pressa le Juge Rowan

- Je, je viens bien du Valkerham messire, bafouilla-t-elle, je ne mens pas

- Mais encore, dit la magicienne

Parika sentit tous les regards se poser sur elle. Comme une incroyable sensation oppressante, elle avait l’impression de porter sur le dos le poids de plusieurs blocs de pierre. Ecrasée, tel un insecte sous une botte, elle ne pouvait pas éternellement fuir. C’était une évidence ; depuis le début de tout, elle savait que la voie qu’elle avait empruntée en suivant son maître était tortueuse et difficile, on l’avait prévenue. Elle ne s’était jamais fait d’illusion jusqu’à récemment, était-ce parce qu’elle avait goutté au joie d’une « vie normale » ? dans tous les cas, quoi que puisse être la réponse à cette question, ce qui était une vérité inébranlable dans son esprit est qu’elle ne regrettait aucunement d’avoir suivi cet homme qui l’avait recueilli et dont elle avait hérité de lui tant de chose

- Avant de venir à Mirona, finit-elle par dire résolu à tout dévoiler à son sujet, j’étais une mercenaire

A l’entente de cette réponse, le Juge Rowan s’arrêta soudainement d’écrire. L’assemblée observa un long silence après la révélation de la jeune fille. Ils ne semblaient pas être choquer mais attendaient tous, inconsciemment, le verdict de la Coupe de Mensonges qui, maintenant, était devenu un membre du conseil. L’eau à l’intérieur se calma et devint plane, comme si rien n’était jamais venu perturber sa quiétude. La magicienne fit un mouvement de tête pour acquiescer. Le Duc esquissa un petit sourire. La seule raison pour laquelle une simple servante soit aussi habile avec un arc ne pouvait être dut qu’à un passé militaire. Mais plus il y pensait et plus son sourire disparaissait en réalisant l’horreur qui planait sur cet état de fait. Les deux prisonniers étaient incroyablement jeunes et pourtant l’un est devenu un guerrier de Lode très tôt et a été enrôlé de force et l’autre s’est engagé dans une bande de mercenaires jusqu’à être à la retraite. A en juger par leur passé, ils avaient tous les deux probablement étaient témoins d’innombrables d’atrocités. Les bandes de mercenaires n’étaient pas chose rare sur le Continent. En effet, l’objectif principale de l’Alliance du Continent était de garantir la paix et la stabilité entre les différents royaumes en les unifiant contre quelques avantages économiques. Avec des monstres de toutes sortes arpentant tout le territoire, une alliance réunissant tous les pays l’habitant évitait de se préoccuper d’une invasion ennemie voisine. Mais cela n’empêchait aucunement que des conflits internes ne naissent, Kalrédan n’échappait pas à cette règle. Plusieurs fois des seigneurs se sont battu entre eux pour des terres et des forteresses à rajouter à leur patrimoine, résultat : des villages étaient rasés et ceux qui n’avaient pas succombé aux affres de tels affrontements, migraient vers des endroits plus calme. Pour les seigneurs ne possédant pas de forces armées assez puissantes, les mercenaires étaient une option valable. La plupart d’entre eux étaient soit des déserteurs, des brigands où des hommes et femmes appâtés par le gain. Certains étaient même regroupés en guilde d’assassins. C’étaient des soldats efficaces, ils n’avaient aucun problème d’autorité et surtout c’étaient des vies dispensables. S’ils venaient à mourir personne ne les pleurait. Le seul problème était la loyauté. Il était possible de racheter toute une armée de mercenaires en plein conflit et pour un seigneur en ayant une à son service, sa préoccupation principale était de s’assurer que leurs bourses étaient toujours pleines. Sortant de ses pensées, le Duc Belone reprit son interrogatoire

- Et à quelle bande apparteniez-vous jeune fille ? demanda-t-il curieux

- L’armée du Tigre Blanc

Le Duc leva un sourcil. La magicienne qui était aux côtés de l’Administrateur remarqua son expression surprise et ne manqua pas de lui faire remarqué

- Que se passe-t-il Duc, vous semblez surpris par ce qu’elle vient de dire. Est-ce si grave que cela ?

Le Duc passa sa main sur son visage, essayant de cacher un petit rire. Le juge scribe jeta un coup d’œil dans la coupe pendant un instant avant de se remettre à écrire. Lui aussi semblait être grandement surpris. Le Juge Falga qui était resté complètement silencieux se décida enfin à reprendre la parole.

- Administrateur Belone, savez-vous quelque chose que nous ignorons, demanda-t-il de sa voix grave et pressante

Le Duc se redressa sur son siège et redirigea son regard vers son collègue

- Rien de bien grave, ne vous inquiétez pas, répondit-il calmement. Le Tigre Blanc était, à ses débuts, une petite bande de mercenaires. 20 hommes, pas plus. Ils faisaient le sale travail que personnes ne voulaient. Dahara, Shan, Helréina, ils ont été presque partout sur le Continent. Et avec les années, leur notoriété a grandi. Plus de personnes ont rallié leur rang et ce qui n’était qu’une vulgaire bande finit par acquérir le titre d’armée. Avec de la discipline et portée par un homme charismatique, elle est devenue l’une des armées les plus efficace. Avoir le Tigre Blanc à ses côtés durant une confrontation augmentait les chances de victoire. Mais récemment cette armée à finit par se disloquer après la mort de son chef

- Une armée de meurtriers en somme, rétorqua le Juge Falga en portant un regard accusateur sur la prisonnière

Parika avait senti les éclairs du Juge s’abattre sur elle. Le Duc ne démenti pas son collègue car il risquait de le contrarier et s’était bien la dernière chose qu’il souhaitait. L’attitude méfiante du Juge Falga était justifiable et dans d’autres circonstances, il aurait, lui-même, adopté ce comportement. Mirona n’était pas en ruine mais avait tout de même subis de gros dégâts. Depuis le jour d’avant le nombre de victimes n’arrêtait pas de monter, une bonne partie de la ville marchande et ouvrière avait gravement souffert et plusieurs soldats ont péri dans l’attaque. S’il n’avait pas reçu un soutien financier et des vivres envoyés depuis la capitale par le Roi, les choses seraient beaucoup plus compliqués. De plus la situation à l’extérieur des murs n’était pas mieux non plus. Mais un guerrier de Lode et une mercenaire ont réussi à éviter le pire, il ne pouvait pas les blâmer de cacher certaines choses à leur sujet. Le juge scribe s’arrêta un moment pour s’adressait à l’Administrateur

- Duc Belone, si je me souviens bien, le Tigre Blanc a aussi participé à la guerre de Smess, demanda-t-il en agitant sa plume

- Oui, maintenant que vous le dites, se rappela-t-il puis se retournant vers la concernée, de quel côté le Tigre Blanc a-t-il combattue ?

- Le Nord, répondit la jeune fille en détournant le regard vers le chevalier pendant un cout instant

- Et donc logiquement vous avez été ennemie sur le champ de bataille, reprit le Juge Falga désireux d’établir un lien entre les deux suspects, vous êtes-vous déjà rencontré sur le champ de bataille ? vous connaissiez vous avant d’arriver à Mirona

- Non, répondit-elle spontanément

L’eau tournoya soudainement dans la coupe. Le Juge inquisiteur commençait à perdre patience. Toute cette histoire ne faisait, selon lui, aucun sens et définitivement cette fille leur cachait quelque chose. De sa voix grave, il la menaça vivement mais celle-ci ne semblait pas vouloir changer sa réponse. Elle s’obstinait à nier connaître le chevalier. Si c’était bien le cas, pour lui, cela suffisait pour les incriminer. La tension montait petit à petit, le Juge Rowan s’énerva à son tour. La jeune fille ne comprenait rien à tout cela. Elle pensait que cette Coupe de Mensonge était infaillible. Elle ne se rappelait pas l’avoir une fois rencontré sur le champ de bataille. L’archère essayait de se rappeler, cherchant désespérément dans sa mémoire le moment où elle aurait pu le connaître. La magicienne étant témoin du vigoureux échange décida de prendre la parole pour y mettre terme.

- Cette ondulation est différente, Juge Falga, elle ne doit pas être interprétée comme un manque de sincérité

- Je pensais que la faillibilité de votre instrument était indiscutable, Dame Valto …

- Et il est, répondit-elle en essayant de garder son calme, ce que montre ces ondulations c’est que la réponse de cette fille est fausse mais elle n’en a pas conscience.

Le chevalier leva sa main, demandant la parole

- Nous nous sommes une fois rencontrés, dit-il sortant finalement de son silence, elle ne s’en souvient pas et moi non plus jusqu’à maintenant. Nous étions plus jeunes à ce moment-là et différents de ce à quoi nous ressemblons maintenant.

L’eau se calma soudainement

- Vous voyez, Juge, la vérité a été rétabli, s’exclama-t-elle sur un ton triomphant

L’inquisiteur se calma, réalisant son erreur. Comme le reste du conseil, il commençait à dépendre de cette magie qu’il détestait profondément. Le Duc Belone se relâcha. La pression redescendait peu à peu et la jeune servante, au fond d’elle, remercia le chevalier de l’avoir tiré d’affaire. S’ils avaient tous les deux combattu sur le même champ de bataille, en oubliant le chaos omniprésent, il était en effet possible qu’elle l’ait une fois rencontré lors d’un combat inachevé. Dans une guerre, on évite de se souvenir du visage de ses ennemies, cela aide contre les cauchemars.

- Bien, reprit le Juge Falga avec l’intention de reprendre l’ascendant, cette audition a établi que ces deux-là, a priori, n’ont aucun lien avec cette attaque. Cependant il y a un élément que vous oubliez. Le helréinien dit être venu 5 jours auparavant et la Nordique, plusieurs semaines. C’est assez de temps qu’il n’en faut pour poser autant d’actes magiques possible et j’aimerai le rappeler, la pratique de la magie attire les monstres

La magicienne fit tomber la cendre qui emplissait sa pipe, réfléchissant à ce que son collègue venait de dire. Le Juge Falga avait raison. En théorie, la pratique excessive de la magie attirait les monstres, c’était l’un de ces contre coups. La seule chose qui aurait pu attirer ces goules dans la ville ne pouvait être que cela. Cependant, en pratique, pour le cas de Mirona, les chose étaient différentes. Avant la construction et l’ouverture de L’Université dont elle était la directrice, elle avait placé une barrière entourant la ville pour éviter que les monstres aux alentours ne ressentent la pratique de la magie et pour s’assurer de la totale sécurité de la ville, une seconde barrière avait été installé autour de l’Université elle-même. Elle s’en était personnellement assurée, le sort qu’elle avait utilisé pour protéger la ville était infaillible. Et donc la seule déduction logique à tout cela était que quelqu’un avait défait la barrière où créait une faille. Mais pour arriver à ce résultat il faudrait des connaissances en magie extrêmement avancées - ce n’était surement pas le cas de ce simple guerrier de Lode et de cette lavandière- et plusieurs mois de travail. Toute cette histoire la dérangeait énormément. Cette attaque avait rendu les habitants de Mirona terriblement méfiant et nerveux, et elle commençait à s’inquiéter pour la sécurité et l’avenir de ses élèves. « Rien ne coute de demander, je pourrais être surpris »

- Avez-vous était initié à la magie, demanda-t-elle pour clarifier cette situation

- Non ma Dame, répondit simplement le chevalier

- Je ne connais pas la magie, dit la jeune fille

L’eau de la Coupe trancha en faveur des deux prisonniers au détriment du Juge inquisiteur qui ne semblait pas convaincu par ces réponses

- Je suis désolé, répondit-il immédiatement, mais j’ai du mal à croire qu’une simple mercenaire ait pu réussir là où les meilleurs archers ont échoué face à ce monstre. Deux flèches, en plein dans les yeux, les seuls points faibles de la bête. J’ai interrogé des soldats, des témoins de cet « exploit », et ils m’ont affirmé que les flèches étaient comme guidées vers leur cible.

Le Juge Rowan s’arrêta d’écrire et regarda un moment le Duc et la magicienne. Il avait lu les témoignages recueillis par son collègue juge. Il n’en doutait pas, en dépit des agissements tortueux dont l’inquisiteur avait fait usage pour dénicher un coupable, les témoignages qu’il avait réunis ne changeraient pas s’il menait lui-même l’enquête. Le Duc Belone en avait parfaitement conscience, il les avait entendus lui aussi. Il vit l’expression de la magicienne, elle semblait confuse et embêtait car elle-même ne pouvait expliquer cet état de fait. Le Duc décida de prendre la parole pour élucider ce mystère

- Je pense qu’elle doit avoir la réponse à cette question, dit-il en regardant la concernée, expliquez vous

Tous les regards furent instantanément redirigés vers elle. Tout le monde semblait attendre la réponse à cette question y compris le chevalier. Bien sûr que Parika savait comment elle avait réussi ce tour de force. Elle savait que cela n’avait rien avoir avec de la magie et mais était dut à ses yeux. C’était la raison pour laquelle elle avait d’innombrables vertiges, elle ne les avait pas activés pendant une longue période. C’était un pouvoir qui lui était propre et que d’aussi loin qu’elle s’en souvienne elle l’avait toujours eu. Son maître lui avait appris à s’en servir et c’était grâce à cela qu’elle réussissait presque tous ses tirs.

Sans dire un mot elle ferma les yeux et se concentra le temps d’un instant. Elle fit le vide dans son esprit et autour d’elle comme la première fois et les rouvrit progressivement.

- Là d’où je viens il existe un clan, le clan Tenzo, dit-elle alors qu’elle s’exposait, dont tous les membres peuvent éveiller un don que nous appelons Blàr Auga

Toutes les couleurs autour d’elle disparurent alors qu’elle prononçait ces mots et furent remplacées par différentes nuances de gris. Quelques points bleus apparaissaient sur les gens qu’elle voyait autour d’elle. Ils étaient, comme pour la Mah-Goule, placés sur des endroits stratégiques. Ils représentaient leurs points faibles.

L’assemblée vit les yeux de la jeune fille changer. Le blanc vira au noir total et ses pupilles devinrent plus bleu qu’ils ne l’étaient au départ, ils étaient comparables à des pierres précieuses, scintillant tel des trésors hautement gardés illuminant les nuits les plus sombres. Elle ressemblait de plus en plus à un être surnaturel qu’à une humaine. Le Juge Falga était le plus surpris de tous. En exerçant une telle pression il ne pensait pas découvrir un élément de taille qui lui permettrait d’être triomphant. Cette fille avait bien utilisé de la magie et avait donc menti.

- Et bien sûr vous allez encore nier l’utilisation de la magie, dit-il en plissant les yeux en direction de la magicienne

Exaspérée, Dame Valto lâcha une dernière bouffée d’air avant de déposer sa pipe devant elle. Son objectif était visiblement de la discréditer, elle en avait conscience et elle faisait tout son possible pour garder son calme. Mais plus elle passé du temps dans la même salle que lui, plus elle commençait à perdre patience.

- Ce n’est pas de la magie, donna-t-elle en guise de réponse

- Votre attitude n’aide pas à la résolution de ce problème, rétorqua-t-il sur un ton sévère, admettez que vous vous êtes trompé …

- Par tous les cieux, pouvez-vous arrêtez de qualifier tous et n’importe quoi de magie !

D’un cran la tension était montée, le Juge Rowan qui était témoin de tout cela ne savait plus où se mettre. D’un moment à l’autre il redoutait que tout cela ne vire au drame. Il comptait sur les talents de diplomates du Duc Belone qui faisait de son mieux pour calmer les esprits. En des temps comme celui-ci la discorde était le pire ennemi. La jeune fille qui venait de dévoiler son don se sentait mal. Elle était devenu le centre de disputes vigoureuses, le monde tourbillonnait l’emportant dans une danse qui mettrait peut-être sa vie en danger. Sur un champ de bataille, personne ne remarque ce genre de chose. Mais en face d’une audience composée uniquement d’enquêteur à cran à cause du chaos générale qui régnait en dehors des murs de cette salle, les débats sur la nature de son pouvoir suscitaient toutes les colères. En dépit de toutes ses explications elle avait l’impression d’être en face d’un conseil de sourd. Le Duc réussi à calmer ses collègues avec peine. Dame Valto, énervée par les insinuations de l’inquisiteur, avait grandement intérêt que cette histoire soit tirée au clair. Comme le Juge Falga l’avait mentionné, la population commençait à s’énerver et voulait des réponses. Des rumeurs selon lesquels des mages seraient impliqués dans cette assaut commençaient à circuler et sur un long terme cela pouvaient devenir dangereux pour la sécurité de la ville. Le silence reprit peu à peu sa place dans la salle et la magicienne qui avait réussi à reprendre son calme, lança un regard dédaigneux au Juge Falga qui feignait l’ignorance.

- Les énergies naturelles sont des énergies qui sont omniprésentes, commença-t-elle en s’adressant à toute l’assemblée, et pour que quelqu’un étant sensible à ces dernières puisse les utiliser il existe principalement deux manières. Il y a la voix des armes et du combat qui en est une utilisation directe et n’est possible qu’en étant initié aux arcanes de Lode – comme ce jeune homme qui est un guerrier de Lode et plus précisément un Croisés de Flamme- et la voix de la magie. Pour utiliser la magie il faut prononcer des incantations dont le rôle est de transformer cette énergie pour les modeler et créer différents résultats.

- Et si ce n’est pas de la magie, vous saurez surement expliquer comment elle a fait pour acquérir ces yeux maléfiques, dit-il insultant une fois de plus la jeune fille

- Je ne sais pas. Tout ce que je sais en revanche, c’est qu’elle n’a prononcé aucunes incantations et donc n’a pas fait de magie. Ces yeux sont surement le résultat d’une quelconque mutation

Le Duc Belone était le plus attentif et le plus vif de tous et cela n’échappa au regard du chevalier qui l’observait silencieusement. Il n’avait pas arrêté de dévisager la jeune fille qui venait de se dévoiler pendant que le reste du conseil se déchirait autour de futilités qui commençaient à l’énerver. Seul le Duc semblait garder son calme et essayait de déchiffrer ce qu’il lui était proposé, les qualités d’un bon dirigeant pensa le chevalier

- Je ne pensais pas voir cela de mon vivant mais c’est la seule explication possible, finit-il par dire en passant sa main dans sa barbe, puis s’adressant au reste du conseil ; ceci n’est pas le résultat d’un acte magique Juge Falga ni de mutations. Vous avez devant vous l’un des secrets les plus gardés du Valkerham

Le juge Rowan qui avait été délaissé dans ces rigoureux affrontements fut le premier à souligner son incompréhension

- Je dois avouer que je suis perdu Duc Belone, c’est bien la première fois que j’entends parler d’une tel chose

- En effet Joseph, répondit-il bien veillant, les guerriers nordiques sont ce qu’il y a de plus surprenant. Vous connaissez surement les redoutables Berserkers, ces guerriers dont on dit qu’ils possèdent une puissance et une furie animale qui, à plusieurs occasions, ont pu faire la différence sur un champ de bataille. Cependant peu de personnes connaissent les membres du clan Tenzo et leur don, le Blàr Auga ou dans notre langue l’Œil de Saphir. Le clan Tenzo reste à l’écart et évite généralement les conflits inutiles, préférant se regrouper dans de petit village reclus. Cela n’empêche qu’en combat ils sont tout aussi dangereux. Lors de mes voyages, j’ai eu l’occasion de discuter avec l’un de ses membres qui m’a appris que tous les membres de ce clan n’éveillent pas cette capacité. Selon lui, elle ne se révèle qu’à ceux qui ont eu la malchance de passer un « Jour dans les Abysses »

- Un … Jour dans les Abysses, répéta la magicienne, cela sonne comme une malédiction. Vous-a-t-il dit de quoi il s’agissait ?

- Malheureusement non, il n’a pas voulu allez plus loin.

- Et ce don, l’Œil de Saphir, en quoi consiste-t-il, demanda le Juge Rowan en s’adressant à la jeune fille

Parika était impressionné par l’exposé du Duc, elle ne pensait pas qu’un étranger pouvait en savoir autant sur l’Œil de Saphir. Il avait surement été un explorateur avant d’être à la tête de la ville.

- Bin, je peux voir dans le noir comme en plein jour, et je vois des cibles, les points faibles de mes ennemies. Mais je ne vois plus les couleurs, tout est gris. Grace au Blàr Auga je manque rarement mes tirs

Dame Valto était la plus surprise de tous. Comment était-il possible d’arriver à un tel résultat sans utiliser la magie. Peu de sorts permettaient d’y arriver et la plupart d’entre eux nécessitaient un sacrifice important. Mais en réfléchissant à cette question elle en arriva à la conclusion que le « Jour dans les Abysses » devait être le prix à payer pour obtenir un tel pouvoir. Le Juge Rowan, convaincu par la réponse qui lui avait été donnée, s’assura que ce fut le cas pour tout le monde

- Nous avons établi que ces deux prisonniers n’ont pas aucun lien avec l’attaque de la ville car ils n’ont aucune notion en magie qui aurait pu attirer les monstres et donc ne peuvent être responsable de ce qui s’est passé. Duc Belone, je pense qu’il n’est pas nécessaire de les retenir pour cela

Dame Valto n’émit aucune opposition et le Juge Falga voyant qu’il ne pouvait plus poursuivre son accusation, se résigna à accepter la décision proposée par le Juge Rowan. S’y opposer le discréditerait grandement en face du Duc. De plus il avait à faire, il devait tout mettre en œuvre pour rétablir l’Ordre. L’assemblée étant d’un avis général, le juge scribe déclara les deux accusés, lavés de tous leurs soupçons.

Cependant cette histoire étant réglée, il restait à s’occuper de la situation à l’extérieur du Temple de la Justice qui demeurait la même. Le chaos régnait en maître absolu et il ne savait toujours pas si cette attaque était un acte singulier ou les prémisses d’événements à venir plus terrifiants. Tous les signes étaient alignés pour confirmer la seconde hypothèse. Un groupe de soldats avait été envoyé à l’extérieur des murs depuis deux jours maintenant et n’avait donné aucuns signes depuis, ils avaient tous disparus. Ce n’était pas la première fois. Il ne pouvait pas agir à sa guise avant d’avoir reçue plus d’aide de la part du Roi. Si cette assaut n’était pas le premier, il était évident qu’il ne pourrait pas préparer les défenses de la ville à temps. Ses yeux se portèrent sur les deux jeunes prisonniers alors que les gardes leur enlevaient les menottes qui les avaient entravées pendant tout ce temps. Un sentiment de joie se dégageait d’eux alors qu’ils se massaient les poignets. Ils étaient tous les deux expérimentés dans les arts du combat et avaient aidé à éliminer la Mah-Goule qui menaçait la ville. L’idée d’impliquer deux étrangers – et si jeune qui plus est - dans une situation comme celle-ci ne lui plaisait pas. Mais il commençait à manquer d’options et surtout de temps.

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