9.Questions sans réponses

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Je rentrai dans mon "home sweet home""où les paroles de Saskia se mirent immédiatement à me hanter.
Seul dans mes cinq mètres carrés, je tournai tel un lion en cage.
Rien ne parvenait à me changer les idées, je n'avais aucune envie de faire des pompes ou des abdominaux, car la touffeur de cette minuscule pièce close en plein mois de juillet texan était à la limite du soutenable.


Je n'avais pas envie d'écrire mes idées dans le petit carnet de moleskine noir dans lequel je couchais mes pensées, mes doutes, mes craintes depuis mon premier mois passé dans le couloir.
En vérité, ce n'était pas le même bloc-notes depuis le début. Le premier, je l'avais reçu en héritage d'un ancien voisin de cellule qui m'avait confié que c'était ainsi qu'il arrivait à rester sain d'esprit.


Nous arrivions parfois à discuter avec nos voisins de cellules, et c'était d'ailleurs une des raison pour lesquelles nous changions régulièrement de geôle.
Bâtir une amitié de longue durée nous était impossible, soit à cause des déménagements successifs de cellule, soit parce que les dates d'exécutions tombaient toujours, tôt ou tard.
Quand, par un heureux hasard, nous arrivions à trouver un voisin sympathique et dont le cerveau était encore en état de réfléchir correctement, c'était un pur bonheur.


Il existait trois façons de communiquer avec un "ami" : hurler pour que notre voisin nous entende à travers les murs, qui n'étaient pas si épais que ça, était la première. Solution peu pratique à long terme car, forcément, le couloir de la mort est loin d'être un endroit paisible. Entre les cris de ceux qui tentaient d'avoir une discussion normale et les hurlements bestials des condamnés qui avaient perdu la raison, cet endroit était un véritable calvaire auditif.


La deuxième était le "fishing", il s'agissait de dérouler l'un des ressorts de métal de notre matelas, et y accrocher une note. Il suffisait ensuite de faire glisser la "canne à pêche" par la fente de notre porte pour que le voisin la récupère avec la sienne.
Cette pratique n'était pas tout à fait autorisée, mais la plupart des gardiens fermait les yeux sur celle-ci, en tout cas tant que vous étiez un détenu correct.


La dernière solution consistait à trouver un gardien sympathique et peu regardant qui acceptait de jouer les facteurs.
C'était de loin ma solution préférée, et je ne m'en sortais pas trop mal ; car la plupart des gardiens m'aimaient bien.
J'étais un prisonnier modèle, jamais dans les embrouilles, calme, posé, obéissant, et mon affaire jouait en ma faveur. J'étais loin d'être un violeur ou un assassin d'enfant, comme il y en avait beaucoup par chez nous.

J'étais assis sur mon lit, la tête entre les mains, ne pouvant communiquer avec personne.

Ma dernière cellule en date était située tout au fond du couloir, donnant d'un coté sur un mur et de l'autre sur la cellule d'un détenu qui avait complétement perdu les pédales, et qui aurait eu sa place dans une unité psychiatrique plutôt qu'en attente d'exécution.

Il n'avait rien trouvé de mieux comme occupation lors d'une soirée baby-sitting chez sa soeur, que de mettre son neveu, un bébé de trois mois à cuire, et d'en bouffer une jambe comme s'il n'avait été qu'un vulgaire morceau de poulet frit. Depuis son arrivée dans le couloir, il recevait régulièrement la visite de ce bébé qui lui racontait a quel point il souffrirait bientôt, léché par les flammes de l'enfer.

Pour faire pénitence, il s'était arraché un oeil avec une petite cuillère en plastique, l'avait mangé et avait ensuite fait la même chose avec le deuxième,demeurant donc fou et aveugle .

Pas le genre de gars avec qui discuter.

Les pensées se bousculaient dans ma tête. Je devais savoir ce que me voulait Mitsy, et simultanément, je ne le voulait pas.

Je me relevais en hurlant à pleins poumons, mes réflexions et l'assourdissant silence qui faisait vibrer la voix dans ma tête me rendant complétement bargeot.

Ce fut au même moment que le gardien en fonction arriva au niveau de ma cellule pour sa surveillance du soir.

L'agent pénitenciaire McManaman était l'un des "bons" gardiens, un type à la chevelure couleur de feu, héritée de ses ancêtres écossais dont il avait étonnament gardé l'accent cockney.

Un gars bon, avec toujours un mot compréhensif pour nous, une oreille attentive.

-Matthews? C'est toi qui crie comme un putois qu'on égorge? s'étonna-t-il

-Mouais, désolé, je...j'ai perdu les pédales.

-Ah ça! J'ai cru que Johnson avait décidé de se la jouer Van gogh! éclata-t-il de rire.

Je souris, c'était certes un humour noir, mais cela restait de l'humour, un bien précieux entre nos quatre murs.

-Qu'est-ce qui t'as fait brailler comme ça mon gars? s'enquit-il

-Des questions sans réponses, rien de grâve j'imagine, mais vous savez comment c'est ici...

-"Seules les causes perdues méritent qu'on les défendent et les questions sans réponse sont nécessaires à poser", répondit-il avec une grande sagesse qui me fit écarquiller les yeux.

-Ce n'est pas de moi, rit-il devant mon air interdit, mais je trouve que ça correspond bien dans ton cas. Parfois, reprit-il, même si elles te rendent dingue, tu dois trouver les réponses à ces questions et bien souvent elles sont déjà dans ton coeur, Matthews.

Il s'éloigna de ma cellule, me laissant à mes réflexions, sauf que cette fois, j'étais prêt à les affronter.

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