10. Décision

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Salut ma Sask',

Comment vas-tu depuis la dernière visite?
Je suis désolé d'avoir annulé la deuxième heure à laquelle nous avions droit, après tous les kilomètres que tu as parcouru pour me voir....
Mais, pour être honnête, j'avais vraiment besoin de réfléchir.
Et je pense qu'après toutes ces années passées à écrire à des pauvres types dans mon genre, tu sais aussi bien que moi à quel point réflechir dans ce trou à rat est une mauvaise idée et un poison virulent.

J'ai songé un instant à demander l'avis de maman, elle est toujours de bon conseil, tu la connais.
Mais, au fond de moi, je connais son avis sur la question, elle peut être vachement radicale quand elle s'y met. Et nous savons tous les deux à quel point elle exècre Mitsy depuis le procès.
Elle l'a toujours tenue pour responsable de ce qui m'est arrivé, à raison peut-être.


Je n'en sais rien, je me dis toujours que ce ne sont pas ses doigts qui ont appuyé sur la gâchette ce soir-là.

Toujours est-il que je suis persuadé que maman me dirait de ne surtout pas contacter Mitsy et encore moins de la voir.
Et que je ne ferais que lui ajouter encore du tracas.
Elle en a bien assez comme ça, à affronter seule : la chimiothérapie, la douleur et la peur.

Donc voilà, je réfléchis seul ici, entre mes quatre murs, et il va vraiment falloir que je me décide, seul.
Et vite surtout, si je ne veux pas finir comme mon voisin de cellule.
Ce gars ne m'aide pas à faire le tri de mes pensées d'ailleurs, encore hier, il a passé la moitié de la nuit à hurler à la mort. Je ne sais pas si la pleine lune a une quelconque influence sur ses crises. N'empêche qu'hier j'ai bien cru qu'il allait se changer en loup-garou et bouffer un gardien !

Quel cirque c'était ! Il s'est mis à hurler et à griffer les murs comme un sauvage. Et moi je crevais de mal aux dents. Ses ongles qui crissaient sur le plâtre du mur, l'angoisse. Ça m'a rappelé mon prof de sciences au collège, il faisait toujours ce bruit d'enfer avec ses craies, il nous rendait tous dingues.

Donc ouais, Johnson se met à hurler et griffer les murs, ça fait un boucan de tous les diables. Du coup, plusieurs gars du coin commencent à lui demander, plus ou moins sympathiquement, de la fermer. Les cris des voisins alertent la cage d'à coté et ainsi de suite.

Au bout de quinze minutes, la totalité de l'aile était réveillée, la plupart des gars à gueuler pour avoir du silence.

Du coup, le garde débarque. J'étais au première loges ici, j'avais sorti le miroir par la fente de ma porte et, c'est triste à dire mais c'était comme d'être au cinéma.
Le garde lui demande calmement de la fermer, et bien entendu, ça ne fonctionne absolument pas.
Du coup, il fait mine d'entrer dans la cellule et l'autre commence à carrément se peter la tête dans les murs, un boucan pas croyable.
Le garde se barre et là, on comprend tous que le gars va se faire "swater"*.


Ça n'a pas loupé, cinq minutes après, on entend le bruits des bottes ferrées qui claquent.
Au milieu de la nuit, comme ça, on aurait dit un défilé de nazis, tous ces types qui arrivent en faisant claquer leurs godasses, bouclier anti-émeutes dans une main, spray au poivre ou matraque dans l'autre. Tout ça pour faire taire un pauvre typé dont les fusibles ont petés.
Ils se foutent en position, la porte s'ouvre et là, Johnson, dans un éclair de lucidité à vu le coup venir.
J'entend un "splash" et là je vois le premier swat de la file qui sort en gueulant, la visière de son masque dégoulinante de chiasse.
Comme je me suis bidonné, t'imagines même pas!

Il avait prévu la riposte le bougre! Sauf que, forcément les autres sont rentrés, ils l'ont gazé, tabassé pour faire bonne mesure et le pauvre barge est allé faire un tour au trou.
Mais, sur une note positive, au moins j'ai un peu la paix!

Ce qui m'a permis de réfléchir, et je pense que tu as raison.

Il ne faut pas que je la revoies. Ça n'a aucun sens. Après dix ans, les preuves ne sont plus exploitables, elle a eu dix putain d'années pour prendre sur elle et tenter de me sauver le cul.
Et elle rapparait uniquement quand c'est trop tard?

Elle veut juste se donner bonne conscience! Et sa conscience elle peut se la carrer la où le soleil ne brille jamais!

Voilà ma belle, j'ai pensé que ça te ferais plaisir de voir que je suis revenu à la raison et que j'ai encore toute ma lucidité contrairement à ce pauvre vieux Johnson.

Prend soin de toi et garde la tête haute!

Tendrement,

Colton.

*note de l'auteur: swater est un terme carcéral relatif à l'intervention d'une équipe S.W.AT.


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