3.

3 minutes de lecture

Une semaine s'était écoulée depuis l'incident avec Lisa. Elle ne venait plus manger avec nous et n' adressait plus la parole à notre petit groupe, pour le plus grand plaisir de Francine. Les seuls moments où elle s' intéressait à nous étaient lorsqu' elle nous voyait en compagnie de Jules. Il venait nous parler à pratiquement chaque pause, pour le plus grand plaisir de Jean-Michel. Hier, il avait même déjeuné avec nous. Il prenait peu à peu ses marques. Il était à la fois discret et sociable. Á vrai dire, tout le monde l'appréciait, même les élèves.

On était mardi soir, et c'était mon tour de cuisiner. Cette semaine, Mina donnait des séances de dédicace dans une librairie. J'avais prévu de profiter de mon mercredi aprés-midi pour aller à la galerie avec elle. Mais apparement, il n'y aurait que mes amis Dali, Breton, Magritte, et moi. Et peut-être quelques uns de mes élèves ? Oui, je crois encore aux miracles !

Il était environ 19h30 quand Mina déboula dans l'appartement comme une furie.

— Purée, tu ne devineras jamais la meilleure ! Edith vient de m'envoyer un message. Elle me demande d'écrire une scène d'amour explicite entre mes deux personnages ! Je lui ai pourtant dit que j'étais loin d'être une experte dans ce domaine, que j'étais asexuelle, que j'en avais rien à fiche du sexe. Mais non, elle y tient à sa p***** de scène ! s'écria-t-elle en s'acharnant sur mon coussin préféré.

— Calme-toi un peu. Je le suis aussi, je te signale.

— Oui, mais toi tu n'es pas aromantique. Tu n'es pas reticente à l'idée d'avoir une relation avec quelqu'un. Alors que moi, tous ces trucs de sentiments amoureux, de bouquets de fleurs, de caresses, d'échange de fluide, et j'en passe… çe n'est pas vraiment mon dada. Je pensais que quelques moments romantiques et marrants suffiraient. Mais non ! Madame reste bloquée sur son idée de sexe. Pff ! Monsieur Cinquante mille nuances lui est monté à la tête !

J'avais beau lui avoir expliqué que ce livre (ou plutôt ''ce torchon avilissant qui ruine tous les combats menés par les femmes pour leur émanicpation et qui est de surcroit super mal écrit'') n'avait rien avoir avec ce que lui demandait Edith, je comprenais parfaitement ce qu'elle ressentait. Ma sœur et moi n'étions pas attirées par le sexe. Mina en était même rebutée. C'était comme ça.

— Je comprend à quel point c'est frustrant de devoir se conformer aux attentes de ton éditrice, mais tu vas y arriver. Et puis, je suis là pour t'aider.

— Me conformer aux attentes de la société, tu veux dire ! Une société qui nous gave de schémas de couples et de bambins ; sans parler des médias qui nous étouffent avec une sexualité surexposée !

— Tu sais comme moi qu'il n'y a rien de mal à vouloir tomber amoureux ou avoir des enfants.

— C'est quand même absurde de vouloir faire croire que c'est la norme ! Certaines personnes ne sont pas obligées d' être en couple pour être heureuses et comblées, ni d'avoir forcément des enfants. Pareil pour les relations sexuelles. Regarde-nous ! Bon à part que toi tu crois au grand amour, et patati et patata...

— Je te comprends mieux que personne, soeurette. Mais c'est à Edith que tu devrais dire tout ça. Tu as accepté le défi d'écrire une histoire d'amour pas comme les autres, à ta sauce à toi. Tu y arriveras.

Je me dirigeai vers le canapé avec des couverts et nos assiettes pleines que je déposai sur la table basse.

— Et puis, tu n'es pas obligée d'écrire une scène super explicite et de répondre aux codes. Tu peux trouver des moyens détournés. C'est bien ce que tu fais quand tu écris tes nouvelles.

— Ouais... Je peux bien décrire ça avec je-ne-sais quels métaphores, analogies, et double sens, admit-elle en lachant finalement ce pauvre coussin. Mais bon, à quoi tu comparerais un minou, toi ?

D'un air théâtral, elle posa sa main droite sur son coeur et l'autre sur son front, en soupirant :

- Ooh, à une fleur prête à éclore ? A un bouton de rose qui se réveille grâce à la rosée matinale ? Jajaja ! Mon Dieu c'est tellement nunuche. On dirait toi ! Tu as raison, on commence vraiment à déteindre l'une sur l'autre.

Je lui lançai le fameux coussin en pleine face, en éclatant de rire tout comme elle.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire M.P ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0