Sugar Rémission

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— En fait t’es tout pourri David, tu ne sais même pas te battre, me dit Ellie, sa main droite dans mes cheveux et la gauche me caressant le visage.


 J’étais lové contre elle, ni assis, ni allongé, la tête entre ses jeunes seins et les jambes dépliées. Malgré notre différence de gabarit, elle m’accueillit divinement bien et ses gestes de douceur striaient mon cœur apaisé. Je découvrais une facette touchante chez elle, un instinct maternel appliqué et concerné. La situation me plaisait et dénotait des derniers jours. Six jours s’étaient écoulés depuis ma sortie d’hôpital. Je les avais passés à la maison, calmement. J’avais levé le pied sur la boisson et pris le temps de cicatriser dans un environnement sain. Entre temps, mon dentiste m’avait retapé et cette histoire de pirate était loin. Sonia était passée un soir et on avait dîné ensemble. Elle m’avait raconté le Diable Rouge, le sang, James, et la tête au carré que les tauliers lui avaient mise après que les pompiers m’aient évacué. Pauvre James. Sa femme devait être ravie à son retour. Pas sûr qu’il ressorte de sitôt. L’occasion de perfectionner encore un peu plus patience et bonne humeur. De proposer à sa fille un petit jogging dominical, et à sa femme de préparer à bouffer pour leur retour. À bien y réfléchir, c’est sa femme qu’il devrait emmener dans les bois pour y être tronchée et à sa fille de préparer à manger en vue d’être une bonne épouse. Elle gardera son mec, soit par des pipes abondantes, soit par la bouffe. Elle pourra même le sucer après lui avoir enduit la bite de myrtille. Pourquoi pas. Elle pourrait le tenir par les couilles et le défoncer à coup de chibre harnaché quand ça lui chante aussi. Lui faire porter ses strings et le promener en laisse dans leur jardin. Après tout, pourquoi pas. Son père aurait pour une fois un truc sympa à raconter.


— J’me suis pas mal inquiétée pour toi. Impossible d’en parler à mes parents, ou faussement détachée. Chose délicate depuis quelque temps…             

— Faut pas Ellie, j’ai toujours fait plus ou moins le con tu sais, mais le fond du trou je le laisse aux autres. Faire de la merde en ayant assuré ses arrières a quelque chose de grisant. Me concernant en tous cas.

— T’avais une tête à faire peur quand t’es sorti de l’hosto. Papa se marrait, mais Maman avait mal au cœur pour toi.

— C’est gentil d’avoir accompagné tes parents pour venir me chercher. J’étais content de te voir.

— Ouais. J’étais curieuse et heureuse en même temps. Pis quand j’ai vu ta tronche, bon, on aurait dit un vieux.

— C’est leur pyjama à la con ça. J’avais l’air d’un guignol dedans.

— Mes parents pensent que je dors chez ma pote ce soir. Je peux rester avec toi David ?

— Hmm… T’es sûr que c’est bien raisonnable ? Si ton père passe me voir dans la soirée ?

— Je me cacherai !

— Non, j’entrerai pas dans ce délire.

— David…

— C’est niet Ellie, je me comporte déjà suffisamment comme un con en ce moment.

— T’es pas marrant.

— On peut siester un peu ensemble si tu veux, une petite heure. Ensuite, tu rentres chez toi ?

— C’est nul, conclue Ellie la moue boudeuse.


Je n’avais pas envie de passer la soirée avec, ni la nuit. Nous dérapions parfois, mais préméditer une nuit entière ensemble était absurde. Et puis j’avais envie de sortir boire un coup. Ma semaine en isolement touchait à sa fin et aussi bonne fut-elle, il fallait que je reprenne les devants.


— On s’allonge un peu, le temps de somnoler ? lui demandais-je.                     

— D’accord, je suis fatiguée de toute façon. Et puisque tu as mieux à faire ce soir.

— Des choses de mon grand âge, ennuyeuses et barbantes mon enfant.


Elle râlait pour la forme, pour s’entraîner. S’entraîner dans sa vie de femme. Les hommes gueulent. Les femmes râlent. Les hommes se comportent parfois comme de gros cons. Tantôt, les femmes nous les brisent menu. Pour une vie lisse et rangée, achetez un chien. Avec là aussi le risque de tomber sur un blaireau.


Les conneries reprenaient de plus belle. J’allais maintenant faire une sieste un samedi après-midi avec la fille de mes amis. Je mis un peu de musique, laissant les notes mélodieuses parvenir jusqu’à ma chambre. Le torse et les pieds nus, je m’allongeai sur le lit pour y fermer les yeux. Ellie s’affairait dans la salle de bain et les bruits lointains qu’elle faisait se mêlaient à ceux du salon. Cette ambiance m’a toujours donné sommeil. Quand elle me retrouva au lit, je dormais déjà. J’aurais pu l’attendre dans l’optique de la souiller. Il est vrai que mon cœur cognait un peu moins fort aussi. Mes derniers déboires me donnaient honte et l’estime que j’avais pour ma petite gueule déclinait comme ma vigueur. J’en menais moins large en gros. Je la sentis à peine me rejoindre. Une légère sensation de chaleur diffuse par sa peau d’amour parvenait jusque dans mes songes. Je rêvais d’un sommeil agréable et son épiderme contre le mien était magique. J’avais oublié à quel point j’aimais la sentir contre moi. À quel point l’avoir dans mes bras me donnait l’envie furieuse de vivre. À mon réveil, Ellie dormait profondément contre moi. Elle ne portait qu’un string minimaliste et après lui avoir embrassé la tempe et m’être levé, je la bordai d’une couverture légère et quittai la pièce non sans lui avoir lancé un dernier regard. Cette môme était magnifique. À cet instant, je lui aurais donné ma vie. Je me préparais tranquillement. Douche en musique, clope et scotch à la sortie, parfum, sapes, clope et scotch avant de sortir, et quelques lignes pour la prévenir ;


« Tu semblais dormir comme un ange, je suis sorti. Si tu veux passer la nuit ici, fais en sorte que ça ne se sache pas, je rentrerai au milieu de celle-ci. David. »

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