Chapitre 16

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— LES S.I. ! cria un fêtard qui venait d'obtenir la même information par son drone.

 Des gens commencèrent à aller en tout sens. Antéa et l'homme dont elle avait fait la rencontre étaient en train de se déharnacher. Il y eut quelques bousculades. Puis, un flot de personnes se déversa en provenance de la salle d'à côté, où le ring de danse et les alcôves étaient encore bondés.

 La foule mélangeait couleurs et nudités dans un grand n'importe quoi carnavalesque en deux mouvements contradictoires. Verres et bouteilles planaient, se renversaient, éclataient lorsqu'ils heurtaient des parois.

 Dans le brouhaha, Antéa et le jeune homme tentèrent de se parler

— Comment je te contacte ?

 Il tenta de lui répondre au moment où Antéa se faisait pousser contre une paroi et où Amitié pour la protéger de la bousculade déployait un champ de stase autour d'eux. La stase eut pour effet d'interrompre aussitôt les sons extérieurs et elle n'entendit pas sa réponse.

 Le temps qu'Antéa reprenne ses esprits, le garçon se retrouvait entrainé par un mouvement de foule opposé à celui qui guidait Antéa vers une sortie. Antéa se dit que ne pas se faire arrêter était prioritaire et qu'Amitié aurait certainement moyen de retrouver le jeune homme.

 Une dizaine de membres des S.I, en combinaisons noires, firent irruption à l'opposé d'elle, procédant à des interpellations musclées d'hommes et de femmes. Fort heureusement, ils n'étaient pas assez nombreux et se contentèrent de laisser filer 90 % des personnes présentes à cette soirée.

 Antéa s'échappa vers une sortie dont Amitié négocia l'ouverture avec le drone qui en bloquait l'atmosphère.

 La comète squattée se mit à vomir dans le vide des fêtards en fuite, habillés ou dénudés, tractés par des drones, et ce par tous ses orifices. À certains d'entre eux, des patrouilleurs de Silence Immobile avaient tendu des filets de remorquage, dont des fuyards parvenaient à s'échapper ou qui étaient très vite plein. Le but des S.I. n'était pas d'arrêter tout le monde, mais simplement de faire peur. Les quelques personnes capturées se verraient infliger des travaux forcés, mais rien de plus à ce qu'Antéa en savait. En revanche, mettre la main sur un ou plusieurs organisateurs aurait conduit à un interrogatoire en règle.

 À l'extérieur, Amitié fit le choix comme beaucoup de drones de l'éparpillement dans une zone de débris, avec tout ce que ça représentait de dangers. Les risques étaient sans commune mesure avec leur précédente sortie spatiale autour du vaisseau-couveuse en destruction. Tous deux se cachèrent dans la face obscure d'un petit rocher et se laissèrent dériver avec lui en dehors de la zone où le gros des fuyards restait densément groupé. Ils se comportaient comme un banc de poissons et forcèrent le périmètre d'arrestation couvert par les S.I. Ceux qui se trouvaient sur les extérieurs étaient toutefois plus exposés que les autres.

 Aucune des deux tactiques ne se révéla idéale. Celle choisie par Amitié était plus prudente, mais plus longue. Au bout d'un moment, ils furent sortis d'affaire, mais assistèrent tout de même à deux interpellations musclées d'autres personnes dissimulées comme eux.

 Le souci d'Amitié était surtout que personne ne puisse retracer leurs destinations. Ils errèrent donc interminablement dans l'Amas dans un cachecache sans fin, se mêlant aux déplacements autorisés, afin de brouiller les pistes et que personne ne puisse remonter jusqu'au vaisseau-comète d'Antéa.

 Antéa qui n'avait rien à faire d'autre comprenait la stratégie d'Amitié et observait les lieux. Cela faisait longtemps qu'elle n'était pas sortie en extérieur. Profiter de la beauté des paysages de l'Amas cométaire avait été rendu possible par les modifications eugéniques opérées par les Généticiens de l'Amas concernant l'œil humain. En l'absence d'un fort éclairage solaire, il fallait pouvoir percevoir bien plus de nuances sombres, avant tout pour parvenir à se situer. Tout habitant pouvait donc admirer s'il lui était donné de sortir les multiples teintes des roches oscillant du bleu gris au rouge intense en passant par les marrons et les noirs.

 Antéa frissonna en observant un regroupement de glaces de méthane, de loin parmi les plus dangereuses.

 Tout en se rapprochant enfin de son vaisseau-comète, Antéa ferma les yeux, rêveuse, repensant à la soirée et à cette rencontre surtout.

*

 Après plusieurs heures d'apesanteur, Antéa fut heureuse de retrouver la gravité artificielle de son vaisseau-comète. Elle prit une bonne douche pour se débarrasser des nombreuses odeurs qui avaient imprégné ses cheveux, Antéa déambula dans les couloirs jusqu'à la pièce de vie centrale. Toujours rêveuse, elle se laissa tomber dans un fauteuil. Ses oreilles bourdonnaient encore comme si la fête continuait dans ses tympans.

 Amitié l'y attendait.

— D'après une capsule d'infos, une trentaine de fêtards ont été arrêtés.

— J'espère qu'il ne s'est pas fait prendre.

— J'ai pris des risques inutiles en t'y emmenant. Je regrette, Antéa.

— Pas moi ! J'ai passé une excellente soirée. Je ne m'étais pas autant amusée depuis bien longtemps.

 Antéa se perdit dans ses pensées.

— Tu as l'air étrange. Il te plait ?

— Qui ?

— L'alcool que tu as bu... ironisa Amitié. Ce garçon, évidemment !

— Je crois... mais je ne sais pas comment le joindre. Nous ne sous sommes même pas dits nos noms. Tu as entendu ce qu'il a dit avant qu'on ne soit séparé ?

— Trop de bruits parasites. Et je ne regardais pas ses lèvres, non plus...

— Dommage. Tu as eu des infos par son drone ?

— À part qu'il avait l'air tout autant modifié que moi : non. Tous les drones présents ce soir étaient en mode anonyme.

 Antéa éprouva un profond désappointement.

— As-tu relevé des indices sur qui il est ?

— Je suppose d'après la valeur de la bouteille de liqueur que vous avez consommée, à son niveau d'instruction et à la coupe sur mesure de ses vêtements qu'il est probablement issu d'une famille aisée. Ses mains ne portent pas les callosités inhérentes à certaines professions manuelles. Il ne portait aucun signe distinctif. Je chercherai son identité sur le sous-réseau. Il n'y a qu'une seule chose dont je suis certain étant donné plusieurs de ses réactions physiologiques...

— Crache le morceau, Amitié.

— Il en pince pour tes grosses fesses.

 Amitié reçut un coussin avec violence, ce qui le fit dériver dangereusement.

— Tout ça parce que tu es vexée que ce soit mon gilet qui est attiré ce garçon...

 La lumière s'éteignit et passa en économie d'énergie. Le léger vrombissement des moteurs stoppa et la gravité commença à décliner. La rotation autour du moyeu central était en train de cesser.

— Blackout ?

— Oui.

— Nous avons eu de la chance. Nous aurions pu rester coincés dehors.

 Il n'y avais plus de risque comme jadis que les champs de stase des drones ne s'interrompent automatiquement, donc pas de risques d'en mourir.

— Tu penses que Silence Immobile à décréter ce blackout exprès pour effrayer les participants à cette fête clandestine ?

 Tout en parlant, Antéa attrapa discrètement un autre coussin.

— C'est possible que... Je te vois, je te signale !

— Je m'en moque. On va régler nos comptes toi et moi. Et avec la coupure, n'espère pas appeler des secours. Comment as-tu qualifié mes fesses, déjà ?

 Le drone se cabra, belliqueux.

— Molles ? Grasses ? Non. Je me souviens.

 Antéa se mit en position de combat.

— Je me souviens ! J'ai dit flasques.

— YAAAAHHH ! chargea Antéa.

 L'attaque de coussins commença sans autre forme d'ultimatum.

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