Chapitre 2 :

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Il serrait contre lui le corps parcourut de frisson à en glacer le sang, tâchant de ne pas laisser la panique l’emporter, car il y avait de quoi. Elle tremblait tellement qu’il avait du mal à la maintenir. Des gouttes de sueur perlaient sur son front, ses mains étaient moites et tout son corps étaient brûlants. Elle couinait et bredouillait des mots sans arriver à former de phrases complètes. Puis elle sanglota. Elle pleura à chaudes larmes tout en toussant. Elle se disait qu’elle mourait à petit feu, qu’elle se consumait de l’intérieur, et lui, il ne voyait qu’une jeune fille épuisée par la maladie qui allait sans doute y passer. Cela lui faisait beaucoup trop de peine, car il ne voulait ni la perdre, ni la voir souffrir. Cassandra était sa meilleure amie, et la voir dans un état aussi pitoyable lui donnait la chair de poule.

— Kilian… Je t’en prie, va-t’en. J’en ai marre que tu me vois comme cela. Et je ne veux pas que tu sois malade à ton tour, bredouilla la belle brune avec difficulté.

— On ne sait même pas si la maladie est aussi contagieuse que cela. Et de toute manière, il est hors de question que je te laisse tomber comme cela. Pas toi…

— Liam est là…

— Ce n’est pas la même chose. Chaque personne est elle-même et n’est comme quiconque. Puis, tu sais tout autant que moi que Liam n’arrivera pas à faire bonne figure devant toi alors que tu te retrouves dans cet état.

— Alors, Fred n’a qu’à prendre ta place. Je ne veux pas t’infliger cela, murmura la jeune fille en butant sur chaque mot.

— Idiote, asséna Kilian en la prenant dans ses bras. Tu sais très bien que je ne risque plus d’avoir beaucoup de temps, en tout cas, beaucoup moins qu’avant pour te voir. Alors je te rendrais visite jusqu’à ce que j’aille à la capitale.

— Tu dois être anxieux… tout nouveau bureau te plaît ? Tu dois avoir peur de ne pas être à la hauteur, commenta la brune.

— J’ai toujours peur de ne jamais être à la hauteur. À la moindre chose, donc cela, cela ne change pas vraiment d’habitude. Puis, disons que je ne pensais pas apparaître en public devant tout le monde un jour. Je veux dire… Qui aurait pu imaginer que quelqu’un comme moi pouvait devenir conseiller ? Personne.

— Liam compte refuser l’offre. Il ne se trouve pas apte à contenir ce poste. Il le trouve beaucoup trop important pour quelqu’un pour lui.

— Oui, je sais, il m’en a fait part. Dans un sens, je le comprends c’est effrayant, et il a peur de ne pas être à la hauteur.

— Cela était une super occasion pour lui ! Pourquoi ne l’as-tu pas encouragé comme en début ? Peut-être que s’il avait été plus boosté, il aurait continué. Puis, avec le travail, il pensera moins à ma mort et celle de Charles.

— Tais-toi, tu n’es pas morte.

— Kilian… Tu sais tout autant que moi que c’est pour bientôt.

Le cœur du jeune homme se serra. Bien évidemment que la fin de la jeune fille se rapprochait de plus en plus. Au plus profond de lui-même, il le savait pertinemment, mais il voulait faire semblant d’y croire pour qu’elle ne soit pas submergée par la détresse et le désespoir. Pour qu’elle ne sente pas que d’autre personne abandonnait sa cause.

— Je ne peux pas forcer Liam à faire conseiller s’il n’en a pas envie. J’ai déjà discuté avec lui, et il ne veut vraiment pas. J’ai accepté pour plus de raisons que le simple désir de montrer qu’un pauvre peut être aux commandes d’un pays. Des raisons personnelles. Liam n’en a pas. C’est comme cela, ce n’est pas grave.

Il ressentit les mains tremblotantes de Cassandra lui serrer encore plus fort les poignets mais il réprima une grimace de douleur. La jeune fille voulait lui dire quelques mots, sauf qu’elle était trop exténuée. Il déposa un baiser sur son front et la décala pour poser délicatement sa tête sur son lit. Ce n’était pas la première fois qu’il faisait cela, qu’elle commençait à s’endormir dans ses bras et qu’il la voyait s’apaiser même si son corps continuait à défaillir. Et à chaque fois, il avait peur. Il avait peur qu’il se rende compte à son retour, que c’était la dernière fois qu’il l’avait vu, qu’il lui avait parlé. Ce jour arriverait, malheureusement il se savait pas encore prêt pour cela. Il déplorait de connaître autant de personnes qui allait mourir, mais il ne supportait encore moins que ces personnes aient été aussi proches de lui. Il se rappelait de Charles qui s’était suicidé suite à la maladie. Cassandra ne disparaîtrait pas comme cela. La jeune fille n’aurait même pas été capable de tenir fermement un couteau sans le faire tressaillir.

Pendant un petit moment, Kilian la regarda dormir et comprit que ses nuits n’étaient pas des plus agréables, en proie au cauchemar. Le jeune conseiller ne pouvait que compatir, il connaissait cela malheureusement. Il soupira et coinça une mèche brune de son amie derrière l’oreille avant de se lever pour partir. Quelquesfois, le jeune homme se demandait si son amie n’avait pas raison concernant la maladie, si elle était contagieuse. Il avait peur de prendre le risque de l’attraper, et de mourir à son tour, entraînant Fred dans un cercle vicieux qu’il ne voulait pas. Puis, il se disait que s’il mourait, c’était le destin, même après tout ce qu’il avait vécu. Il fut tout de même soulagé de sortir de la chambre où l’ambiance lourde et morose pesait sur ses épaules. Il resta appuyé contre la porte un moment, comme s’il attendait qu’elle l’appelle au secours.

— Elle s’est endormie, déclara une voix derrière lui.

Kilian se retourna en secouant la tête tristement, contemplant son ami Liam, le petit-ami de Cassandra. Le jeune homme avait, comme eux tous, assez mal vécu la mort de Charles. Lorsque Cassandra périra, Kilian ne voulait même pas imaginer l’état dans lequel son ami se trouvait. Un état déplorable. Liam avait beaucoup minci, et sa peau semblait pâlir de jour en jour tellement qu’il ne sortait plus. Des cernes soulignaient ses yeux à tel point que son ami avait envie de lui dire de se reposer dans sa chambre.

— Elle s’endort tout le temps maintenant, rajouta le blond avec amertume.

— Je sais…

— Est-ce que… Est-ce qu’avec toi elle commence à délirer ?

Kilian fit les yeux ronds, surpris, ce qui répondait à la réponse de son ami sans aucune parole nécessaire.

— C’était pour savoir. Des fois, elle me raconte des choses invraisemblables.

Kilian comprenait Liam, du moins, pas ce qu’il traversait, mais chaque jour, il se réveillait et repensait à cette maladie. S’il serait contaminé lui, ou pire, que Fred soit contaminé. Cela lui brisait le cœur rien que de le songer. Il serait demeuré dans un état encore pire que Liam si leur place avait été inversée.

— Cassandra essayait de me convaincre de t’encourager à reprendre ta place de conseiller, confessa Kilian en s’appuyant contre le mur.

— Qu’est-ce que tu lui as répondu ?

— Que je n’avais pas à te forcer la main, et que si tu n’en avais pas envie, et que tu ne t’en sentais pas capable, c’était à toi de juger de ton choix et non quelqu’un d’autre.

— Merci Kilian.

— Il n’y a pas de quoi.

Le jeune conseiller le salua d’un geste discret de la tête avant de descendre l’escalier à l’étage du dessous. Il se laissa emporter par la gravité qui forçait ses pieds à toucher le sol, il descendait à une vitesse telle, qu’on aurait pu avoir l’impression qu’il cherchait à s’enfuir. Dans un sens, ce n’était pas faux, il s’échappait de la pièce où se situait Cassandra. Pas contre elle, juste pour se sentir moins oppressé. Le jeune homme marcha dans les couloirs. Il ne se trouvait pas dans le désert, mais en Opartisk, à la capitale. Des hauts buildings concentraient les appartements privés des conseillers. Kilian rejoignait le sien à grands pas. Le jeune homme ne s’habituait pas encore à tout ce luxe, c’était trop nouveau pour lui, et il ne l’avait jamais imaginé car il ne pensait pas que cela lui arriverait un jour. Une chambre immense, un lit douillait, une salle de bain personnelle ainsi qu’un bureau personnel. Il possédait pratiquement tout un étage de ses gigantesques bâtiments, pour lui tout seul. Souvent, il réfléchissait en se demandant si c’était vrai, si à un moment, toute cette partie de bonheur n’allait pas tarder par s’effondrer. Kilian ne l’avait jamais vraiment vécu, et se persuadait qu’à moment ou un autre, il allait perdre ce bonheur qui avait failli arriver trop tard pour le sauver. Il ne souhaitait pas sombrer à nouveau. Pour cela, il devait se battre afin de prouver de quoi il était capable et qu’il était digne de tout ce qui lui arrivait récemment. Et il s’en sentait prêt, prêt à affronter la vie d’adulte à dix-sept ans, prêt à se faire détester par tout le peuple Opartiskain s’il le fallait. Tout ce qu’il voulait, c’était de rétablir l’ordre dans son pays, et si possible, juste après la maladie, dans le monde.


Le jeune homme fut submergé par le soulagement lorsqu’il atteint la porte de ses appartements. Auparavant, ils étaient occupés par Victoria qui venait de démissionner pour des problèmes de santé, mais aussi pour profiter de ses enfants qui souffraient eux aussi de la maladie, comme Cassandra. Il verrouilla la porte sans trop savoir pourquoi. Cela ne l’embêtait pas d’être dérangé pourtant. Il soupira et se passa une main dans ses cheveux en se souvenant que son portable était posé sur la table de chevet. Lorsqu’il franchit les portes de sa chambre et qu’il avança de quelques pas, des bras vinrent le serrer contre un autre corps. Un sourire se dessina sur le visage du jeune homme qui se retourna pour voir Fred.

— Tu squattes encore ma chambre on dirait bien, murmura le plus jeune homme en encadrant le visage de son petit-ami avec ses mains.

— Ce n’est pas comme si je ne recevais jamais d’invitation, déclara-t-il, front contre front. Cela a été, avec Cassandra ?

— Elle pense que cela serait mieux que moi et Liam ne venions pas et que tu prennes notre place. Elle pense que c’est mieux. Elle s’est endormie.

— Je peux prendre ta place si tu veux… même si je ne sais pas vraiment ce que je pourrais lui raconter pendant le temps où elle ne dort pas.

Kilian traçait des cercles sur les joues de Fred avec ses pouces puis se dégagea pour s’asseoir sur le lit, le tenant par une main. L’autre adolescent se laissa tomber à ses côtés. Épaule contre épaule. Kilian posa sa tête sur celle de Fred qui commençait à enfouir ses mains dans sa chevelure blonde. Cela faisait du bien à Kilian.

— Ne t’inquiète pas. Même si elle dit cela, je sais qu’elle ne le pense pas vraiment. Elle ne veut juste pas voir qu’on a de la peine pour elle. Mais on doit être là pour la soutenir. On doit montrer que quoiqu’il arrive, elle reste notre amie.

— Alors je devrais passer la voir de temps en temps.

Kilian ne savait pas quoi répondre. Fred n’aurait pas accepté le fait qu’il lui interdise ce droit juste parce que lui, avait peur qu’il contracte la maladie. La réponse mourut sur ses lèvres qui s’enfouir dans le cou du jeune homme.

— Je sais ce que tu te dis, s’exaspéra Fred. Que je risque d’attraper la maladie, et que tu ne veux pas me voir, ni mourant, ni dépressif. Mais je te rappelle que tu cours tout autant de risque que moi. Tu n’es pas malade, Liam non plus, donc il y a peu de chances que je le sois aussi. C’est mignon d’être protecteur. Mais je suis un grand garçon.

Kilian souffla un « je sais » en fermant les yeux.

— Tu feras comme tu veux… tu sais comment tu vas t’occuper quand je ne saurais pas là ? Je veux dire, être secrétaire lors des réunions des conseillers, cela ne prendra pas une grande partie de ton temps. Qu’est-ce que tu vas faire quand je ne serais pas là ?

— Je trouverais un truc, je te le promets. Je sais que rester sans rien faire ce n’est pas forcément bon car on repense à de mauvaises choses, sauf que cela va être de plus en plus loin de moi désormais. Tout comme pour toi aussi. Mais, s’il-te-plaît Kilian, ne me demande pas d’être conseiller. Je ne veux pas.

— Avec le nombre de fois que tu m’as dit cela, je crois bien que j’avais compris. Dis-moi que tu seras là avec moi à la capitale lors de l’annonce.

— Le grand Kilian Mallow a soudainement peur de se retrouver face à une immense foule d’Opartiskain tout en étant filmé pour que l’annonce soit retransmise au peuple entier, voir, au monde entier, taquina Fred en lui ébouriffant les cheveux.

— Oui, je flippe totalement et j’aurais besoin de soutiens. C’est Flow mon nom de famille maintenant, plus Mallow, plus jamais, corrigea gentiment Killian.

Le jeune homme avait bien été content de changer de nom de famille. Cela signifiait le début de son indépendance, de sa libération, de sa renaissance. Même s’il trouvait que le nom de famille de Victoria lui rappelait fortement son vrai nom de famille, il essayait de ne pas y penser. Il y avait pire qu’un nom de famille. Le jeune homme le savait bien, mais au début, cela l’avait aidé !

— Quoi que, je suis persuadé que Nalloven t’irait bien mieux que tous les autres noms, déclara malicieusement Fred.

Kilian put ressentir son visage s’enflammer lorsqu’il sourit sous le petit rire de Fred. Effectivement, ce nom de famille là lui plaisait encore plus que le nouveau. Il ne savait pas si un jour il s’engagerait avec quelqu’un, peut-être que oui, peut-être avec Fred, ou quelqu’un d’autre. Mais pour l’instant, il n’y avait qu’eux et c’était suffisant.

— Fred et Kilian Nalloven… J’avoue que cela sonne tellement bien, cela me dérangerait pas des moindres.

— Eh bien tant mieux ! Parce que je te jure qu’un jour tu porteras mon nom.

Ce fut le sourire aux lèvres que Kilian s’affala sur son lit et emmena la tête de Fred contre son torse en passant la main dans ses cheveux. En quelques semaines, il avait l’impression de vivre les plus beaux moments de sa vie alors que la maladie pouvait surgir à tout moment et que la guerre se faisait plus menaçante que jamais. Néanmoins, cela ne l’empêchait pas d’être heureux et de ne pas se sentir coupable comme habituellement. Finalement, il serait bien content de porter le même nom que Fred.

— Tu n’as pas encore parlé à Iris, murmura Fred.

— Faut que je le fasse. Tu me diras, je ne risque rien puisqu’en tant que conseiller je ne suis pas surveillé et fliqué comme n’importe quelle autre personne. C’est un bon avantage je trouve. Je t’en supplie, fais-moi redescendre sur terre quand je commence à prendre beaucoup trop confiance en moi comme je viens de le faire. Cela m’insupporte. Tu fais ce que tu veux tant que t’arrives à me faire redescendre.

— Pas de problème, mais là c’est juste que tu te juges trop durement. On a le droit de ce la raconter un peu, en restant au raisonnable, et ce n’est tellement pas toi que tu es loin de dépasser la limite. Tu es trop humble Kilian, relâche et rends-toi compte que même si tu dois t’occuper de l’image que tu laisses ressortir, tu dois rester toi-même et ne pas laisser la pression te bousiller le moral.

— Je crois que je réalise pas que d’ici quelques jours je serais officiellement conseiller aux yeux de tous, murmura Kilian. Genre… Tout le monde connaîtra mon nom et on fera des recherches sur moi.

— Et tu vas quand même pas me dire que cela, cela te fait peur !

— Le fait que pendant plus de deux semaines voire un mois tout le monde aura mon nom sur la bouche, ce n’est pas le plus dérangeant. Que les gens et les journalistes se mêlent de ma vie privée et de mon passé, cela me dérange un peu plus.

— Les autres conseillers t’ont assuré que ton passé ne sera pas mis en évidence et qu’ils le dissimuleront aux journalistes. Puis, s’ils te posent la question eux-mêmes, tu n’as qu’à mentir au lieu de dire que tu ne veux pas en parler. Si tu dis que tu ne veux rien dévoiler, ils feront des recherches. Et les journalistes, ils arrivent pratiquement toujours à leurs fins, ils sont déterminés.

— Je n’ai pas envie qu’il te harcèle. Tu sais tout autant que moi que tu ne pourras plus te déplacer comme avant. Toi aussi on entendra parler de toi en tant que petit-copain d’un conseiller et on fouillera dans ton passé. Je n’ai pas envie que tu te sens emprisonné ou blessé s’ils s’émissent dans ton passé.

Fred soupira en secouant la tête. Il se tourna et intercala ses mains sur les joues de Kilian pour le regarder dans les yeux.

— Je me fiche que mon passé soit révélé au grand jour, car après, je ne reviendrais plus jamais au centre de l’attention. Rien ne peut plus me blesser Kilian. Puis, je n’ai plus vraiment beaucoup de gens à qui rendre visite dans les lieux publics, au pire, je me déguiserais.

— Fred…

— Je peux parfaitement vivre comme cela. Et je vivrais comme cela, pour toi. Parce que je veux rester auprès de toi toute ma vie. Ne pense même pas une minute que je te laisserai seul face à toutes tes responsabilités, c’est hors-de-question.

Kilian le dévisagea incrédule, alors que Fred semblait crispé et le souffle en suspens comme s’il avait peur de…

— Tout doux, souffla Kilian en le saisissant dans ses bras. Tu n’allais quand même pas imaginer que j’allais te quitter.

Le silence fut une réponse suffisante.

— Je t’interdis, de repenser cela encore, ne serait-ce qu’une seule fois ! asséna Kilian.

Fred ne peut s’empêcher de laisser échapper un petit rire. Kilian n’utilisait que très rarement son tempérament autoritaire avec le ton qui accompagnait. Mais de le voir aussi catégorique sur leur relation, de croire en eux ne faisait qu’accentuer sa joie.

— Et c’est quoi le reste de ton programme de la journée ? questionna Fred.

— Franchement, j’aurais voulu la passer avec toi, mais il y a trop de choses qui m’appellent ! Tu viens de me rappeler que je dois conclure un marché avec Iris, puis y a une réunion pour décider d’urgence d’un nouveau conseiller, toujours provisoire, mais nous allons augmenter le temps de l’essai. Je crois, que l’on est tous dépassé par ce nouveau titulaire à élire, introuvable.

— Tu as une idée de qui cela pourrait être ? s’intéressa Fred.

— Cela va sans doute retomber sur Ethan et il sera très content, mais je n’ai pas envie de me le coltiner jusqu’à la fin de ma vie, souffla Kilian en se passant une main sur le visage.

— Je te ferais dire que l’on est presque devenu ami avec lui ! Quand on le connaît, cela peut passer quand même, il est un chouia moins agaçant et cela change, tout. Tu le sais autant que moi, puis, notre séjour en Thuath a aidé aussi. Le roi est vraiment un taré fini d’ailleurs…

— Je t’en prie, ne me rappelle pas celui-là, il est abject et dégoûtant. Je me demande comment s’en sort la reine avec lui. Je ne la comprends pas, elle aurait dû partir depuis longtemps, même si cela paraît effrayant en constatant toutes les restrictions de la Thuath.

— Oui bon… Je t’ai aidé à changer de sujet mais ne pense pas t’en tirer comme cela. Cela fait longtemps qu’Ethan ne nous a plus rien fait de mal. Il a un fond bien, comme tout le monde. Il n’est pas foncièrement mauvais, alors je comprends que tu le détestes, mais je sais que tu es capable de surmonter tes préjugés.

— Non, franchement, lui en lui-même, cela peut aller même si quelques fois j’ai encore de la bile dans la bouche lorsque je repense à toutes les punitions que l’on a dû subir, Charles, Liam et moi par sa faute et son égoïsme. Mais c’est surtout qu’il a des vues sur toi, je n’aime pas cela.

La réaction de Fred se situait entre le choc et l’incrédulité. Il ne chercha même pas à cacher ce qui pouvait faire penser à de la surprise, et sa mâchoire s’était décrochée alors que ses traits s’étendaient. Kilian songeait qu’il aurait dû l’en informer dès qu’il l’avait appris. Cela remontait à des semaines maintenant, mais il se garda bien de l’avouer à Fred pour ne pas nourrir son étonnement.

— Mais c’est évident maintenant, murmura Fred. C’est pour cela qu’il était aussi intimidé et choqué que nous par le roi, lors de notre sortie en Thuath.

Un frisson parcourut l’échine de Kilian. Il n’était pas près d’oublier tout ce qu’il avait pu vivre, voir, ou entendre en Thuath. Que ce soit hors du palais : la discussion avec la reine, la scène du bûcher, la colère du roi. Ou au sein même du palais : les regards pressant du roi, Bertrand qui avait essayé de le tuer dans un coup de folie. Ce n’était pas une période très glorieuse, mais cela avait aussi marqué le tourment de sa vie puisqu’il y avait appris qu’il avait été désigné comme nouveau conseiller d’Opartisk. Un rôle auquel il ne s’attendait pas du tout, et ne s’y pensait absolument pas apte avant de se laisser convaincre. Ils avaient été fort tout de même.

Le jeune homme se frotta les tempes avant de consulter sa montre. La réunion allait bientôt commencer, et il devait passer un appel à Iris qui risquait de durer un petit bout de temps. Le jeune homme se demandait si leur amitié redeviendrait un minimum normal au bout d’un moment. La rancune s’effaçait lentement des deux côtés, mais il y avait toujours comme une sorte de gêne lorsqu’ils se parlaient. Fred lui ébouriffa les cheveux avant de sortir de la chambre pour le laisser passer l’appel seul. Une conversation restait privée, et Kilian savait que même si les conseillers lui faisaient confiance, ils n’apprécieraient pas du tout son initiative. En effet, les autres conseillers étaient bien décidés à démanteler l’association secrète qui n’était plus si secrète que cela. Si quelqu’un découvrait avec précision ce qu’il savait de l’association secrète, Kilian n’imaginait même pas sa sentence. La peine de mort avait été abolie bien avant la naissance de ses parents et sûrement de ses grands-parents et de ses ancêtres, bien qu’il ne sache pas qui ils étaient.


L’adolescent aurait bien voulu rester allongé sur son lit encore un moment, mais il savait que le temps le lui était compté et que même si on lui faisait entièrement confiance, il aurait le droit à un interrogatoire au cas où il arriverait en retard. Pour sa défense, il pouvait toujours prétexter passer du temps avec Fred, son copain le couvrirait sans problème, mais si quelqu’un vérifiait minutieusement son téléphone portable, il serait mort. Le jeune homme attrapa son téléphone et appela Iris. Il porta l’objet à son oreille et ferma les yeux.

— Hey salut, fit-elle d’une fois enjouée. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu ton prénom ni ta tête s’afficher sur mon téléphone.

Le jeune sourit malgré tout. Même si leur amitié n’était plus tout à fait la même, elle datait tout de même de plusieurs années qui ne s’effaceraient jamais. Il la connaissait bien plus qu’il ne le pensait. Et en cet instant, il savait que quelque chose tracassait profondément Iris. Même s’ils ne se considéraient plus vraiment comme des meilleurs amis l’un pour l’autre, il devait chercher à comprendre ce qui n’allait pas pour la réconforter et la soutenir un minimum. Ce n’était pas parce qu’il avait commis une trahison envers elle qui l’avait détesté un moment. Il ne l’avait pas vraiment détesté, juste ressentit énormément de colère contre elle.

— En même temps, cela fait longtemps que l’on n’a pas utilisé nos téléphones aussi, argua le jeune homme en papillonnant des yeux.

— Je vois… Comme je suis dans la capitale j’ai le droit de passer des coups de fil car cela serait beaucoup plus compliqué à dénicher une onde suspecte dans toutes les ondes qui se faufilent dans la capitale.

— Oui, cela ce n’est pas faux. Moi aussi je suis à la capitale pour la grande annonce. Mais toi… que fais-tu là-bas ? Tu es à un des sièges de l’association ? Tu es là-bas pour une mission ?

— En quelque sorte, je ne peux rien te dire de plus, mais ne t’inquiète pas, il n’y a rien de dangereux. Tu l’apprendras très prochainement. Je te le jure.

— Ne t’inquiète, j’essaye de ne pas trop me mêler des affaires de l’organisation. Cela ne me regarde pas et ne m’intéresse pas.

Il laissa ses paroles en suspens. Iris avait toujours un peu de mal de se rappeler qu’il n’avait pas accepté de la suivre dans son élan auprès de l’association. Il eut donc peur qu’elle le prenne un peu mal, d’autant plus qu’il lui avait semblé avoir été un peu trop sec. Mais, soit la jeune fille n’y avait pas prêté attention, soit elle avait mis sa rancune de côté, ou alors, elle avait définitivement tiré un trait sur les émotions qui envenimaient cette partie-là.

— Oui je vois. Mais dis-moi, tu ne prends pas trop de risques à m’appeler ? Les autres conseilleurs ont toujours une dent contre l’association. Tu ne les as pas prévenus de cet échange, n’est-ce pas ?

— En effet, les autres n’en savent rien, et j’espère n’en seront jamais rien car je serais dans de beaux-draps. Mais oui, je prends des risques. Parce que j’aimerais te demander un petit service, déclara le jeune homme.

— Un service ? Toutes les personnes sur qui tu peux compter ne peuvent pas t’aider ?

Kilian se mordilla la lèvre suite à la réaction de la jeune fille. Elle semblait toujours avoir du mal à la considérer comme un conseiller. Il ne pouvait que la comprendre, mais il avait de plus en plus peur qu’elle ne soit pas la seule à le trouver comme tel. Pour l’instant, il ne devait pas penser à cela. L’annonce se passait juste… très prochainement.

— Disons que… beaucoup de personnes tentent des choses. Mais, tu es intelligente, et tes amis aussi, alors j’aimerais que tu me rendes un service si tu en as la capacité.

— Vas-y, dis-moi tout.

— J’aimerai… Je sais que l’ensemble des scientifiques de la planète font cela, et que tu n’as pas forcément le temps avec tout ce que tu dois avoir prévue de faire. Mais je t’en prie, est-ce que tu pourrais, je ne sais comment, faire des recherches contre la maladie ?

— Kilian, ne me dit pas que tu…

— Non, pas moi pour le moment, ni Fred. Mais Cassandra va y passer, je le sais, elle va beaucoup trop mal et elle n’a plus le courage et la détermination de résister. C’est une question de semaines. Elle va mal Iris, et crois-moi, c’est horrible de voir cela.

— Oui, je sais de quoi tu parles. Peter allait mal avant de se suicider. Ce n’est pas évident, et, je crois bien que j’avais vu sa mort venir, mais au fond de moi. Ma conscience essayait de le renier, mais je l’ai su dès que j’ai vu l’attroupement autour de son corps même en ne le voyant pas. C’est… assez horrible. J’aimerais pouvoir la voir, mais je sais que je ne peux pas.

— Je force déjà pour lui rendre visite, elle est si bornée qu’elle serait capable de te refuser même si tu risquais de te faire découvrir par les autres conseillers, la rassura Kilian.

— Pour ton marché, cela marche. C’est dans les plans de Samuel, je sais qu’il aimerait pouvoir trouver un remède à la maladie qui a rongé son meilleur ami. Je comprends parfaitement… mais j’aimerais, vu que tu es le seul en ce pouvoir que je connaisse, essayer de faire quelques choses.

— Je t’écoute.

— Est-ce que… tu pourrais tenter de calmer un peu cette guerre s’il-te-plaît ?

— Je ne peux rien te garantir Iris, mais je veux faire tout ce que je peux pour l’arrêter. Mais avant, il faut mettre un terme aux guerres civiles avant de pouvoir s’attaquer à la guerre.

— Je sais, mais je te fais confiance.

— Merci, souffla-t-il.

— Merci à toi, et bonne chance pour l’annonce.

— Je te remercie, murmura-t-il.

— Ne t’inquiète pas, le peuple t’adorera.

Il espérait qu’elle avait raison. Le jeune homme ne savait pas s’il était prêt à se faire connaître de tout le monde, donc détester, cela aurait été pire. Il n’avait pas besoin de tant de haine à son encontre, de plus, il faisait partie du peuple. Il les comprenait mieux que tous les autres conseillers. L’appel coupa et il se leva. Une longue réunion l’attendait, et il se tenait prêt à faire entendre sa voix, comme à son habitude. Lorsqu’il pénétra dans la salle du conseil, il ne fut pas étonné de ne pas être arrivé en premier, mais il l’était de ne pas l’être en dernier. Il contourna des piles de chaises empilés pour gagner sa place, à côté de la conseillère Sophia, où la conseillère Victoria avait siégé pendant des années. Sa voisine l’accueillis avec le sourire et lui informa qu’il n’y avait plus qu’une seule option pour la place de conseiller inoccupée. Kilian se doutait de l’identité de cette personne mais n’en fit aucune remarque. La place inoccupée se trouvait juste en face de lui. Il s’enfonça dans sa chaise et poussa un long soupir alors que Camille s’installa à côté de lui, rigolant un peu.

— Vif d’esprit mais pas content, commenta-t-elle en lui ébouriffant gentiment les cheveux.

— Comme si cela n’était pas évident que c’était Ethan, grommela-t-il.

— C’est une période d’approbation, si la majorité n’est pas contente de ce qu’il réalise, ce ne sera pas lui. Puis, rien ne te force à lui parler hors des réunions si tu ne le supportes.

— Oui, mais c’est mieux de travailler avec personne que l’on aime bien, déjà que l’on doit tenter de coopérer avec certaines personnes qui n’ont pas le même point de vue que nous.

— Tout ira bien, optimisa Camille.

Kilian n’en était pas si sûr. Pour le moment, rien n’allait, la guerre civile ne se stoppait pas et la guerre mondiale ne faisait que commencer. Kilian visualisait mal comment tout pouvait se résoudre si facilement. Si cela devait être le cas, ils ne servaient d’ailleurs pas à grand-chose. La porte s’ouvrit pour la dernière fois et un blond à la démarche sûre de lui, pénétra dans la salle en saluant timidement et en prenant place en face de lui. Kilian le dévisagea discrètement, Camille avait raison lorsqu’elle disait qu’il y avait quelque chose qui avait changé en lui. Mais il ne savait pas exactement quoi, et il ne tenta pas de le chercher. Depuis le début de tout cela, l’entrée en guerre de l’Opartisk, ils avaient tous changé en un sens, dans le bon comme dans le mauvais. Il en avait conscience. Il rassembla ses pensées pour ne pas s’égarer et reporta son attention sur Sophia qui commençait tout juste à faire un récapitulatif des récents événements. Il grinça les dents, il devait faire plus attention pour ne pas se retrouver dans des situations embarrassantes.

— Les garçons… êtes-vous certains d’être prêts pour apparaître devant tout le pays ? Ou, vous souhaiteriez obtenir un peu plus de temps pour vous préparer psychologiquement ? voulut Sophia en préparant son stylo car dans tous les cas, elle marquerait quelque chose.

— Sophia ! Nous ne pouvons pas faire cela et tu le sais très bien ! s’indigna Baptiste le père d’Ethan aussi virulent qu’à son habitude.

Sophia le fit taire du regard et continua à déblatérer que rien ne les forçait à prendre la lumière s’ils ne se le sentaient pas vraiment. De toute manière, l’événement ne pouvait être annulé ou reporté. Les deux jeunes hommes acceptèrent tous les deux d’apparaître à la date prévue. Ils ne voulaient pas faire machine arrière.

— Pensez-vous vraiment que l’on ne devrait pas attaquer la Siar ? s’étonna Ethan en triturant ses mains. Jean-François II est assez tordu et vicieux pour enfreindre le pacte qui a été scellé. N’avez-vous pas peur du danger ?

Kilian était d’accord avec lui sur un point : Le roi de la Siar était vicieux et dangereux et n’hésiterait pas. Mais il ne voulait rien risquer si jamais cette intuition s’avérait fausse. Les autres membres, eux, furent réticents pour une raison bien mystérieuse qui désarçonna Ethan mais qui ne manqua pas d’attiser la curiosité de Kilian qui s’abstint de poser des questions car ce n’était pas le moment propice.

— Bien, avant de clore cette réunion, je tiens à vous informer que l’on accueillera bientôt les conseillers de Dheas pour nous entretenir et les remercier de leurs soutiens dans cette guerre. Par ailleurs, nous rencontrerons le conseiller Guillaume qui a été élu à la suite de la mort suspecte du conseiller Corentinus.

Tout le monde s’apprêtait à partir, et Kilian se leva rapidement et jeta un regard en biais vers Camille pour tenter de ne pas la perdre du regard. Si une personne était susceptible à faire soutirer les informations qu’il convoitait, c’était bien elle. Mais il se dirigea à grands pas vers Ethan qui semblait un peu sonné après cette réunion. Il prit la place de Christian et rapprocha la chaise avant de poser sa main sur l’épaule du jeune homme. Ethan tourna la tête, incrédule.

— Ça va, mec ?

— Je crois que je ne suis pas fait pour devenir conseiller, murmura-t-il le regard vide.

Kilian aurait volontiers rigolé s’il ne voulait pas le réconforter. Ethan Clay, fils de conseillers possédant le rêve de le devenir lui-même ne se trouvait plus apte à le devenir ? Il trouvait aussi ridicule que normal.

— Écoute, tu dois juste t’y faire. Moi aussi j’étais dérouté au début, mais maintenant, je ne m’imaginerais plus renoncer à ce poste. En tout cas, pas maintenant. On verra bien ce que l’avenir me réserve.

— Liam n’était pas sûr de lui non plus et il s’est désisté.

— Il y a aussi l’état de Cassandra qui rentre malheureusement en compte.

— Comment va-t-elle ?

— Elle va mourir, affirma amèrement Kilian en serrant le poing.

— Je suis désolé…

—Tu n’as pas à l’être, ce n’est pas de ta faute. Cela ne l’est de personne, déclara Kilian en se levant. Pour leur attitude de leur refus, je ne sais pas à quoi ça a, à voir, mais je fais essayer de le savoir. Repose-toi et garde la tête froide, tu vas en avoir besoin. Et entre nous, c’est cool quand même d’avoir des personnes du même âge que toi dans cette assemblée.

Il sortit en trombe de la salle à la recherche de Camille qu’il n’avait pas suffisamment surveillé du regard et couru la rejoindre.

— Camille, j’ai des questions à te poser.

— À moi ? Que se passe-t-il ?

Elle s’arrêta pour se concentrer et il se mordilla la lèvre. Peut-être qu’il avait sous-estimé la capacité de son amie à dissimuler des informations. Mais il devait tenter le tout pour le tout car les autres membres n’avaient pas le droit de leur cacher des informations comme cela, à lui et à Ethan.

— C’est quoi cette raison mystérieuse pour laquelle vous ne voulez pas attaquer le roi de Siar ?

Camille parut gênée ou honteuse et elle se massa la nuque en le regardant.

— Il a quelques informations sur nous que nous ne voulons pas qu’il dévoile. Lui et Bertrand projetaient de conquérir le monde à eux deux et tenaient des choses pour nous soumettre. On l’a su dès que le traitement de Bertrand a agi sur lui d’une bonne manière. Mais face à ses informations, nous ne pouvons rien faire.

— Et… pourquoi la guerre ? Ce n’est pas qu’à des fins sociales et économiques, n’est-ce pas ?

— Kilian… C’est vraiment beaucoup plus compliqué que cela. Veux-tu vraiment tout savoir ?

— Oui.

— Cela va prendre du temps ! prévint-elle.

— Alors retrouvons Fred, il sera ravi de le savoir lui aussi, exigea-t-il en souriant.

Il était vraiment curieux de savoir pourquoi il avait décidé soudainement d’entrer en guerre. Puis, Fred serait heureux de savoir cela, et s’il trouvait un moyen de contacter Iris d’ici là, elle serait satisfaite de savoir cela.

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