Chapitre 33

6 minutes de lecture

Face à tout le travail que j’avais à faire, les jours passaient de plus en plus vite. Déjà cinq mois que j’étais mariée à Marc et deux mois que j’étais enceinte. Après l’aveu d’Océane, j’avais décidé d’être plus présente pour mon mari. Ma grossesse commençait à peine à se voir, mais je mettais des robes toujours plus amples pour la cacher, même à Emma.


Aujourd’hui, c’était un grand jour. Stephania allait se marier avec Dany et elle avait choisi mon père pour l’accompagner jusqu’à l’autel. En souvenir de son propre père et ancien ami du mien. Mais surtout, elle m’avait choisi pour les marier. C’était mon premier mariage en tant qu’Impératrice et elle le savait. Elle savait que cette situation serait stressante pour moi, mais elle me faisait confiance. Contrairement à moi, elle ne cachait pas sa grossesse. Elle en était même fière et rayonnait. Sa grossesse la mettait à son avantage et la rendait encore plus belle.


Pendant toute la soirée, je tenais d’éviter Océane pour me concentrer sur Marc. Notre présence en Carandis était officielle. Même si ça ne me plaisait pas, même si, ignorer Océane me faisait mal, je n’avais pas le choix. Je devais sauver les apparences.


— Je trouve cette soirée très réussie, me confia Marc pendant une danse.

— Je suis d’accord. Ils forment un couple incroyable.

— J’aimerais que nous soyons aussi heureux et amoureux qu’eux, Elena.

— Tu sais très bien que je ne pourrais jamais être amoureuse de toi.

— Tu préfères les femmes aux hommes, je sais. Mais tu pourrais faire un effort.

— Je n’en fais pas déjà assez pour toi ? T’accepter dans mon lit, t’embrasser régulièrement et… c’est déjà suffisamment compliquer pour que tu en rajoutes une couche. Et ce bébé…

— Qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans ? commença-t-il à s’énerver.

— Ne fais pas semblant de ne pas savoir. Tu sais très bien que…

— Que tu ne voulais pas de cet enfant avec moi ? Tu as été suffisamment clair là-dessus dès le premier jour. Mais le contrat…

— Le contrat, c’est le contrat et je l’ai respectée.

— Et maintenant, tu vas me dire que c’était un sacrifice ?

— Mais putain ! m’énervais-je. Bien sûr que c’en est un ! Si j’avais pu j’aurais…

— Tu aurais épousé quelqu’un d’autre c’est ça ? reprit-il plus calmement.

— Tu comprends vite. Tu le vois là le sacrifice que j’ai fait pour l’Empire ? Tu vois que je me prive d’un bonheur sans nom pour privilégier l’Empire ? Et toi tu fais comme si c’était normal.


Discrètement, il vérifia que personne ne nous observait avant de se rapprocher pour chuchoter.


— Fait attention à ce que tu dis, Elena, tu risquerais de vite regretter tes paroles.

— Ce sont des menaces ?

— Je n’oserais pas, enfin.


Il s’éloigna, me laissant réfléchir à cette dernière phrase. C’était bien une menace. Peu importe ce qu’il avait comme idée derrière la tête, j’allais devoir faire très attention à la moindre de ses actions. Du coin de l’œil, je vis Océane s’inquiéter. Elle avait dû entendre une grande partie de la conversation. Heureusement pour moi, quand on avait parlé de ma grossesse, personne n’avait pu nous entendre, nous avions parlé trop bas. Elle voulut se rapprocher, mais je vis Stephania l’en empêcher. Elle avait compris que j’avais tout fait pour l’éviter durant toute la soirée.


Pour me rafraîchir, je partis chercher un verre d’eau. Pourtant, le seul verre à ma disposition était un verre de champagne. Ignorant ce qu’il s’était passé la dernière fois que j’avais bu, je le pris tout de même. Stephania m’en empêcha juste temps.


— Vous ne devriez pas boire, Elena. Peu importe ce qu’il s’est passé avec votre mari.

— Je sais, mais…

— Décidément Elena, tu enchaînes les erreurs. D’abord Océane et maintenant Marc ? Mais qu’est-ce qui peut bien te passer par la tête ?

— Vous avez dit quelque chose ? questionnais-je Stephania.

— Donnez-moi ce verre. Ça n’a pas l’air d’aller, vous voulez parler ?

— Pourquoi tu l’écoutes encore ? Rappelle-toi ce qu’il s’est passé la dernière fois. Cette Reine est pire qu’Océane. Elle veut récupérer ton territoire, elle est avide de pouvoir.

— Ça ira, merci, répondis-je agressivement malgré moi.

— Elena ?

— Foutez-moi la paix. Ma vie de couple ne vous regarde pas.


Je sortis dans le couloir pour tenter de reprendre mes esprits, mais je n’y parvenais pas. La voix était revenue me hanter et ne cessait de me dire tout ce que j’avais fait de mal. Soit pratiquement chacune de mes décisions. Complètement perdu et ne voulant parler à personne je récupérais dans ma chambre ma tenue d’hiver complète et sortie prendre l’air. Dehors, il neigeait. Je m’assis sur l’un des bancs et observais la tête tomber. Cette scène était magnifique et surtout apaisante. Je me concentrais sur le mouvement des flocons dans le ciel avant de se poser délicatement, tel une plume, sur le sol déjà blanc.


— Elena ? Qu’est-ce qu’il se passe ?

— Oh, Emma, c’est toi.


Je n’avais pas vu Emma arriver et s’asseoir à côté de moi, captivé par les flocons de neige. En ce moment, Emma était la seule à qui je pouvais réellement parle de ce qu’il s’était passé dans ma tête. Quant à ma dispute avec Marc, je ne pouvais rien lui dire. Je ne voulais que personne ne sache pour ma grossesse, encore moins elle ou Océane.


— Je crois… que ça a recommencé.

— Quoi donc ?

— Tu te souviens de ce qu’il s’est passé lors du bal où j’ai… frappée Julien ?

— Tu parles des voix que tu entendais ?

— Oui. Je n’y comprends plus rien, Emma. Pourquoi ça apparaît et disparaît en un claquement de doigts ? Pourquoi j’entends une voix qui me dit que…

— Qui te dit quoi ? enchaîna-t-elle compréhensive.

— Que je ne suis bonne à rien ! Que tout ce que je fais c’est mal que je ne cesse de faire les mauvais choix.

— Tu penses que ton mariage avec Marc était une mauvaise idée ?

— Je ne sais pas. Mais ça fait tellement souffrir Océane et moi du coup que…

— Je pense que tu es surtout épuisée. Ses derniers mois ont été difficiles, je l’admets. Les premiers mois d’un mariage, sont les plus compliquer et en particulier pour un mariage comme le tien. Tu ne fais pas suffisamment confiance à Marc pour dormir sereinement, tu fais attention à la moindre de ses actions ou de ses paroles et c’est normal. Tu ne veux que le bien de l’Empire et sa commence par s’assurer que Marc ne fasse pas n’importe quoi. Et je pense que ce contrat de mariage te pèse plutôt qu’autre chose. Le sacrifice dont tu parlais avec Marc, c’est d’avoir cet héritier c’est ça ?

— Tu me connais si bien que s’en ait terrifiant, Emma. Tu me connais mieux que moi-même et… oui, je parlais de ça. Mais surtout d’avoir dû éloigner Océane.

— Tu as le droit de ne pas me répondre, je ne t’en voudrais pas. Avez-vous déjà essayé d’avoir cet enfant ?


C’était vraiment compliqué de mentir à Emma. Elle connaissait le moindre de mes secrets, et ce depuis que j’avais treize ans. Elle n’était pas n’importe qui. Mise au pied du mur devant sa question, je ne réussis pas à lui répondre. Je ne le pouvais pas. Cet enfant, je ne le voulais pas. Il ne me donnait que des aigreurs d’estomac, des nausées, des vertiges. Rien de bon ne ressortait de cette grossesse. Seul le Dr Langstone savait et il avait compris dès le début que ça ne m’intéressait pas, je ne voulais rien savoir de cet être qui grandissait en moi. Je n’en voulais tellement pas que même mon ventre ne grossissait pas. Mettre des robes amples ne servait à rien. Si on ne le savait pas, personne ne pouvait comprendre en m’observant.


— Tu ne veux pas aller te coucher ? Il faut que tu reposes.

— Je ne sais pas si je vais y arriver.

— Alors prend ma chambre.

— Mais tu vas dormir où ?

— Ne t’inquiète pas pour moi, Elena. Tu as besoin de dormir une nuit complète, sans inquiétez d’avoir Marc à tes côtés ou non. Va dans ma chambre discrètement, je veillerais sur toi. Personne ne saura que tu y es, tu pourras dormir tranquillement.

— Et les gardes ?

— Je m’occupe de tout et toi tu te reposes. Ça te va comme ça ?

— Bon très bien. Merci Emma.

— Je suis là pour ça, Elena. On dirait que tu l’oublies tout le temps.


Je pris quelques minutes pour regarder la neige tomber, ma tête posée sur l’épaule d’Emma. Cette femme était ma roue de secours. Au moindre coup de mou, elle était là pour me remonter le moral. Elle trouvait toujours les bons mots pour me rassurer, me revaloriser ou me redonner confiance en moi. Emma était celle qu’on voulait tous auprès de nous. Elle savait quand dire oui, mais surtout quand dire non pour mon bien. Elle n’avait pas peur de me tenir tête, de me contrarier quand je faisais une erreur. Et rien pour ça, j’avais une confiance aveugle en elle.

Annotations

Vous aimez lire Le studio d'Anaïs ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0