Chapitre 1

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Gladys enfile l'ensemble en dentelle, que Richard lui a offert la semaine dernière lors de leur pause déjeuner. Pourvu qu'il le trouve plus excitant sur elle que sur le buste en plastique du présentoir ! Elle se tortille devant sa psyché : sa taille est fine et les bonnets sont bien remplis. Ce rose bonbon sur sa peau laiteuse, souligné de petits rubans noirs, assortis à ses cheveux bouclés, est du plus bel effet. Elle est rassurée.


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Richard a prétexté un colloque d'architecture pour s'échapper. Cela n'a pas été facile. C'était le cirque à la maison. Du grand cinéma : des cris, des larmes, une véritable tragédie. Il faut dire que c'est la première fois qu'il disparaît tout un week-end. Même s'il culpabilise, il se sent revivre, impatient de partager deux nuits avec Gladys. Depuis leur premier baiser, ils ne réussissent qu'à voler quelques heures.


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Il a réservé une table au restaurant pour ce soir, elle a envie d'être belle. Elle sait le conformisme dont Richard fait preuve au travail, et se demande ce qu'il apprécie chez une femme lorsqu'il sort. Elle hésite entre sa petite robe noire ou son ensemble en lin. Si seulement il avait accepté de lui révéler l'endroit où il va l'emmener, mais il préfère lui faire la surprise. Elle se décide et enfile sa tenue la plus sexy.


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Il grimpe les escaliers, sonne, la porte s'ouvre : elle est magnifique ! Il y a longtemps qu'il n'a pas ressenti un tel désir et reste paralysé. Gladys le prend par la main, l'attire dans l'appartement, referme, se jette à son cou. Ils s'enlacent et s'embrassent fougueusement. Richard se débarrasse de sa bouteille de champagne. Puis ils démarrent une danse à la chorégraphie impudique, qui se termine dans la chambre.


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« Quel bonheur d'être là tout contre toi, dit-elle.

— Je n'avais pas prévu de me conduire comme une bête et de te sauter dessus, dit-il un peu gêné...

— Oh mais j'en avais autant envie que toi. Je suis si heureuse ! »

Ils s'embrassent tendrement, se noyant chacun dans le regard de l'autre. Il murmure :

« Nous sommes attendus pour un repas gastronomique. Nous y allons, ou je me brouille définitivement avec ce chef étoilé ?

— On y va ! »


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Mise à part cette sortie qui ravit leurs papilles, ils ne mettent pas le nez dehors. Ces deux jours passent à la vitesse de la lumière. Quand arrive le moment de se quitter, ils ont tous deux le cœur serré. Ce week-end en amoureux leur laisse un goût amer. Ils ne rêvent plus que d'une chose : prolonger l'expérience, la vivre au quotidien. S'occuper l'un de l'autre, se tenir chaud, ne plus se lâcher la main. Se fondre dans le couple.

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Elle s'imagine l'attendre le soir dans sa grande maison, préparant avec amour son plat préféré, l'accueillir avec des mots doux et de tendres baisers. Il sera sa priorité, le soleil de son existence. Lui si attentionné, si prévenant, il mérite d'être choyé, dorloté, comblé. Après ce petit essai, elle est convaincue d'être capable de le rendre heureux. Prête à renoncer à tout pour lui, même à son activité dans l’événementiel.


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Lui n'a plus aucun doute : Gladys correspond, en tout point, à sa compagne idéale. Sa douceur, sa bonne humeur, son calme, sa beauté, tout lui convient. Le destin met sur sa route, pour la seconde fois, une femme répondant à ses besoins et à ses envies. Même au lit, ils s'accordent parfaitement, c'est incroyable ! Il la veut auprès de lui au quotidien ! Une certitude ? Non, une décision !


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« C'est si dur de penser que dans quelques heures tu ne seras plus là, dit-elle blottie dans ses bras sur le canapé.

— Moi non plus, je n'ai pas du tout envie que ça s'arrête, tu sais...

— Alors emmène-moi avec toi. Enlève-moi, comme dans les contes de fées, le supplie-t-elle.

— Tu sais bien que la vie n'est pas aussi facile que dans les livres, malheureusement.

— Oh bien sûr, mais...

— Mais, nous allons trouver une solution, je te le promets. »


###


Ils se pelotonnent face à la baie vitrée. Dehors, l'automne s'installe à coups de jaune et d'orangé. Le jour s'estompe de plus en plus tôt. Les manteaux sortent des armoires, recouvrant les silhouettes des promeneurs. Dans un élan de courage, Gladys se lève, souriante, et déclare qu'elle va préparer un thé. Ensuite, ils iront marcher dans le parc. Se séparer en bas sera moins difficile.


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Richard regroupe ses affaires dans son sac de voyage. Gladys souffre mais fait tout pour l'aider, il en est conscient. Il ne supporte plus d'être déchiré ainsi, entre elle et celles qui l'attendent impatiemment chez lui. Mais il a peur et reporte l'annonce de sa décision. Pourtant, le moment est venu d'assumer, de faire face. Sûr de ses sentiments et de la valeur de celle qui les lui inspire, il n'a plus le choix.


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Ils jettent son sac dans le coffre de la voiture, et déambulent sur le tapis de feuilles mortes dans les allées, bras dessus, bras dessous, silencieux. Des enfants courent derrière un ballon, un vieux monsieur assis sur un banc frotte vigoureusement ses mains pour les réchauffer. Un chien vient quémander une caresse et se promène près d'eux. Ils évitent de se regarder pour ne pas succomber à la tristesse qui gagne du terrain.


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« Je vais leur parler ! dit Richard.

— Tout se passera bien. J'en suis certaine, répond Gladys.

— Je t'assure que cette fois-ci je le ferai...

— Je comprends que ce soit compliqué. Tu voudrais leur éviter toute difficulté, toute peine, mais c'est impossible, tu le sais. Si elles t'aiment, elles comprendront.

— Je ne suis pas sûr qu'elles le puissent...

— Mais si, voyons. Elles vont être en colère, mais ça leur passera.


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Elle ne le lui montre pas, mais dans sa poitrine les battements s'affolent. Pourtant, ce n'est pas la première fois qu'il prétend officialiser leur relation. Depuis le terrible accident de voiture qui a coûté la vie à sa femme, il culpabilise d'aimer à nouveau. Les cinq dernières années, il a noyé son chagrin dans son travail, et s'est dévoué, corps et âme, pour ses enfants, deux fillettes de dix ans : des jumelles.


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De retour devant l'entrée de l'immeuble, il lève la main qu'il tient dans la sienne jusqu'à sa bouche et y dépose un baiser. Elle lui sourit, alors même qu'une petite larme se dessine à l'angle de son œil, qu'elle essuie en accusant le froid. Ils se prennent dans les bras, avant de se séparer. Elle attend qu'il démarre pour rentrer, puis ne retient plus ses larmes, et se laisse tomber dans le sofa, face à l'écran noir de son téléviseur.

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