Chapitre 2

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« Calmez-vous les filles ! Papa arrive. Cessez de faire les zouaves !

— Le voilà Andréa ! Viens, vite, on va se cacher...

— Par ici Manon, viens derrière le canapé !

— Que vous êtes bêtes.

— Mamie, chut ! On fait semblant qu'on aurait disparu, d'accord ?!

— C'est ridicule... »

Les gamines étaient si heureuses, qu'elles s'excitaient et gloussaient comme des dindes. La porte s'ouvrit et Richard entra sourire aux lèvres, heureux de les retrouver.


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« Bonjour Mado. Tout s'est bien passé ? demanda-t-il à sa belle-mère.

— Très, très bien. Nous nous sommes bien amusées toutes les trois.

— Mais... où sont mes petites princesses ?! » questionne Richard, entendant leurs rires.

Les deux fillettes bondissent et se jettent à son cou, le couvrant de baisers.

« Papa ! Tu sens trop bon ! dit spontanément Andréa.

— C'est vrai ! » confirme Manon, posant la tête sur l'épaule de son père.


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Elles lui racontent qui a battu qui aux dominos et qui a réussi à faire sauter les crêpes. Les rires fusent. Le cœur de Richard fond devant ces deux têtes brunes à la peau caramélisée. Leurs cheveux crépus ornés de diadèmes en plastique argenté leur donnent des allures de reine de la savane. Elles sont magnifiques et heureuses. Il en oublie presque qu'il ne revient pas d'un colloque et qu'il a des choses à leur dire.


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« Et bien, puisque c'était si bien, je vais repartir, les taquine-t-il.

— Ah non ! crient les deux sœurs.

— C'est moi qui vais vous laisser, dit Mado en riant.

Les fillettes abandonnent leur père pour enlacer leur grand-mère. Mado s'éclipse en précisant qu'elle est à sa disposition s'il a besoin. Depuis le drame, elle ne le considère plus comme son gendre, mais comme un fils. Ils forment une seule et même famille.


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Les gamines accompagnent Mado. Richard les observait. Elles sont identiques. Même taille, même silhouette, même grain de beauté sous l'œil droit, même couleur de peau et de cheveux. Quatre yeux d'un noir profond, deux nez retroussés, des dents toutes bien alignées, rien ne permet de les différencier physiquement. Heureusement, leurs caractères, eux, contrastent, et leurs goûts aussi. Andréa aime le vert, Manon le rouge.


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L'une est l'eau, l'autre le feu. Manon a hérité du tempérament sanguin de leur mère. Andréa est comme lui, calme. L'une aime le sport, l'autre la lecture. Il suffit à Richard de les regarder bouger pour savoir laquelle lui parle, le touche, le regarde. Avec les jumelles, il a appris à appréhender les autres d'une manière différente. Cela lui permet de se faire une idée précise, pense-t-il, des gens qu'il côtoie.


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Ils dînent de crêpes, à la confiture de groseille pour Manon, au miel pour Andréa et Richard. Puis ils regardent un épisode de Violetta et discutent des projets amoureux de l'héroïne. Les avis divergent, les arguments des deux sœurs amusent leur père. Vers vingt heures trente, les princesses en chemise de nuit, s'engouffrent dans leurs lits jumeaux, prêtes pour le rituel de la lecture du soir, avant de s'endormir en musique.


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À vingt et une heures, Richard se laisse tomber dans le sofa du salon, rêvasse devant une belle romance et verse même quelques larmes. Toutes ces émotions le ramènent auprès de sa belle. Avant d'aller se coucher, il envoie un simple « Je t'aime » à Gladys, qui répond aussitôt « Moi aussi mon amour ». Il ne lui reste plus qu'à trouver le moment idéal pour annoncer à ses deux princesses qu'il est amoureux.


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Gladys, de son côté, sèche ses larmes. Ces deux jours ont pour elle un goût de contes des mille et une nuit. Deux de gagnés, se dit-elle en reniflant. Depuis leur rencontre, et la cour discrète mais appuyée à laquelle elle a eu droit, elle est sur un petit nuage. Un tapis volant, pense-t-elle en se redressant. Elle n'a aucune raison de pleurer, cet homme est amoureux d'elle puisqu'ils envisagent de vivre ensemble.


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Va-t-elle enfin trouver sa place ? Après tant de difficultés, d'épreuves et de rejets, se profile à l'horizon tout ce dont elle a toujours rêvé : une famille ! Elle gagne la salle de bain, efface le masque de tristesse laissé par son maquillage, et remplit la baignoire. Elle allume des bougies parfumées, jette une poignée de perles à la lavande dans l'eau, tourne le bouton de la radio, se déshabille et se glisse sous la mousse.


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Ses craintes et ses angoisses finissent par se dissoudre dans l'eau parfumée. Elle fredonne quelques chansons ringardes des années soixante-dix et retrouve son optimisme. Ce trait de caractère lui a toujours permis de se relever et de persévérer. Elle enduit délicatement l'intégralité de son corps de crème adoucissante, et entame une minutieuse chasse aux poils qu'elle ne supporte pas de trouver sur son épiderme.


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Elle enfile son peignoir de satin rouge, puis se rend dans la cuisine pour se préparer un plateau-repas sophistiqué : des crevettes, des sushis, des petits légumes épicés et un filet de saumon. Le tout à déguster seule, devant le film du dimanche soir. Elle préférerait avoir quelqu'un à qui téléphoner pour partager ses espoirs et son bonheur. Mais elle n'a pas d'ami. « Pour vivre heureux vivons cachés » pense-t-elle.


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Après d'horribles informations, la météo prévoit une semaine fraîche et ensoleillée. L'idéal pour se reposer entre sa saison estivale très chargée et les repas de fin d'année. Elle vend des soirées clé en main, ambiance adaptée et garantie. Son sens inné de la fête et son carnet d'artistes en tous genres lui permettent de satisfaire toutes les demandes, des plus simples aux plus farfelues.


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Gladys se souvient de leur rencontre : sollicitée par le cabinet d'architecte de Richard, pour contribuer à obtenir un important contrat à l'international, elle avait concocté une soirée de rêve pour des décideurs japonais. Une étudiante bilingue, passionnée par leurs us et coutumes, l'y avait bien aidé. Avec Richard le courant était passé instantanément. Il l'avait ensuite invité à dîner pour la remercier et la féliciter.


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Le film commence. Elle s'installe confortablement et grignote son repas sans perdre une miette de cette adorable romance. Quand le générique défile, elle a de nouveau envie de pleurer. Son téléphone émet un bip et le message de Richard s'affiche : « Je t'aime ». Son visage s'illumine. Se peut-il qu'ils aient regardé la même chaîne ? Elle est tentée de lui demander s'il a parlé aux filles, mais se retient. Si c'était le cas, il le lui aurait dit.

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