Chapitre 31 : Zones d'ombre (1)

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Vyrian sentit à peine le contact du matelas sous son dos, que les bruits de pas s’éloignèrent, suivit par le claquement d’une porte. Bien qu’il se retrouve isolé, le scientifique perçut au loin de l’agitation. Des cris résonnèrent, mais il fut incapable de déterminer leur provenance. Les secondes s’égrenèrent et le calme revint le laissant dans l’incertitude, jusqu’à ce que de nouveaux éclats de voix l'informent de la situation.

— On nous attaque !

Une fois de plus, le chercheur tourna la tête en tous sens, mais ne vit rien de plus que l’obscurité. Puis peu à peu, sa vision s’éclaircit et il fit face au Capitaine. Le biologiste jura, l’omniscience de Mère s’était déclenchée et il ne parvenait pas à en sortir.

Piégé au sein des données de l’intelligence artificielle, il regarda le Régisseur impitoyable mener l’assaut. Le biologiste voulut se débattre pour aider les résistants, mais son corps ne lui répondait pas.

Il regarda donc les quatre clans peiner à s’organiser, pris au dépourvu par cette attaque, jusqu’à ce que certains détails l’intriguent : Fara et Dallan se trouvaient sur le Monde Numérique et Rayec ne semblait pas démit de ses fonctions de chef des Ombres. Ces éléments, ajoutés au jeune âge des Ombres, firent comprendre à Vyrian qu’il n’assistait pas à un assaut du repaire des résistants, mais à une scène de la guerre ayant opposée les cinq clans.

Vyrian se détendit quelque peu, jusqu’à ce qu’une nouvelle explosion ne lui fasse perdre ses repères. Lorsque la projection cessa de chanceler, là où auparavant se tenait une grande avenue, se trouvait un sol noircit par l’explosion, teinté du sang des victimes. Les quelques survivants tentaient tant bien que mal de faire face, mais les hommes du Capitaine leur ôtèrent la vie. Chaque centimètre gagné sur le camp adverse le transformait en un no man’s land. Un nouveau tir fit trembler le sol.

Vyrian se prépara au choc qui allait se répercuter dans son corps et ne perdit pas de vue le Capitaine. Il n’avait beau avoir aucun contrôle sur l’héritage que lui avait laissé Mère, il ne pouvait passer à côté d’une telle opportunité d’en apprendre plus sur le chef des Régisseurs.

Jusqu’à cet instant, il n’avait pas réalisé l’absence d’informations à son sujet. Il n’avait même pas accès à son nom, cet homme ne semblait existé que depuis son accession au rang de Capitaine.

Le chercheur s’attarda sur les traits du soldat. Le régisseur arborait une ossature fine et une musculature sèche. Bien que sa carrure ne soit pas des plus impressionnantes, il dégageait de lui, une aura menaçante. La cendre collée à son visage accentuait ce sentiment, soulignant son regard d’un gris anthracite. Bien que jeune, ses yeux semblaient avoir tout vu.

Vyrian n’en fut que plus curieux à son sujet.

— Qui êtes-vous ?

Le Capitaine avançait toujours plus profondément dans les lignes ennemies. Un nuage de cendres le dissimula. Vyrian chercha du regard le point de sortie du Capitaine. Mais, il ne le trouva pas, la projection prit fin avant.

Frustré, Vyrian se laissa porter par le nouvel épisode qui se déroulait sous ses yeux. Cette fois, le Capitaine se tenait au-dessus d’une femme enceinte. La future mère arborait la même chevelure argentée que Zaïk. A sa naissance, le jeune Matéria deviendrait esclave des Régisseurs. Vyrian soupira, il se trouvait dans le futur par rapport à la scène précédente. Lui qui souhaitait obtenir des informations sur le passé du Capitaine et son accession au pouvoir, il s'en éloignait peu à peu.

Le chercheur n'eut pas l'occasion d'observer l'évolution du Matéria, qu'une fois de plus, une nouvelle situation se tenait sous ses yeux. Vyrian peinait à contenir sa frustration, quand il pensait à toutes ses occasions manquées. Il aurait aimé en apprendre plus sur la relation de Zaïk avec le Capitaine et Xenaya, tout comme il était curieux de connaître la manière dont il avait découvert la FaucheSouvenirs.

Le biologiste s'apaisa lorsqu'il vit le jeune Matéria en compagnie de l'Exilée. Les deux enfants devaient avoir entre cinq et six ans. Ils se tenaient en garde, essoufflés. Le Capitaine assistait au combat en retrait.

— Encore !

Les deux enfants se ruèrent l’un sur l’autre, enchaînant attaques et parades. Ils se battaient aussi bien au corps-à-corps qu’à distance, à mains nues comme armés.

Vyrian prêta un peu plus attention à la gestuelle des enfants. Leurs mouvements témoignaient de longues heures d’entraînements. Le scientifique peinait à suivre leurs échanges, tant leurs attaques étaient rapides et puissantes. Quant à leur défense, elle était solide et leur endurance exemplaire. Vyrian ignorait depuis combien de temps ils se battaient, mais malgré la sueur qui coulait le long de leurs visages et leur respiration saccadée, ils ne montraient aucun signe de fatigue.

Vyrian les admirait pour leur ténacité. Le Capitaine les méprisait pour leur faiblesse.

— Xenaya ! Mets-le KO. Je vois la peur dans ton regard. Tes gestes ont beau avoir l’air assurés, tu dévies tes attaques au dernier moment. De quoi as-tu peur ? De sa riposte ? Ne me fais pas rire ! Tu as peur de le blesser ! C’est pitoyable, tu es une guerrière ! Je veux voir tes poings couverts de son sang !

La jeune fille se mordit la lèvre et fixa son adversaire. Zaïk était bien plus effrayé qu’elle par cet ordre et lança un regard suppliant à la jeune Régisseuse. Elle se força à l’ignorer. Elle avait bien plus peur de la sentence que lui réserverait le Capitaine en cas d’insubordination.

Alors que le Capitaine donnait le signal de départ, Vyrian vit les événements ralentir. Il put clairement distinguer Xenaya se ramasser sur elle-même avant d'exécuter une rapide roulade et de faucher les jambes de Zaïk qui lui tirait maladroitement dessus. Elle récupéra l’arme et tira à bout portant. Une onde de choc jaillit et le garçon fut éjecté. Alors que les pieds du Matéria décollaient du sol, elle lui attrapa le bras et le tira à elle, puis elle lâcha le pistolet, pour lui assener un uppercut. La nuque du garçon se courba violemment en arrière. Lorsqu’il redressa la tête, Xenaya l’attendait, prête à frapper. Une fois le visage de Zaïk face au sien, son poing s’écrasa sur le nez du garçon. Le Matéria se courba et porta les mains à son visage. Des larmes ruisselaient le long de ses joues. Xenaya lui donna un violent coup de pied dans les rotules. Il s’écrasa face contre terre. Elle le chevaucha et lui tira les bras en arrière jusqu’à ce que le craquement caractéristique d’os déboités se fasse entendre. Elle laissa ses bras retomber mous et désarticulés.

Les événements reprirent une vitesse normale, laissant Vyrian quelque peu désorienté par la différence de cadence. Il remerçiait néanmoins Mère pour lui avoir permit d'assister à cet affrontement, sans le ralenti, il aurait bien était en peine de suivre les échanges.

Des applaudissements retentirent dans la salle et le firent sursauter. Le Capitaine s’avança rayonnant. Il caressa la tête de Xenaya. Ce n’est quand les voyant côté à côte que Vyrian fut frappé par la ressemblance entre les deux Régisseurs. Ils arboraient tout deux ce même regard. Il reconnut chez Xenaya la morphologie du Capitaine, cette même ossature fine. Ce corps tonique, rapide et puissant.

Vyrian eut du mal à se concentrer sur les paroles du Capitaine. Il peinait à faire taire l’hypothèse que cette ressemblance soulevait. Il ne voulait pas faire de conclusion trop hâtive.

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