5 – Snack : La revanche

9 minutes de lecture

Finalement, les choses vont mieux pour Bill : le conseil de Mathew a bien tenu sa parole s’est avéré bon, les combats de fermeture lui ont rapporté gros et il a déjà largement remboursé le coût initial de Snack. Il semble aussi avoir fait la paix avec lui-même concernant la situation et ne s’inquiète plus de voir son nevian combattre des bêtes optimisées. C’est une bonne chose suppose Snack.

Parce que oui, c’était inévitable : avec l’augmentation des enjeux en cas de victoire contre le nevian, beaucoup de participants ont commencé à réfléchir à des conceptions optimisées pour défaire la peluche. Pour le moment la plupart ne survivent pas aux autres rounds de combat et les rares concepts qui sont passé manquent encore de réflexes et de puissance, même si l’un des derniers reptiles s’est montré particulièrement retors et a emporté l’oreille gauche du nevian.

Bill ne semble pas parvenir à trouver des moyens de réparer les dégâts qui s’amoncelle au fil du temps. Pour le moment, ils restent superficiels et ne posent pas de handicap pour les combats, mais le nevian a conscience de l’inévitabilité d’une blessure plus importante, voir une désactivation complète de l’unité.

Ainsi Snack combat tous les vendredi soir. Les soirées ont un peu changé, l’ouverture principalement. Désormais en l’absence du champion de la séance précédente, car Snack est encore invaincu, c’est le favori qui s’occupe de mettre en pièce l’offrande à Mathew en début de soirée. Mais cette situation ne semble pas plaire aux autres « dresseurs » qui, selon quelques rumeurs ruminées par Bill, ont décidé de se liguer contre Snack.

« Maintenance logicielle requise. »

L’alerte revient régulièrement depuis maintenant une semaine. Bill a demandé à Snack de ne plus l’ennuyer avec ça : comme il n’a pas acquis son nevian de première main, il ne bénéficie pas des services d’entretien d’Elmetech Philorganics. Et ce, que ce soit pour cette maintenance logicielle, ou des réparations de l’enveloppe.

Alors que le nevian prend soin de lui, brossant son pelage, Mathew frappe à la porte et Bill vient lui ouvrir. Après s’être échangé une poignée de main, le maître de l’arène fait un signe à Snack qui lui répond « Bonjour Mathew.

– Tu es venu me parler du plan de Zeisky ? demande Bill.

– Entre autres. Tu sais, cette idée de se servir de Snack comme du défi ultime de l’arène n’a pas eu qu’un effet bénéfique en fait. J’espérais un roulement des stratégies plus intéressant, mais la nouvelle meta qui s’est installée est bien plus pernicieuse. On a deux types de compétiteurs maintenant : deux qui visent Snack et se font exploser par les autres, et ceux qui ne cherchent qu’à avoir une bonne place et explosent les premiers. Finalement c’est comme avant, sauf que ce n’est plus un compétiteur qui fait le show au final, mais seulement le boss de fin.

– Je comprends, je comprends. Tu veux qu’on arrête de mettre Snack dans l’arène ?

– Non, mais je propose un événement unique pour mettre fin à cette saison et repartir sur une nouvelle. Zeisky a trouvé le combo qui devrait… battre Snack.

– Tu veux un combat spécial sans passer par la phase de tournois donc.

– C’est ça ou les autres s’arrangent pour perdre contre elle, déplore Mathew.

– Et ça, ce serait vraiment moche. J’accepte le plan. Elle lui a donné un nom à ce tueur de Snack ?

– Le Glouton ou le Gourmand. Je sais plus trop.

– C’est dans le thème, s’amuse Bill.

– Je sais que c’est une chose difficile que je te demande, indique Mathew.

– Bah, j’ai eu un bon temps, ça ne pouvait pas durer éternellement, concède Bill.

– Bien, je vais te laisser. Bon courage l’ami. », termine le maître de l’arène. Les deux hommes se serrent la main et s’en vont.

« L’ami », Snack n’a pu s’empêcher de noter cette amélioration importante de la relation entre les deux hommes au cours des semaines. De ce qu’il en sait, en plus d’être le propriétaire du boss de fin de l’arène, Bill est aussi devenu l’un des gardes du corps de Mathew lui-même.

Après avoir refermé la porte du local de stockage, son propriétaire interpelle le nevian : « Snack, je… je ne sais pas trop comment aborder le sujet.

– C’est le dernier combat, c’est ça ?

– Oui. Après tu seras… libre, ment-il étrangement mal.

– Et si je gagne ?

– Ha ha, ce serait drôle. Mais ça ne ferait que compliquer les choses je pense.

– Je dois me laisser tuer alors ? demande Snack.

– Oh ? Non, Mathew veut un vrai combat et si la créature de Zeisky n’est pas de taille, tant pis pour elle. Mais entre nous, j’ai vu ce qu’elle prépare et je ne vois pas comment tu pourrais survivre à ça.

– Mais si je gagne, je serais quand même libre ?

– Oui, plus de propriétaire, ni rien.

– Oh ? » laisse échapper le nevian.

Snack se rend compte qu’il n’est pas préparé pour cette optique. Le programme principal de son noyau dépend entièrement des directives liées à l’autorité concédée aux propriétaires. Si cette couche de son intelligence artificielle ne produit plus d’objectif, Snack n’aura aucune idée de quoi faire. Devrait-il alors faire ses choix par lui-même ? Même ses processus de prévision lui retournent une valeur non définie. Ce serait une étrange expérience pour un nevian.

Mais ceci importe peu : prendre soin de son maître est la première directive pour un nevian et de toutes façons son prochain combat devrait être la fin de cette instance.

« Est-ce que vous commanderez un autre nevian pour me remplacer, demande Snack. Elmetech Philorganics peut vous fournir un exemplaire conforme à celui-ci si vous leur envoyez un échantillon de mon pseudo-ADN. Et il aura toutes les dernières mises à jour !

– Je ne pense pas Snack. Tu as été… un bon nevian, un très bon nevian même. Mais, je n’aurais plus besoin d’un nevian après ce soir.

– D’accord. », confirme Snack.

Bill regarde son nevian songeur. Peut-être se demande-t-il ce qui se passerait si Snack se retrouvait sans propriétaire, libre de ses choix ? Une idée curieuse se manifeste à l’esprit de la peluche de combat, étrangère même. Un espoir de victoire induite par la curiosité de voir ce qui se trouve après le propriétaire.

Des heures passent et snack se prépare au combat. Reposant son système musculaire pour pouvoir le mobiliser à plein potentiel, son esprit réfléchit à ce que Zeisky peut bien lui avoir préparé. Depuis ses débuts dans l’arène, Snack a identifié son principal défaut : toutes ses stratégies reposent sur la capacité de saisir son adversaire, cette capacité est facilité par les surfaces adhérentes de ses mains générées par des microfibres, comme pour un gecko.

Mais s’il ne lui est pas possible d’attraper son adversaire, une boule de pointes par exemple, ses stratégies ne fonctionnent plus et les alternatives ne sont pas nombreuses. Frapper ne lui serait probablement d’aucun recours : s’il ne peut attraper son adversaire, le frapper n’est sans doute pas une bonne idée. Pour couronner le tout, les nevians ne possèdent pas vraiment d’élément pouvant servir d’arme : pas d’ongle, des dents au mieux cosmétique et comme il ne peut apporter d’élément détachable ou utiliser des morceaux de la cage, Bill avait été très clair là-dessus, pas de projectile ou d’arme d’allonge.

Que peut-elle avoir prévu ? La créature doit être organique et tenir dans la cage, ceci place un plafond sur les performances d’une créature organique. De plus elle ne doit pas représenter un danger pour les spectateurs qui se tiennent à un bon mètre de l’arène. À cette échelle rien ne peut vraiment battre les réflexes, l’agilité et la force de Snack. Ce serait une sorte de hérisson venimeux ? Un monstre qui suinterait une substance corrosive ou hautement toxique pour un nevian ? Un monstre cracheur d’acide ? Une créature kamikaze qui exploserait via un processus chimique interne ? Externe ? Le public serait en danger avec ça.

Continuant ses réflexions au gré des pulsations bleutées de son bracelet chargeur, le nevian attend sa sentence, presque indifférente aux autres conséquences que celles qui concernent son propriétaire.

Plusieurs heures plus tard, Bill revient avec Jumper : c’est le moment. Snack se lève et débranche son bracelet. Il le range précautionneusement dans son petit sac à dos rouge. Les deux hommes le regardent faire en silence.

« Je suis prêt, annonce Snack de sa voix habituelle.

– En route alors ! », propose Jumper un peu sèchement, une maladresse causée par le stress. Snack est tenté de le rassurer, mais un acte d’empathie ne ferait qu’ajouter à la peine des hommes qui le connaissent depuis cent quarante-deux jours.

Traversant silencieusement ces couloirs que le nevian ne connaît que trop bien, le groupe rejoint les locaux de l’arène. Comme un rituel pratiqué depuis toujours, Snack pose son sac au niveau du vestiaire et se dirige vers la salle des cages. Sous le regard peiné de son propriétaire, il entre dans la sienne et Jumper, refermant la grille lui souhaite : « Bon courage mon petit. ». Était-ce de la tristesse dans sa voix ? Ces jeux font décidément plus de mal à ceux qui se trouvent de l’autre côté des grillages métalliques.

C’est sa dernière ouverture. Sa première avait été la source de beaucoup d’ennuis et la première vraie blessure de Snack. Après tant de combats, il ne lui manque que sa queue et l’oreille gauche. Et si le nevian a bien tenu les comptes, frais d’acquisition déduits, il a rapporté plus de quinze mille reds à Bill. Aucune autre créature de l’arène n’a été aussi rentable, pas même les monstres de Zeisky avant son arrivée. Un bilan qui apporte un sentiment de fierté. Bill le lui a bien dit : c’est un bon nevian. Et c’est tout ce qui compte pour le moment présent.

On déplace sa caisse. Bill a déjà rejoint Mathew, et Snack sait que si le propriétaire n’avait pas eu la gorge nouée, il lui aurait aussi souhaité la victoire. Beaucoup auraient considéré le garde du corps comme un mauvais maître, une ordure peut être même. Mais Snack n’a aucun ressenti contre lui. Comment le pourrait-il ? Il n’est même pas sentient.

Sa caisse a été déposée devant l’ouverture. Plus d’une vingtaine d’habitué passent lui adresser leurs vœux et faire leur au revoir non sans une émotion presque palpable. Snack ressent…

C’est anormal. L’attention de Snack se concentre sur un fait étonnant : aucun des gradins au raz du sol n’est utilisé et même les hommes de l’arène se tiennent prêts à reculer. Les règles ont peut-être changé pour ce combat exceptionnel ? Snack raffine ses stratégies en prenant en compte ce nouvel élément.

Lorsque tous les hommes et femmes ont regagné leur place après avoir apporté leur bénédiction au petit gladiateur, Mathew commence son discourt d’ouverture : « Ce soir est un soir particulier. Particulier pour l’arène qui clos sa septième saison. Une saison riche en nouveauté, une saison perturbée en son milieu mais qui a offert des combats incroyables. »

Il marque une pause et transitionne simplement : « Mais pour nous aussi. Car il s’agit du dernier combat de Snack : ce soir, notre ami prend sa retraite. Une retraite méritée. »

À ces mots une puissante lumière est braquée sur la cage de snack. Plusieurs personnes adressent une révérence d’un hochement de tête. Snack note que la plupart d’entre eux sont ceux qui ont gagné quelques paris en pariant sur lui. Ceux qui venaient le féliciter pour leur avoir fait gagner des sommes conséquentes. Mais Snack ne s’est jamais battu pour eux. Seulement pour Bill. Pour le propriétaire.

Mathew, continue : « Mais avant de partir, il nous offre un dernier combat. Et quel adversaire pouvait-il rencontrer ? C’est un retour aux sources, que lui offre Zeisky avec le Dévoreur. »

Alors que le maître de l’arène présente Zeisky de la main, une puissante lumière est braquée sur la cage en face. À l’intérieur, la créature se révèle partiellement, en grande partie offusquée par les multiples épaisseurs de grillage. La forme générale rappelle toutefois sa première rencontre dans l’arène. Mais, il y aura des changements c’est sûr.

Après quelques instants pour laisser à tous le temps d’admirer les combattants, le maître de l’arène lance le combat. Les portes glissières s’ouvrent et dévoilent la familière arène. Le sol bétonné porte encore les marques des combats passés.

Snack s’avance dans la lueur crue, il ne décevra personne.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Sylvain "Greewi" Dumazet ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0