Natalia et le Prince

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La jeune invitée décide de se fondre au milieu des convives en attendant que son ami revienne. Elle se mêle à un groupe où les femmes ont des ailes noires dans le dos.

Un peu intimidée, Natalia murmure :

— Bonjour.

Les filles la dévisagent, des sourires crispés sur le visage, lorsque l’une d’elles demande :

— Vous êtes ?

— Natalia, je viens du village de Ploemer.

— Ah, c’est l’humaine, remarque l’une des invitées d’un ton légèrement acerbe.

— Euh oui. C’est bien moi. Et vous êtes ?

— Démoniaques, répond l’une d’elles en riant aux éclats.

— Ah d’accord.

Mal à l’aise, la jeune femme s’éclipse et jette des coups d’œil autour d’elle, espérant apercevoir Alban. Mais nulle trace du garçon. Seule au milieu de tous, Natalia ressent des picotements dans la nuque, et tournant la tête, distingue un homme, en costume blanc, le regard fixé sur elle. Contrairement aux autres, il n’est pas réellement déguisé. Il porte simplement la prothèse d’un nez crochu qui ne gâche en rien le charme de ses yeux verts. Natalia devine des taches de rousseur sur son visage pâle. Elle se sent étrangement attirée par l’inconnu. Ce dernier a des cheveux bruns, très clairs, mi- long, qu’il a noué avec un ruban noir. L’homme lui sourit, tendant sa flûte à champagne dans sa direction. Elle lui sourit en retour. Ce dernier fait quelques pas vers elle, fendant la foule.

— Une coupe de mousseux ?

— Oui, merci.

L’homme claque des doigts et un serveur apparaît comme par magie avec un plateau. Natalia prend le verre qu’il lui donne et trempe ses lèvres dans le breuvage.

— Il est délicieux.

— Je le fais venir spécialement de Transylvanie. Mais je manque à tous mes devoirs, je ne me suis pas présenté. Je suis le Prince Ruben Del Sol, votre hôte.

— Oh, et moi c’est Natalia du village de Ploemer.

— Je m’en doutais, vous avez l’air tellement…

— Normale ?

Le Prince éclate de rire. À ce son, tous les invités cessent de parler et tournent leur regard vers lui. Après un léger signe de tête de ce dernier, les conversations reprennent.

— Vous avez dû faire la connaissance d’Alban. Il vient de Ploemer lui aussi et visiblement vous avez demandé à le rencontrer.

Le visage de Ruben Del Sol se ferme.

— Vraiment ? Ah oui ! Je me souviens ! Effectivement nous avons discuté… un brave garçon. Bref, il a quitté le château.

— Il est parti ?

Le Prince hausse les épaules.

— Oui. Je l’ai convaincu qu’il ne se passait rien de bizarre ici. Aussi, après une fraternelle poignée de main, il a pris une barque et est retourné au village. Nul doute que d’ici le lever du soleil le maire et tes compagnons sauront qu’ils n’ont rien à craindre de moi.

— Dans ce cas, je peux peut-être, également rentrer chez moi.

— Je ne sais pas Natalia. Êtes-vous persuadée qu’il ne se trame rien de surnaturel dans ce lieu ?

L’invitée observe autour d’elle : les loups, les femmes aux ailes noires, l’homme voûté à la peau grisâtre…

— Tout à l’air parfaitement normal, répond-t-elle d’un ton qu’elle espère assuré.

— Vous mentez, je vous sens sceptique.

Alors que Natalia s’apprête à protester, le majordome venu chercher Alban s’approche d’eux et murmure quelques paroles à l’oreille du Prince. La jeune femme ne distingue que des bribes de mots.

— tenter de s’échapper… surveillé par le démon de feu… le manger.

Ruben surprend le regard de son invitée sur lui et d’un geste à l’adresse de son homme à tout faire, suspend la conversation. Le majordome s’éloigne, attrapant au passage, une des arbalètes accrochées à l'un des murs en pierre.

— Je ne comprends pas vraiment ce qu’il se passe, avoue Natalia. Pourquoi a-t-il pris une arbalète ? Vous retenez quelqu’un prisonnier ?!

La voix de la jeune femme est montée dans les aigus sans qu’elle s’en aperçoive. Dans la salle, le silence est total, et tous dardent des yeux inquisiteurs sur elle.

Ruben, prend sa main dans la sienne et y dépose un baiser qui loin de la rassurer, la fait frémir.

— Je suis navré… des problèmes de dernière minute. Je n’en ai pas pour longtemps. Profitez de la soirée, je reviens au plus vite.

(à suivre)

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