Écume

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La première fois que je vis ce petit miracle, je ne croyais plus en rien. Assis au bord d'un rocher assez haut, je fixais les vagues qui venaient s'écraser en contrebas avec violence. Je n'allais pas sauter. Ou peut-être, si. Rien n'était fixé dans mon esprit. Tout tournait en rond, comme s'il s'agissait d'une joyeuse ronde désordonnée. Ou d'une royale mascarade où l'on me duperait une fois de plus.

Las, je laissais choir ma chaussure qui alla se perdre, Dieu seul savait où les vagues daigneraient l'emporter. Qu'importait. Mes jambes se balançaient dangereusement, rythmées comme le pendule frénétique d'une horloge. Avant. Arrière. Avant. Arrière. Et si. Pourquoi pas. Peut-être pas. Ou alors si. Plus rien n'avait de sens.

C'est alors que je le vis. Nu comme l'enfant qui vient de naître, dénué de secrets, il avançait sereinement sur la plage en direction de la mer. A aucun moment il ne leva la tête pour croiser mon regard perdu. Je n'avais jamais été là. Lui non plus. Ses courts cheveux d'un bleu électrique m'évoquèrent un hérisson aux allures de punk. Que pouvait-il bien vouloir faire en pareil endroit ?

Gardant la même allure, il entra doucement dans l'eau, avançant jusqu'à ce que la mer engloutisse son torse. Silencieux, bras levés vers le soleil couchant, il attendit patiemment que le soleil soit à son tour englouti par les eaux à l'horizon. Et le miracle survînt.

Un grand flash m'obligea à détourner le regard, l'agression si vive me contraignant à me protéger les yeux de ma main valide. Atrocement mutilé au bras gauche, je pouvais dire adieu à mes rêves et à mes dons. Inutile. Je ne servais plus à rien pour mon mentor. Toutes ces années d'apprentissage et de dur labeur fichues en l'air en un instant. Je déglutis. Ôtant ma main de mon visage, je n'en crus pas mes yeux. Me faisaient-ils défaut à leur tour ?

Le bel Apollon bleuté avait disparu, remplacé par une déesse enchanteresse aux courbes généreuses. Ses longs cheveux bouclés cascadaient le long de son corps gracieux, cachant sa forte poitrine. Bouche bée, je ne sus quoi penser. Cette superbe créature se mit alors à entonner un chant si poignant qu'on aurait pu le prendre pour une supplique. Les yeux dans le vague, elle resta là un instant puis, vaisseau de tristesse, prit la mer pour de bon. Elle émergea quelques mètres plus loin, dotée d'une queue de poisson aussi bleue que ses cheveux et disparut.

Je crus à un rêve éveillé. Une douce hallucination venue égayer ma morne vie. Ce ne pouvait être réel. Désirant en avoir le cœur net, je me surpris à revenir encore et encore tous les soirs pour admirer mon petit miracle quotidien. Il m'obsédait. Je voulais le connaître, le comprendre. Qu'était-il ? Pouvais-je seulement l'approcher ? L'obsession grandit encore, muant en admiration mortelle.

Coûte que coûte, il me fallait l'approcher. Dussé-je pour cela sauter moi aussi pour retrouver mon petit poisson. Je le vis plonger cette fois encore, s'en retournant dans les eaux glaciales et sombres. Il serait mon gardien pour l'éternité. Sans un bruit, je me laissais tomber dans les eaux profondes, priant pour retrouver cet être qui m'avait volé mon cœur. Et ma raison.

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