Regards au-dessus des limbes

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J’aimerais être au bord d’un abîme, regardant l’enfer et ses crachats de feu atteindre mes hauteurs. J’aimerais sentir cette brûlure au visage, celle rappelant la sérénité du bien, le besoin d’un corps de sein, celle que j’ai vécu : Car la souffrance est un horizon.

Mais là, sur ce bord de fenêtre, il n’y a qu’une tour de béton usée, faiblement éclairée par un lampadaire sale et sa lumière jaunâtre. Ici, même les arbres sont seuls et en cage, les jardins remplient de cette herbe taillée à ras et sans odeur. Il n’y a jamais de vent, qu’une atmosphère chimique où une détestable chaleur vous envahit.

Non, la ville n’est pas un enfer : elle est le cimetière de l’humain, ou meurt ce qui élève l’homme, un corps social en fermentation que l’on ne devrait pas approcher. Un organisme privé de lumière, il se nourrit de sa propre décadence - devenant de plus en plus pitoyable à force d’être digéré - jamais rien de nouveau ne peut grandir ici.

Car j’ai le regard du réel et je le vois bien : la bête est une phobique de la mort, un enfant gâté et vulgaire qui a compris un des sens de la terre : n’est connu que la vérité - et la vérité est une assassine. J’ai le regard du réel, ainsi j’ai grandi, et de ce spectacle des consommants, je ne vois que de terrifiantes limbes où j’ai plongé : car je souhaite plus que tout connaître l’humain, pour découvrir ses plus profonds secrets - pour me libérer moi.

Ainsi ai-je appris le regard de l’histoire et la gravité de ne voir que l’inédite partout où mes yeux se posent. L’homme oublit la grandeur de l’humanité - il en a le vertige et cela nuit à son sain bien-être. Je vois l’héritage presque accomplis de nos ancêtres, je sais qu’il n’y avait plus qu’un bond à faire quand soudain, l’homme s’est mis à ramper. Il a construit des musées et autres prisons d’idées et de cultures, pour enfin oublier sa grandeur.

J’entends la voix de nos anciens de leurs montagnes, ceux-là qui fuent lumière, qui avaient surmonté puisque qu'ils n'avaient pas le choix : j’entends leurs cris, leurs avertissements, ils me disent :

“Prenez garde, humanité, prenez garde de l’avenir. Souvenez-vous du mythe du dernier homme ! Voilà vos limbes pour demain. Ecoutez votre prochain et fuyez de toute votre âme s’il prononce cette parole :
“Nous avons inventé le bonheur”.

Tel est le cri d’alarme, humanité, tel sera l’ultime chuchotement de la bêtise humaine !
Ne restez pas médecin de l’incurable : surmontez votre pitié et fuyez, car tout est perdu !”

J’entends leurs voix et face à moi se dresse toute la prétention de l'homme moderne, fière d’avoir tout oublié, d’être esclave de l’inédit, de leurs prières permanentes aux écrans, eux qui ne peuvent plus créer, refusent le gai savoir et ne désir plus que son bien être.

Et j’en pleure oui, car aussi, j’ai le regard de l’avenir : mais je ne vois rien à l’horizon. Où est bannit souffrance et solitude, où n’est jamais affronté aucune peur, où tout n’est que chaleur de fermentation : il n’y a nul lendemain, tout décline - tout se meurt.

Mais il n’y a là aucun but ni noble volonté destructrice : c’est aussi pour cela mes larmes. La civilisation de l’homme moderne est uniquement force et écho, ignorance et instinct, peur et comédie : tout ce mélange dans l’incompréhensible, dans le flot de l’inconscience humaine servile de leurs morales. Si tout était tel leurs dires, s’ils avaient inventé le bonheur comme ils ont besoin de le répéter, pourquoi je ne vois aucun sourire véritable ?

La ville est un cimetière, rien de vivant ne peut créer ici-bas. il n’y a rien que des comédiens incapables de liberté, ne pouvant jamais prendre de la hauteur : sinon, pris d’horreur, c’est leur monde qui sera brisé a jamais - qui peut prétendre en être capable ?

Je vois là une macabre mécanique, une surface qu’un simple regard peut effondrer, où l'innocence et la sérénité naturelle est sacrifiée sur l’autel du capital - pour leurs Dieux qu’ils ne savent pas nommés.

Mais comment vouloir devenir aveugle ? Je contemple les limbes mais je n'oubli rien : il y a ces montagnes que j’ai connus, que l’on peut gravir sans pitié et jouir d’une vue merveilleuse sur l’avenir. Voilà ma paix, voilà mon bien - et par leur faute, elle se nomme solitude.

Dis moi alors, pourquoi je laisserais la folie des consommants me priver de mon grand midi ?

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