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Lucas et Corentin avançaient en silence. Lucas était encore sous le coup de cette violence incompréhensible. Corentin était désespéré.

— Lucas, laisse-moi. Je ne vaux rien. Je n’ai pas été capable de te défendre, alors que tu comptes tant pour moi.

— …

— Je suis incapable de me battre. J’ai peur des coups, depuis que… Peu importe. S’il t’avait forcé, tu aurais disparu. Moi aussi. Pourtant, je ne suis pas intervenu. Je suis inutile. Tu ne dois pas compter sur moi.

— Corentin, je n’ai rien compris. Avant la soirée, il était sympa. Après, il était méchant. Tu as vu ! Il essayait de mettre son sexe dans mon cul. C’est dégueulasse.

— Lucas, tu es d’un autre monde. Tu ignores tout des pratiques homos.

— Pourtant, nous avons…

— Nous n’avons rien fait. Quelques léchouilles… ce n’est pas ça un rapport homosexuel !

— C’est quoi alors ?

— Lucas, t’es con ou t’es innocent ? C’est s’enculer ! Et c’est bon !

— …

— En plus, les homos sont comme les autres, jaloux, envieux, cupides, brutaux, stupides…

— Mais toi ?

— Moi ? Je suis un trouillard. Je n’ai pas de couilles. J’ai juste une affection infinie pour un Martien qui a atterri dans mon jardin. Même si je ne l’ai pas défendu.

— C’est vrai que tu couches avec tous les nouveaux ?

— Oui et non. Je tombe sous leur charme et le mien est assez fort pour les attirer. Je ne veux pas m’attacher, mais je cherche le plaisir. Autant que tu le saches, j’ai couché avec tous.

— Je ne suis donc qu’une occasion ! Pourtant, nous n’avons eu que des « léchouilles » !

— Lucas, si je te dis que tu es le premier garçon que j’aime, tu vas dire que je te drague, que je veux te sauter. Pourtant…

— Pourtant ?

— Tu es le premier avec qui j’ai envie de recommencer. J’ai eu une aventure, quand j’étais ado. Une aventure amoureuse, une vraie. Cela s’est mal terminé. Je n’ai plus voulu m’attacher depuis, car cela fait trop mal. Et puis je t’ai vu…

— Et tu m’as lâché !

— Je ne t’ai pas tout dit de ma vie. C’est vrai que j’ai toujours eu peur des coups. Tu as vu ma taille et ma corpulence ! Je ne peux pas. Pire, j’ai attiré les coups. Je me suis fait battre plusieurs fois. Je t’aurais laissé mourir plutôt que de me battre. Alors que je préférerais mourir à ta place.

— Je comprends. Je ne sais pas me battre non plus. Mais quand même, je crois que j’aurais foncé, pour mourir avec toi…

— Ne juge pas, Lucas, si tu ne connais pas.

— Mais je ne te juge pas. Corentin, ce que je ressens pour toi s’en fiche de tes faiblesses.

Ils avaient parlé en rentrant. Ils avaient parlé une fois nus et enlacés dans le lit. Ils avaient dormi. Ils avaient recommencé à parler. Ils avaient tant à se dire. Cette fois, ils ne parlaient pas d’eux au singulier, leur histoire passée, mais d’eux au pluriel, de leur futur.

Ils restèrent ainsi, jouant à se caresser dans tous les recoins, chacun admiratif du corps et du sexe merveilleux de l’autre, à grignoter entre deux baisers. Ils étaient unis, essayant de comprendre l’autre, d’être l’autre.

— Corentin, que s’est-il passé ?

— Jean-Eu est un peu spécial. C’est un fils à papa, un gosse de riches. Il termine une école de commerce et ne raisonne qu’en winners et en loosers. Lui, c’est un winner, puisqu’il va hériter de la boite de papa ! Normalement, quand il ne débite pas ses conneries, il est supportable.

— Mais s’il est bourré de thunes, pourquoi il fait ça ?

— Par mépris des autres. Tu as vu, il a beaucoup de charme, une certaine beauté. Il est très attirant pour les hommes. Je crois qu’il se paie sa drogue. Et puis..

— Oui ?

— Il est super bien monté. Il a une queue de bonne taille, de belles couilles. Tu le sens quand il est en toi ! C’est super. En plus, il y va fort. Tu lui appartiens complètement. J’aime bien ! Il est très dominant. Il dit qu’il ne s’est jamais fait mettre, que nous sommes des pédés, car on aime se faire enfiler. Moi, je crois qu’il s’est fait enculer une fois, qu’il a aimé, mais que c’est en totale contradiction avec sa position de dominant.

— Enculer, mettre, enfiler… C’est ça, l’amour entre hommes ?

— Non. Ça, c’est le sexe entre hommes. Tu ne connais pas et je vois bien que ce n’est pas pour toi. Je le sais depuis le début. L’amour, c’est un sentiment, c’est ce que j’éprouve pour toi. Depuis le début.

— Mais qui dit amour dit sexe ? Tu as envie de faire l’amour avec moi ? De m’enfiler ?

— De faire l’amour avec toi, pas de baiser avec toi. Oui ! J’ai envie ! Très envie. Et toi ?

— Je ne sais pas ! Je suis prêt à tout pour toi. Je t’imagine me pénétrant par en bas. Cela me dégoute complètement, mais m’offrir à toi me fait envie. Inversement, te pénétrer me dégoute aussi, mais me sentir en toi, en pleine érection, me tente énormément.

— Tu n’es pas prêt ! Ce n’est pas dégoutant. C’est une idée, un peu normale. Ce sont des zones hyper innervées, c’est très intense. Tu as déjà fait l’amour avec une file ?

— Oui, une fois. Ce n’était pas super…

— C’est comme entre mecs, ça dépend beaucoup du partenaire. Moi, je n’ai jamais été tenté par une gonzesse. Pour le coup, je trouve cela dégoutant. Il parait que les filles mouillent, qu’on rentre facilement. Un cul d’homme, c’est sec et c’est serré. Enfin, sauf s’il a trop servi !

— Arrête de parler comme ça !

— C’est vrai que tu es un petit puceau ! Tu es touchant de naïveté ! Pourtant, si tu savais comme c’est bon ! Moi, j’aime les deux ! C’est incroyable cette chance qu’on les homos de pouvoir alterner les rôles.

— Peut-être…

— Tu es bizarre. Tu sembles craindre les rapports homosexuels, mais tes mains ne quittent pas mon sexe.

— Oh, désolé !

— Non, continue ! J’adore tes petites caresses ! Tu me tiens en érection depuis des heures !

— C’est vrai. Penser à un sexe d’homme me dégoute. Mais le tien est une merveille. Je trouve qu’il est un condensé de toi. J’aime deux choses en toi : ton sexe, ta bouche quand on s’embrasse. Et toi, en entier !

— Ça fait trois choses ! Ou une ! Pas deux…

— Je suis un littéraire, moi. Pas un physicien.

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