Chapitre 2

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14 ans plus tôt, 749ème année de l’ère de La Rose Blanche

Cathy travaillait comme gouvernante depuis quinze ans maintenant. Elle se considérait extrêmement chanceuse car, alors même qu’elle n’avait fait qu’un seul service, elle avait réussi à obtenir le poste le plus convoitée par ses consœurs, et ce grâce à l’immense réseau qu’était parvenu à créer sa famille, années après années. C’était grâce à tous leurs efforts qu’elle se trouvait aujourd’hui dans l’antichambre de la Reine Bérénice. 

Quelques jours auparavant, celle-ci avait donné naissance à une petite princesse dont Cathy devrait s’occuper dès qu’elle serait en âge de marcher. Elle allait la rencontrer aujourd’hui.

Elle attendait depuis plus d’une heure maintenant et le stress de voir la famille royale de si près la faisait battre frénétiquement du pied sur le sol. Lorsque la porte s’ouvrit, une femme aux formes généreuses et aux traits timides s’avança. Cathy reconnu aussitôt l’uniforme terne au col boutonné des nourrices pour avoir souvent travaillé avec elles. 

« Excusez-moi pour le retard Mlle Euphorbe. Le sommeil a mis un peu plus de temps à venir aujourd’hui.

  •  Aucun problème. Puis-je voir la princesse ? »

La nourrice sembla vouloir dire quelque chose. Elle se mordait les lèvres et fuyait le regard de la gouvernante. Elle fit un petit signe de tête, comme résignée, et entra dans la chambre, l’encourageant à la suivre. Il ne lui fallut pas longtemps pour remarquer le petit berceau blanc près d’une des fenêtres. À l’opposé se trouvait un grand lit sur lequel était adossée la Reine au milieu d’une multitude de coussins. En la voyant, elle lui adressa un de ses tendres sourires qui faisaient sa popularité. À bien y regarder, elle paraissait plus faible que sur les photographies et portraits que Cathy voyait dans les journaux. Ses joues étaient creuses et de petites cernes violettes avaient fait leur apparition sous ses yeux. « Les effets de l’accouchement » se dit-elle sans plus y penser. Enfin, elle aperçut dans les bras de la souveraine un petit nourrisson, un petit ange aux cheveux blonds, comme sa mère, qui dormait profondément. Elle était si mignonne, si petite, que Cathy ne put s’empêcher d’échapper un “Oh” d’attendrissement. Elle s’approcha silencieusement d’elles, veillant à ne pas faire le moindre bruit pour ne pas la réveiller.

« Laissez-moi vous présenter Lucille Bérénice Marie Adélaïde d'Armanria. Première princesse d’Armanria, » Chuchota alors la Reine.

Cette vision, elle l’avait vu bien des fois, mais jamais elle n’avait été aussi conquise par un être si adorable. C’était un moment de calme et de sérénité. La Reine qui, malgré sa faiblesse apparente, couvait la petite fille d’un regard tendre et Cathy dont le regard était inexorablement attiré par l’enfant. Pourtant, cet instant ne dura qu’un temps. 

Le silence fut soudainement brisé par des pleurs qui sortirent immédiatement Cathy de ce petit cocon qui s’était formé, l’espace de quelques minutes. Elle crut de prime abord que les pleurs venaient de la princesse, mais celle-ci dormait toujours. Elle se tourna vers le berceau avec un mauvais pressentiment qui se révéla juste. La nourrice accourut vers le berceau pour en sortir un deuxième enfant. Elle le serra contre son cœur et essaya de le calmer, mais rapidement, la princesse se mit également à pleurer.

« Faites-moi taire cette monstruosité ! S’exclama la Reine Bérénice d’une voix d’une froideur surprenante. Il dérange le sommeil de ma petite Lucille ! 

  •  O-Oui votre majesté. » Répondit la nourrice avant de sortir avec précipitation. »

En rentrant chez elle le soir, Cathy s'étala sur son lit, extenuée, ignorant les regards inquiets que son père et son frère s’échangeaient. Son soupir résonna dans toute la pièce. Même après l’avoir vu de ses propres yeux, elle avait du mal à y croire. Il n’y avait pas eu qu’une seule naissance royale, mais deux. Des jumeaux. La Reine avait eu des jumeaux. Une fille et un garçon. Cathy se frotta les tempes, accablée par le lourd poids qu’on venait de lui mettre sur les épaules. 

Elle n’avait rien de particulier, rien de personnel contre les jumeaux. Pourtant, on ne pouvait pas en dire autant des autres...

Dans tout le continent régnait une rumeur, une légende. Personne ne connaissait son origine ni quand elle était apparue, mais elle n’en était pas moins ancrée dans les traditions d’Armanria et des royaumes alentours. On disait que, lors de la naissance de jumeaux, le Malin se glisserait dans la bouche du second et que celui-ci, en grandissait, provoquerait de grands malheurs. Ainsi, dans le royaume de Prigmond, à l’ouest, on abandonnait le second né. À Chitra, au nord, on le gâtait le plus possible, réalisant ses moindres vœux, envies et désirs, pour éviter d’éveiller sa colère. À contrario, à Krin, dans le sud, les seconds nés étaient complètement exclus de la société : ils ne pouvaient ni travailler, ni se marier ou fonder une famille, et les obsèques leurs étaient refusés, leur sort était pire que celui des esclaves. Le traitement différait selon les royaumes, mais de tous, c’était à Armanria qu’on était le plus cruel. On ne leur laissait même pas le bénéfice du doute, ils étaient tués à la naissance, et, alors même que l’infanticide était un crime sévèrement puni, la justice fermait très souvent les yeux. 

Pour Cathy qui adorait les enfants, l’infanticide, même de jumeaux, était un crime atroce et inconcevable. Pourtant, elle n’avait pas toujours pensé ainsi. Petite, elle croyait tout ce que les adultes lui disaient. C'était au fil des années, quand elle avait commencé à forger son propre esprit critique, que cette opinion était née. Et... De toute évidence... Elle n’était pas la seule à la partager. La survie de cet enfant en était la preuve. D’après la nourrice, Tina de son prénom, c’était le roi lui-même qui refusait qu’on porte atteinte à l’enfant, et il avait même ordonné qu’on garde sa naissance secrète. Pour quelle raison avait-il pris cette décision ? Cathy l’ignorait. Tout ce qu’elle savait, c’est que la vie du petit Noël n’allait pas être de tout repos.

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