Chapitre 3

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753ème année de l’ère de La Rose Blanche

La petite Lucille fixait l’immense porte en bois devant elle. Il y a à peine un mois, elle l’avait découverte pendant une partie de cache-cache avec sa gouvernante et quelques domestiques de haut-rang. Tandis qu’elle cherchait une nouvelle cachette, elle s’était aventurée dans un coin du jardin du palais dans lequel elle n’allait jamais. Il y avait peu de passage dans ce coin de château, alors elle s’était dit que c’était l’endroit idéal. Ici, comme tout autour du jardin, les murs étaient hauts et couverts de lierre, à tel point qu’on n’en voyait plus la couleur. C’est en souhaitant s’appuyer contre l’un deux qu’elle avait découvert la porte. Dans un endroit reculé, à l’abri des regards, il y avait un renfoncement, caché derrière le lierre. Lorsqu’elle avait voulu s’adosser au mur, son dos n’avait rencontré que du vide. Malgré la douleur engendrée par sa chute, ses yeux avaient brillé d’excitation. Elle avait trouvé la cachette parfaite. 

Les jours suivants, elle n’arrêta pas de se demander ce qu’il pouvait bien y avoir derrière. Pour que la porte soit aussi bien dissimulée, il devait forcément y avoir quelque chose d’extraordinaire. Son imagination d’enfant faisait le reste. Peut-être était-ce l’entrée du monde fée ? Ou alors le repaire d’une sorcière ? À moins que ce ne soit la fameuse forêt enchantée peuplée de licornes dont Cathy lui avait parlé la veille avant qu’elle ne se couche ? Elle frétillait d’impatience à l’idée de le découvrir. Depuis ce jour, elle s’y rendait fréquemment, pourtant, elle n’avait jamais ouvert la porte. Ou plutôt, elle n’avait jamais réussi à ouvrir la porte. Elle avait beau sauter le plus haut possible, sa petite taille l’empêchait d’atteindre la poignée. Elle n’avait pas demandé aux adultes de l’aider. C’était sa cachette secrète et elle ne voulait surtout pas qu’on la trouve.

Mais aujourd’hui, tout cela prendrait fin ! Chaque jour depuis une semaine, elle cachait quelques cubes jouets dans un buisson non loin de la porte. Cette fois-ci, elle en avait récupéré assez pour construire une petite marche devant la porte. L’installation était bancale mais elle ferait l’affaire. Ainsi, perchée sur sa marche, la princesse sauta, utilisant toute la force de ses petites jambes, et elle réussit finalement à atteindre la poignée, non sans détruire l’installation. La porte s’ouvrit, alors que Lucille y était toujours accrochée. Elle se laissa tomber, mais l’épaisse couche de jupon dont elle était vêtue ne suffirent pas à amortir sa chute. Les larmes commencèrent à lui monter aux yeux mais une voix timide retentit alors derrière elle :

« Tu... Tu vas bien ? Tu ne t’es pas fait mal ? »

En se retournant, elle découvrit son reflet dans un miroir. Enfin c’est ce qu’elle crut au premier abord tant la personne derrière elle lui ressemblait. Un visage d’ange, deux yeux gris teintés d’inquiétude, et des cheveux blonds. Seule la tenue de l’enfant la différenciait d’elle : un simple short à bretelles et une chemise. Ignorant la main qu’il lui tendait, la princesse bondit sur ses deux jambes et s’exclama :

« Ouah !!! On se ressemble comme deux gouttes d’eau ! C’est trop bizarre ! Eh, comment tu t’appelles !? T’as quel âge !? Moi c’est Lucille et j’ai quatre ans ! Tu veux être mon ami !? »

Étonné par cette soudaine réaction, le petit garçon mit un certain temps à réagir.

« Je... Je m’appelle Noël et... Et j’ai aussi quatre ans, répondit-il avec hésitation.

  • Ouah !!! Tout comme moi ! Hé hé c’est quoi cet endroit ? Et qu’est-ce que tu fais ici ? 
  • Euh... C’est... C’est ma maison... J-je vis ici avec m-mon père. »

L’enfant pointa alors la petite cabane en bois derrière lui que Lucille, toute excitée de trouver quelqu’un qui lui ressemble autant, n’avait pas encore remarqué.

  • « C’est vraiment une maison ça ? Comment tu fais pour vivre là-dedans ? C’est minuscule, c’est même plus petit que ma chambre. »

En regardant plus attentivement le jardin, Lucille remarqua que l’endroit en lui-même était plutôt exigu. Un petit banc en fer blanc à moitié rouillé par les intempéries sur lequel était posé un petit arrosoir. De toute évidence, l’enfant devait s’en servir avant son arrivée. Non loin de là, près de l’entrée de la cabane, se trouvait une petite table, elle aussi en fer blanc, et deux chaises. Sans les nombreuses fleurs aux couleurs chatoyantes qui l’agrémentaient, Lucille trouverait presque ce jardin angoissant voir étouffant de par son étroitesse.

« Je... Je suis désolé... répondit Noël après un certain temps, sortant la petite princesse de sa contemplation.

  • Pourquoi tu t’excuses ? Tu as fait une bêtise ? 
  • Non... Mais... 
  • Cathy me dit toujours qu’il ne faut pas s’excuser si on n’a rien fait de mal, rétorqua la fillette en imitant l’air moralisateur de la jeune femme lorsqu’elle la grondait.
  • T-tu connais Cathy ?
  • Oui, c’est ma gouvernante. Pourquoi ? »

Alors que Noël s’apprêtait à lui répondre, la lourde porte de bois s’ouvrit dans un grincement.

« Eh bien, eh bien, qu’avons-nous là ? »

Lucille se retourna pour découvrir un petit vieillard au visage caché sous un vieux chapeau de paille usé par le temps. 

« Qui êtes-vous ? Vous êtes le papa de Noël ?

  • En quelques sortes. Je m’appelle Roland, je suis le jardinier du palais, dit-il en s’abaissant à la hauteur de la petite fille.
  • Quoi ?! Ça veut dire que c’est grâce à vous que le jardin est aussi joli !? Répondit-elle toute excitée.
  • Haha, je suis heureux que mon travail vous plaise Votre Altesse.
  • Dites ! Dites ! Je peux rester ici ? On est en train de faire une partie de cache-cache. Noël peut même jouer avec nous s'il veut. »

Roland, qui était sur le point de rejeter son offre, jeta un regard en direction du petit garçon dont les yeux s’étaient mis à briller d’envie. Il soupira et finit par hocher la tête, incapable de lui rejeter quoique ce soit face à une telle expression. 

Tout à coup, une voix retentit de l’autre côté du mur :

« Princesse ? Où êtes-vous ? Le cache-cache est terminé ! Vous avez gagné !

  • Oh non, je dois déjà partir... gémit la concernée avec une moue boudeuse.
  • Tu... Tu reviendras ? Bredouilla timidement le garçon.
  • Oui, bien sûr ! Je viendrais jouer avec toi dès que j’en aurais le temps !
  • Haha, et bien dans ce cas vous n’aurez qu’à venir me voir et je vous ouvrirais la porte. Mais n’en parlez à personne, d’accord ? Ce sera notre petit secret, dit le vieil homme avec un sourire de connivence.
  • Promis ! Je ne le dirais à personne, pas même à Cathy !
  • Venez quand vous voulez alors, Votre Altesse.
  • C’est vrai ! Génial ! »

Un sourire radieux éclaira le visage de la jeune fille, si lumineux, si doux, si beaux que l’enfant en fut momentanément ébloui. La princesse enlaça le garçonnet de ses petits bras, ramassa à la hâte ses petits cubes et, se retournant une dernière fois, s’exclama :

« À la prochaine ! » Avant de partir sous le regard attendri du vieux Roland.

À peine quelques minutes plus tard, elle retrouva Cathy qui ne manqua pas de la féliciter chaleureusement pour avoir trouvé une aussi bonne cachette. 

Le soir, la bonne humeur de la fillette ne s’était pas dissipée, à tel point qu’elle chantonnait encore tandis que sa gouvernante lui brossait les cheveux avant de la coucher. 

« Qu’est-ce qui vous prend aujourd’hui Princesse ? Vous avez été sur un petit nuage toute la journée.

  • C’est un secret, » murmura Lucille avec un sourire taquin.

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