Chapitre 3 - Contact - Partie 4

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 La nuit avait fait son retour et le transporteur gisait toujours sur le côté, telle une bête mourante. Peut-être est-ce cette analogie qui attira l’animal ? Il semblait flairer quelque chose, une piste laissée par le liquide de vie d’un animal blessé. Il la remontait en douceur et silencieusement afin de mettre toutes les chances de son côté. La faim et l’instinct l’avaient mené là, comme d’autres. Ils s’observaient les un, les autres, se jaugeaient. Le plus fort, le plus gros emporterait la mise. Les autres ne goûteraient que les restes qu’il aurait daigné leur laisser. Les lois de la nature se répétaient dans l’univers, dans des époques et des lieux si distants. Comme attendu, le premier qui se lança était le plus gros. Il arriva vite à hauteur du transporteur. Il fit volte-face, attrapant dans sa gueule le deuxième plus menu. Le troisième attaqua le premier par-derrière. Il n’y avait pas de lâcheté dans ce monde, seulement la faim, la survie. Le premier recula, tentant d’éviter le coup. Il frappa de tout son poids le troisième qui roula sur quelques mètres, accusant sa blessure. Le quatrième, opportuniste, acheva la bête fraîchement blessée et devint le troisième. Le deuxième recula pour se remettre de l’attaque. La blessure était superficielle. Il fonça sans attendre plus longtemps sur le plus gros. Les deux bêtes s’entrechoquant finirent leur course dans le châssis du transporteur qui bougea d’un bon mètre sous la violence du choc.

 Eran, à l’intérieur, se réveilla en sursaut après avoir roulé sur lui-même. Encore hagard, il se demanda ce qu’il se passait. Il comprit vite. Des prédateurs rôdaient à l’extérieur. L’image de la gueule cauchemardesque de l’animal qu’il avait brillamment occis lui revint à l’esprit, augmentant son stress d’un cran. Il regarda sa combinaison, elle portait encore les traces de sangs mêlés. Ils m’ont senti. Je ne suis qu’un animal blessé pour eux. Le transporteur subit un nouveau coup, il se retint de justesse avec son bras valide. Il sentait son cœur battre à tout rompre. Un combat se déroulait à l’extérieur et il en était le trophée. À chaque mouvement de son refuge, les lumières et systèmes vacillaient, encore fragiles. La situation devenait critique. L’engin en lui-même n’était pas une forteresse. Le bruit d’un animal évoluant sur ce qui était devenu le plafond accentua la tension. La joute était terminée. Le plus gros, le plus fort venait réclamer son prix. Les autres plus petits, vaincus, attendaient, couchés, récupérant de leur combat. Les bruits de griffes crissaient sur le métal et les matériaux de revêtements. La bête victorieuse arriva à la porte du transporteur. Elle frappa, gratta. Eran restait figé, la peur emplissait ses muscles de substances le maintenant immobile. Un bruit plus fort le fit sursauter. La gueule de cauchemar s’affichait devant lui, heureusement pour le jeune homme, de l’autre côté du pare-brise du véhicule. L’échange de regards ne dura qu’un instant. Eran se précipita pour tenter de refermer la porte de la soute et la verrouiller. Il savait que ce dernier rempart était illusoire. La taille de l’animal était sans commune mesure avec son combat passé. Il chercha son arme. Elle était restée dans la cabine. Il se rappela les mots de Martin Feelnorn, son décurion. Il n’avait pas, une fois de plus, suivi scrupuleusement les procédures. Mais cette fois, l’erreur pouvait lui coûter la vie. Le souvenir de son compagnon l’amena à prendre la tablette tactique. Son salut était là, entre ses mains. Il s’assit, essayant, autant que possible, de ne plus écouter les terribles coups que donnait la bête sur le transporteur. Il activa les commandes tactiques de son PIM. La tablette noire s’illumina aussitôt, lui affichant de nombreux paramètres. Il défila à tâtons dans les menus. Par chance, Martin avait déjà préparé une procédure d’urgence. Eran retrouvait espoir, les larmes coulaient sur ses joues.

 « Merci, merci Martin », remercia-t-il à haute voix.

 Ses mains tremblaient, la combinaison tentait de stabiliser l’état de son hôte. Eran arriva enfin sur la commande qui assurait son sauvetage. Dehors, l’animal redoublait de violence. Peut-être sentait-il une issue proche ? Ou était-ce l’impatience de ses congénères qui le pressaient de mettre rapidement un terme à son action ? Puis, quelques minutes plus tard, qui avaient semblé durer une éternité, comme toujours dans les moments critiques, le bruit de la fureur métallique vint ramener le silence. Le robot tactique trônait devant les cadavres de ses adversaires. Plus gros, plus fort, une fois de plus, l’ordre naturel avait été respecté.

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