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Kaya

Kaya

Que dit-on ? Comment ? Je n’y suis pas ; vous non plus ? La chose vous échappe ? Tiens ! Montrez donc, voyons cela. J’y suis encore moins. Cela n’est pas uni, cela n’est pas clair, cela vous jette dans l’étonnement. Votre désarroi est immense. Ces grands mots qui ne signifient rien agacent vos nerfs, votre esprit s’échauffe, votre sang se glace. Allons, reprenons-nous, et devisons un peu de la chose. A bien y réfléchir, ne nous y perdons pas. Faisons bref, et faisons simple. La chose est sotte, aberrante, ridicule. Qu’importe, ce n’est rien. Admirons, au contraire, ce galimatias empesé, ce langage affété, ces phrases embrouillées. Quelle éloquence ! Mais enfin ce n’est pas tout : notez, s’il vous plaît, que le sentiment y est. Ces auteurs savent tout de tout, ils ont tout vu, ils connaissent les meilleurs livres et auraient su les faire ! Ils se montrent partout, se font centre de tout, et toujours s’accommodent à leur entourage. Ah, qu'ils sont universels ! Rien ne leur échappe. Ils ont tous les avantages. Là, là, restons calmes. Il ne faut pas se moquer. Oui, du sérieux, voyons, du sérieux, car enfin l’heure, aujourd’hui, n’est plus au rire.
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Défi
Kaya

Amis Sélénites,
Je vous écris de la Terre. C'est une bien malheureuse contrée, en vérité, que la Terre, où partout vont d’étranges créatures ; celles-là mêmes qui, par une inexplicable rage, ont pris congé de la nature habitée de tant d’animaux, de mers, de rivières, de montagnes et de forêts, si bien que, déclarant la guerre aux adversaires de ce massacre, elles ont, au nom d’une divinité nommée Progrès, tout entier dépeuplé leur monde. Je pense à notre astre, si tranquille, jonché de vallons creux et de montagnes quatre fois plus hautes que leur mont Everest, et qui brille toujours d’un éclat sans pareil. Ces petits hommes, qui vivent si peu, n’ont point comme vous et moi de gentillesse d’imagination. Où donc sont passés leurs artistes, leurs savants, philosophes, musiciens et hommes de lettres ? Désormais en proie à l’ennui, ils ne connaissent plus rien des choses de l’amour ; ils sont riches et connectés, ou du moins l'étaient-ils. Chers amis, à moi qui suis de la Lune, voici mon sentiment : nos voisins ont perdu la tête. Incapables de toute entreprise, mais disputant avec opiniâtreté de choses inutiles, les voilà, ô comble de misère ! sans leur nouveau dieu. Les voilà qui, jeunes ou vieux, scandent à longueur de temps ces mots bizarres : Internet down ! Internet down !
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Défi
Kaya

’Kaya’, c’est la promesse du recueillement, le doux son de la pluie qui tombe, l’odeur de terre mouillée qui éclot, et nous transporte à l’orée d’un autre monde.
‘Kaya’, c’est la fuite vers l’ailleurs, le rêve, une élévation de l’âme.
‘Kaya’, c’est la voix calme de Bob Marley qui chante l’apaisement.
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Défi
Kaya

Deux hommes assis sur un banc. Ils sont seuls. Un lampadaire diffuse une lumière jaune et sale.
Lulu : Dédé ! Eh, Dédé !
Dédé ne bouge pas.
Lulu [agacé] : Dédé, mais Dédé ! Bon sang ! Dédé !
Dédé : Quoi ?
Rien. Tu dors?
Dédé : Tu vois bien que non. Et quand bien même dormirais-je…
Lulu : Quoi?
Dédé : Je ne sais pas. Rien.
Lulu : Dédé…
Dédé [esquissant un sourire] : Oui ?
Lulu : Je ne sais pas … rien. [Pause]. Me regarde pas comme ça !
Dédé : Pourquoi ?
Lulu [long soupir] : Pour rien.
[Pause].
Dédé : Ah, bon.
[Il sourit de plus belle.]
Lulu : Assez, voyons ! Assez ! Tu me fais peur !
Dédé : Ah, tiens ! C’est nouveau, ça.
Lulu : Oui.
Dédé : Eh bien ?
Lulu : Eh bien, quoi ?
Dédé : Explique-toi, voyons.
Lulu : Que je m’explique ?
Dédé : Ben oui ! Dis voir.
Lulu : Dis voir, quoi? Explique-toi, à la fin.
Dédé : Eh bien … Attends, je ne me souviens plus.
Lulu le tance du regard.
Longue pause.
Dédé : Ah, ça y est ! Je me souviens.
Lulu : Alors …
Dédé : Attends, attends. Voyons voir. [Pause grave. Il se tâte le nez, puis le menton, d’un air docte.] Oui, ça me revient. Décidemment.
Lulu [d'un ton impérieux] : J’attends. [Bref silence]. Allons, dépêche-toi ! Je n’ai pas que ça à faire, de t’attendre !
Dédé : Ça va, ça va! T’es pressé ? Tu as quelque part où aller, dis ?
Lulu : Non. Tout à l’heure. Rien ne presse. Alors, ça vient?
[Silence].
Dédé : Ah, j’y suis! Alors, pourquoi je te fais peur?
Lulu : J’ai dit ça, moi ?
Dédé : Mais oui, enfin. Tu m'as dit que moi, je te faisais peur.
Lulu : Ah bon ? Quand ça ?
Dédé : Parfaitement ! Et que c'est nouveau.
Lulu [offusqué] : Jamais de la vie !
Dédé : Ne fais pas l’enfant ! A ton âge !
Lulu : A mon âge ? Mais, enfin !
Dédé : Eh bien oui. Tu as vu ton âge, vieille bique !
Lulu : Vieux con.
Dédé : Fossile !
Lulu : Espèce de belître béotien !
Dédé : Et toi, eh, Géronte !
Lulu : Vieux paltoquet antiquaire.
Dédé : Oh !
[Pause].
Lulu : Dédé. [Soupir.] Dédé !
Dédé : Oui. Quoi ?
Lulu : Rien. Dis, Dédé.
Dédé: Quoi donc?
Lulu : Ne t’énerve pas, voyons !
Dédé : Je ne m’énerve pas. Alors, quoi ?
Lulu : Rien.
Dédé : Ah, bon.
[Silence.]
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Défi
Kaya

Il va, le regard vide, sans but, par les rues désertes. Comme une âme vagabonde, il va sans but, indifférent au monde qui ne le voit pas ; il va seul dans la nuit qui lui est plus hostile que le jour ; et les traits figés de son visage, comme inscrits dans la pierre, ne laissent rien transparaître. L’a-t-on jamais vu sourire ? Que pense-t-il, cet homme, quand un passant détourne le regard, gêné, pour fuir ce qu’il ne veut pas voir : la misère, la souffrance, la peur ; quand cette autre qui lui lance un sourire contrit sans même prendre le temps de s’arrêter, s’éloigne à pas pressés ?
Et moi, je le croise hâtivement au petit matin ; je lui lâche à peine une parole, un simple « Bonjour » peut-être, quand je suis d’humeur. Parfois, quand il me demande, la voix brisée, les yeux brillants, le corps écrasé par la fatigue, si j’ai une pièce, moi, gêné, plein de honte, je lui dis, « Ah non, désolé, je n’ai pas plus de monnaie qu’hier ». Il ne dit rien, il baisse les yeux en silence. C’est qu’il n’y croit pas, à ma sympathie, à ma gentillesse.
Il a raison, je m’en fous. Chacun sa merde, on crèvera tous tôt ou tard.
Ainsi va le monde.
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Défi
Kaya

Imaginez un monde sans couleurs ; un monde noyé dans une nuit intempestive. Regardez bien. Peu à peu, des formes se dessinent ; elles longent le bord d’un abîme, se frayent un chemin parmi les ombres sans un mot ; elles ne se touchent jamais, jamais ne se regardent.
Formes évanescentes qui s’ignorent. Imaginez maintenant ces figures flottant dans le clair obscur d’un univers sans fin. Parfois l’une d’elles s’arrête net ; les autres errent sans autre dessein que celui d’errer ; elles vont sans but, imperturbables.
Dans un monde sans couleurs, une lumière se faufile, rebelle, jusqu’au centre de cette spirale qui s’enroule à l’infini. Puis une ombre solitaire se fige, comme lacérée par les lames acerbes et glacées d’un hiver sans fin. Sans un mot, elle cherche ces gouttes d’or qui ont jailli de nulle part.
Immobile, tel un pantin désarticulé, elle lève les yeux vers l'infime percée de lumière. Regargez bien. Les jambes raidies, la voilà porte qui la main au front, le regard perdu dans le vide, puis la retire. C'est aussi soudain qu'inattendu.
Elle reste figée là comme une statue de sel, tandis que par une faible lumière point sur ses lèvres l’esquisse, à peine visible, d’un sourire.
Puis, plus rien.
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