Toi, et seulement toi (Partie Unique)

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L'amour supporte mieux l'absence ou la mort que le doute ou la trahison.
- André Maurois -


Elle avait 19 ans.
Elle était sublime avec ses longs, lisses, cheveux auburn et fins, ses longues jambes élancées et sveltes ainsi que son agréable enveloppe charnelle telle une statue de marbre (si seulement elle pouvait l'être). Son petit nez délicat légèrement retroussé mettait en valeur la forme arrondie de son visage d'ange qui entourait également ses yeux magnifiquement sombres et perçants, ses petites joues si attrayantes, ses formes généreuses et puis... Et puis ses lèvres ! D'une finesse sans pareille, deux courbes longilignes qui habillaient un sourire chaleureux. N'importe qui serait tombé sous son charme ! Vous auriez tout donné pour elle !


Mais ce n’est pas son physique extraordinaire qui sait faire fondre mon cœur, c’est son âme.


Elle est omnipotente, omniprésente.
De sa pupille née la rivière, la mer et l'océan. De ses mains, elle contrôle la pluie et le beau temps. De son être, la nature, les arbres, les plantes apparaissent, envoûtés par sa beauté et sa grandeur. De ses bras, elle crée les hommes, les stupides mortels. Elle est le centre de l'univers, rien de plus beau, rien de plus parfait qu'elle ne subsiste en ce bas monde.
Elle n'était pas comme le commun des mortels. Non, elle était bien plus supérieure que tous les éléments de la nature. Elle semblait être dans une forme d'élévation psychique, comme si elle connaissait tous les secrets et les mystères de la planète.
Elle était magnifique, incroyable, exceptionnelle, et pour la décrire au mieux, il aurait fallu la rencontrer en personne. Je ne peux pas décrire tout ce que l'on ressent lorsqu'elle pose son regard sur vous. C'est comme si elle vous ôtait la vie un instant pour vous rendre ensuite une âme toute chamboulée, déstabilisée. Et puis son regard... Ô quel regard que le sien ! Un regard insoutenable, indescriptible, comme si elle lisait en vous aussi facilement que dans un livre ouvert. Dans son mutisme, on pouvait entendre toute la sagesse qu'elle détenait. Quant à ces paroles, elles étaient toutes mûrement réfléchies. Elle semblait tout savoir, tout connaître.
Elle semblait tellement triste quelques fois. Assise toujours sur le même banc, toute seule. Elle semblait toujours attendre quelque chose. Ou quelqu'un. Oh qu'est-ce que dans ses moments de Spleen, j'aimais effacer sa tristesse, la faire évaporer, la faire supprimer à jamais ! Car oui, j’étais le seul remède pour elle dans ces genres de périodes de dépression (quoiqu’elle puisse elle-même se guérir, sa puissance n’ayant aucunes limites). Son visage pâle, humidifié par ses propres larmes, son corps si puissant d’ordinaire qui semblait si livide, si faible, si fragile, si accessible, et puis sa voix étouffée dans ses larmes, cette espèce d’harmonie funèbre pouvait ravir n'importe quel être humain.


Elle semblait souvent absente, son esprit supérieur était ailleurs. Elle n'écoutait personne réellement mais elle feignait de le faire. Elle ne souriait pas et paraissait toujours être dans de profondes réflexions. Tout semblait inférieur à son niveau d'intelligence. Pour les autres (ceux qui ne comprennent jamais rien), c'était juste une personne étrange, bizarre et qui se faisait toujours discrète lorsque cela l’arrangeait. Ils ne comprenaient rien, cet être supérieur c'était la connaissance, la vie, le monde. J'aimais bien passer mon temps à l'admirer, je ne m'en lassais jamais. Comment pouvait-on être aussi parfaite ? Aussi simple d'apparence et pourtant si complexe d'esprit ? Être aussi parfaite et l'ignorer ?


Cette image de toi, c’est elle que je voulais garder au fond de moi.


Mais tu m’as déçu ! Tu m’as détruit ! Tu as osé trahir ma confiance ! Non non, je ne veux pas te contrarier, tu mérites tout le bonheur possible et inimaginable dans ce bas monde ! Tu mérites que je donne des milliards de fois ma vie pour te sauver de ton pêché (quoiqu’il fut minable, ridicule face à cette grandeur que ton corps et ton âme ne cesse de montrer). Mais explique-moi je t’en prie ! Pourquoi fallait-il que tu aimes quelqu'un autre ? Pourquoi elle et pourquoi pas moi ? Pourquoi as-tu autant souffert lorsque je me suis débarrassée d’elle ? Elle ne t’aimait pas réellement, elle ne l’a d’ailleurs jamais fait, tout le monde était au courant. Elle ne te connaissait pas comme moi je te connais ! Elle ne te méritait pas, tu devais l’écraser et non lui pardonner ces écarts à ton égard ! Pourquoi tu l’as choisie ? Pourquoi elle avait le droit d’être auprès de toi ? Elle ne connaissait pas ton regard quand tu souffres et que tu fais mine d’aller bien, elle ne connaissait pas ta vision pessimiste de la vie, elle ne savait même pas t’encourager, elle ne savait que voir le bout de son nez, et aller plus loin semble impossible pour son cerveau défaillant, elle t’était inférieure, comme tout le reste du monde. Elle ne sait pas que tu baisses les yeux quand tu retiens tes larmes, elle ne sait pas que tu couvres ton sourire lorsque tu ris parce qu’avec ta grande générosité et ta civilité, tu ne veux montrer qu’une image parfaite de toi, une image qui ne dérange pas, qui ne déplaît pas, même si tu ne rentres pas dans ces normes. N’étais-tu pas une déesse en des temps passés ?


Je suis tellement indigne de toi... Je suis stupide mais je ne veux que ton bonheur. Je t'aime, je t'aime énormément, je t'aime tellement, si seulement tu le savais... Et qu'importe si tu es avec un autre, s'il te plaît, essaies de voir et de lire en moi, regarde-moi avec tes yeux inquisiteurs encore une fois pour me punir, me faire regretter mes actes; fais-moi un procès pour avoir daigné poser les yeux sur toi, de ne pas m’être déclaré et d’avoir tué la traîtresse que ta délicieuse bouche qualifie d’amour de sa vie, ressens mon tout amour avec mes bonnes actions et mes travers, considère-le ou bien rejette-le si bon te semble, trouve mes faiblesses, cherches les sincèrement, utilises-les contre moi, joues avec mes sentiments, joue avec mon être entier, détruis moi, mets fin à ma vie.


Pourquoi as-tu fais ça ? Pourquoi tu as mis fin à ta vie pour cette maudite personne qui ne mérite pas ton sacrifice ? Pourquoi ne puis-je pas remonter dans le temps pour me sacrifier pour toi, me jeter à ta place de cette immeuble pour t’en montrer l’effroyable scène de voir un corps humain inerte sur le sol, salement amoché par le choc ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Le rêve a tout en commun avec le cauchemar et la réalité n’existe plus. Pourquoi je ne peux pas me détacher de toi et arrêter de t'aimer ? Pourquoi j'ai aussi mal ? Ce mal est horrible à supporter... Je t'aime, je t'aime mais je ne te mérites pas.. Je t'aime mais il est déjà trop tard.. Je dois effacer mon amour pour toi, me faire à la raison que tu ne reviendras jamais et renoncer à tout avenir heureux avec toi... Et pourtant... Comment arrives-tu à continuer d'être aussi parfaite et sans défaut à mes yeux ? Comment peux-tu briser toutes mes illusions aussi simplement ? Comment peux-tu me rendre fou et heureux en même temps ? Comment peux-tu me faire baisser mon énergie et mon envie de vivre aussi bas tandis que tu te dresses tout en haut dans mon estime ?


Je voulais pas en arriver là mais si je dois mourir je préfère que tu ne le vois pas. Quand je te reverrai, dans l’au-delà, avant de faire le chemin pour aller en enfer et payer pour mes pêchés, je ne veux pas que tu te sentes triste ou désolée envers moi... Je ne le mérite pas... Je suis né, j'ai parlé, j'ai commencé à marcher, j'ai grandi et j'ai vécu ma vie jusqu'ici seulement pour te rencontrer. Et je suis loin d’être triste de quitter la planète Terre si c'est pour toi. Certains diront que je suis fou, que j’aurais pu surmonter tout cela avec le temps, d'autre que j’ai une âme de romantique, que je ne suis jamais satisfait de ma condition. Rien ne m’importe, si ce n’est toi.
Et je t'ai vu dans mes souvenirs. Une dernière fois, souriante, comme si rien ne pouvait t’arriver. Ton sourire avait vraiment le don de me faire sourire. J’ai regardé le vide, heureux au possible de bientôt te revoir.


Et j'ai sauté.

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