CHAPITRE 10

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L’accordéoniste et le violoniste se lancent dans une mélodie larmoyante, à mi-chemin entre “Fais-moi du kimchi chérie” et le “Bambou triste”.

Le général, courbé par le poids conjoint de la tristesse et du tracas, tète sa pipe en produisant des bouffées de fumée odorante aux relents de caramel et de poils grillés. La chirurgienne reprend son brassage d’air, les mains tremblantes. Kim Soon tourne en rond dans la pièce, le menton dans la main et le visage pensif.

  • Que faire, que faire ? réfléchit-il tout haut.
  • Je crois qu’il faut se résoudre à l’idée de mourir, répond le général en se redressant avec dignité. Ce sont les dernières volontés du Commandeur Suprême.
  • Hmmm… Peut-être pourrions-nous faire comme si de rien n’était et nous en aller ? rétorque Kim Soon. Après tout, nous sommes les seuls à avoir connaissance de ces dispositions. Le Commandeur n’est plus. La cendre du feu éteint ne fait plus bouillir la marmite.
  • Ca veut dire quoi ?
  • Eh bien, Ie Commandeur Suprême ne dirige plus le pays et ne peut plus nous condamner à mort, qu’est-ce qui nous oblige encore à lui obéir ? J’ai une femme et deux filles, je ne peux pas me résoudre à les voir mourir ! Moi non plus, je ne veux pas mourir, d’ailleurs. Votre réaction à la lecture du dossier montre que vous ne le souhaitez pas non plus, du reste.

Le général fronce les sourcils et rétorque, offusqué.

  • Comment pouvez-vous proférer de telles inepties ! Certes, j’ai eu un moment d’égarement face à la perspective de mettre fin à mes jours, je l’avoue humblement, mais depuis, j’ai ouvert les yeux. Le Commandeur est formel : il dirige déjà la Nouvelle République Populaire au-delà de la mort ! Si nous ne lui obéissons pas, nous connaîtrons les camps dans le monde d’après, peut-être même pire, qui sait ce qu’il peut imaginer ! Sa colère sera terrible ! Il vaut mieux mourir maintenant et avoir une bonne situation dans la Nouvelle République Populaire, plutôt que mourir plus tard et vivre une réincarnation de souffrance et d’humiliation.
  • Pour autant que cette Nouvelle République Populaire existe ! Rien ne le prouve.
  • Rien ne prouve le contraire ! Notre réincarnation est une certitude. Il est logique que dans cette nouvelle vie, le Commandeur Suprême soit à nouveau le Guide Spirituel ! C’est évident.
  • Je doute, je doute, répond Kim Soon.
  • Le doute gâte la foi, comme le vinaigre gâte le lait !
  • Faites ce que vous voulez, mais moi, je m’en vais, tranche Kim Soon en se dirigeant vers la porte ouverte d’un pas déterminé.

Le général dégaine son arme et la pointe vers le dos de Kim Soon.

  • Plus un geste ! Vous ne pouvez pas partir. Je suis le dépositaire des dernières volontés du Commandeur Suprême, je dois veiller à les appliquer ! Je vais vous tuer d’abord et me tuer ensuite, accablé par le chagrin ! hurle-t-il en brandissant son pistolet d’une main tremblante.

Kim Soon se retourne, incline la tête respectueusement, puis répond :

  • Je vous propose humblement de faire l’inverse.

Une lueur d’incompréhension voile le regard du général. Kim Soon profite de cet instant de flottement pour franchir le pas de la porte, lorsqu’il se trouve nez à nez avec deux hommes cagoulés vêtus d’une combinaison noire moulante. L’un d’eux se rue sur lui sans prévenir. Sans qu’il ait eu le temps de dire : “Oh, mais que se passe-t-il ? Oh, mais qu’est-ce qui se passe ?”, Kim Soon prend un coup sur le crâne et perd connaissance.

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