107. Idées noires

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C’est le poing de leur père sur la porte qui me fait sursauter.

— Vous avez entendu ?

— Ouais ! grognent en chœur mes amants.

Emergeant d’un sommeil sans rêve, la bouche aussi desséchée que mon intimité, je soupire :

— Dites-lui qu’on reste une journée ici pour se reposer.

L’un dépose un baiser sur mes fesses avant de se lever.

— Notre père est impatient de retrouver Saint-Vaast. Il n’aime pas laisser la ville plus de deux jours sans sa surveillance.

Son frère embrasse mon autre fesse.

— Si ça ne tenait qu’à nous, on resterait ici.

Me retrouvant seule sur le lit, je me tourne sur le côté et me lève des draps souillés.

— Il attendra que j’ai fait une toilette.

J’enfile mon pantalon, ma chemise, saisis mes affaires de toilette et souris à mes hommes avant de m’éclipser vers l’espace des bains.

J’y enferme seule, tranquille, les voix des clients me parviennent au travers du couloir. Mes vêtements roulés en boule contre le mur, je me plonge dans l’eau fraîche. Mes muscles tremblent quelques minutes, éveillent mon corps, mais pas mon esprit. Mon cerveau reprend le fil de la soirée à rebours. Elle est la relation sexuelle la plus mémorable, la plus longue, et la plus orgasmique jusqu’à ce jour. Je souris à moi-même, portée par l’allégresse. Le bonheur tient parfois à quelques instants éphémères. Je fais ma toilette en pensant à Alexandre, et me rends compte que mes sentiments pour lui ont été effacés. Ce n’est pas seulement une partie de jambes en l’air qui l’a chassé de mon esprit, mais surtout le fait que les jumeaux assument leur attirance pour moi. Jusqu’ici, c’était leur distance qui m’agaçait. Le fait qu’ils aient franchi ce pas est aussi un témoin fort de leurs sentiments. Ce sont des garçons qui écoutent leur cœur avant leur pénis. C’est leur charme, et aussi une petite pression. Je ne voudrais pas les décevoir.

Je m’habille, me coiffe, et retrouve la taverne. Leurs yeux marqués de fatigue me suivent avec cet éclat de malice qui leur est propre. Mon cœur se soulève, un sourire m’échappe. Je me sens tomber amoureuse d’eux. Ils ne sont bien plus qu’un moyen de combler un vide affectif. Aucun garçon, même avec un frère jumeau ne pourrait les remplacer.

Je m’assois entre eux, dépose une bise sur chacune de leurs joues pour ne pas choquer les gens présents. Leur père m’ordonne :

— Dépêche-toi de manger.

Comme chaque jour, sitôt les montures sellées, nous avons pris le chemin de l’aventure. J’ai somnolé sur Marmiton toute la journée, les jumeaux sont restés silencieux toute l’après-midi. Ce sont les voix de Jésus et de Léonie qui ont le plus bercé le trajet.

La route est devenue de plus en plus sinueuse. Même si les neiges sont restées un paysage lointain sur les flancs de la montagne, le fond de l’air s’est fait de plus en plus frais au fur et à mesure que nous gagnons en altitude, me faisant apprécier le blouson et les chaps.

Puy Indompté est une ville bâtie sur un plateau, plus petite en surface que la ville des mineurs, mais plus densément habitée. Les rues plus anciennes et plus étroites sont composées de maisons faisant jusqu’à cinq étages. La pierre atteste de l’ancienneté de la ville. Elle n’a que ses artères de commun avec le souvenir qu’en a Léonie. La ville a changé, et c’est à nouveau le shérif, en chef incontesté qui a choisi une auberge discrète, près de la sortie de la ville.

Alors que je baille sur ma chaise, l’estomac plein, il dit à ses fils :

— Il va falloir dormir, cette nuit. Il faut que vous soyez éveillés tout le temps que nous serons à l’intérieur du couvent.

— Ils ne viennent pas avec nous ? m’étonné-je.

— Non. Même si nous avons tué la créature, l’inquisitrice est toujours sur nos traces. Lorsque nous arriverons à vue du couvent, il se placeront à un endroit idéal duquel ils pourront surveiller la vallée et l’arrivée potentiels de nos ennemis. Et, si c’est une petite escouade, ils pourront peut-être l’abattre.

— Et si c’est une armée ? demande Léonie.

— Ils resteront cachés, mais pourront intervenir de l’extérieur.

— Qui vient ? questionné-je.

— Moi, j’accompagne Fanny, prévient Maman.

— Vous avez toutes les trois des bures de nonnes. J’ai une tenue d’évêque et nous avons de quoi déguiser l’Estropié en garçon d’église. On ne va pas le laisser avec Daniel et Urbain. S’il faut décamper vite, il les ralentira.

— Et Cadeau ?

— Le évêques ont parfois des animaux de compagnie, dit Léonie.

— Et il peut nous être utile s’il faut se battre, ajoute le shérif.

Je serre les dents. Et si ça se passait mal, et si c’était la dernière fois que je voyais les jumeaux ?

— Je vais me coucher, je suis fatiguée, annoncé-je.

— Prépare ta tenue de nonne. Nous partons avant le lever du jour pour ne pas intriguer.

J’opine du menton, et tire les garçons par les mains. Ils m’emboîtent le pas jusqu’à notre chambre. Je leur dis :

— Je propose que nous dormions.

— Sage proposition, admet Daniel.

Je me défais de ma robe, abaisse ma culotte. Urbain confie :

— Je vais avoir du mal à trouver le sommeil.

— C’est notre dernière nuit ensemble, faut quand même qu’elle soit douce, dis-je.

Je m’allonge sous les draps. Les garçons se déshabillent et m’y rejoignent Je reste sur le dos et les laisse caresser mon ventre. Je suis vraiment trop fatiguée pour des cascades, n’en déplaise à leurs verges tendues. L’idée d’être séparée d’eux par la mort me terrifie, tout autant l’idée de ne plus les revoir que l’idée qu’ils me pleurent. Urbain devine :

— Nerveuse.

— Peut-être qu’on ne se reverra pas. Si vous mourrez…

— Que nous soyons séparés ou non, le risque reste le même. C’est toi qui va dans le monde des opaques.

Je regarde le plafond. Leurs caresses sont si agréables, et pourtant mes pensées restent sombres, accrues de noir par la fatigue.

— J’aurais aimé que vous veinez avec moi, que vous obteniez la jeunesse éternelle aussi. Sinon, vous allez vieillir et pas moi.

— Si tu en sors sans mal, alors, tu nous y emmèneras une autre fois, dit Daniel. Même si ce n’est pas tout de suite.

Je me tourne vers lui, il fait déjà trop chaud. Je ferme les yeux, le laisse m’enlacer. Mais je ne m’endors pas tout de suite.


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