5 - Mia

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Je me dépêche de retrouver mon dominant. Mon cœur bat à tout rompre. Je ne sais pas ce qu'il va se passer. J'ai peur. Je veux tout faire pour m'échapper de ce qu'il pourrait m'arriver. Pourtant je marche vers cet homme masqué, ayant une certaine fascination pour les surprises qu'il peut me réserver. J'ai l'impression d'être Icare s'approchant trop près du soleil.

Je dépasse la porte et aperçois Nilson. Il m'attend. Il semble impatient de partir. Il tient dans ses mains ma veste et mon sac. À sa hauteur il ne dit rien, il me fait signe d'enfiler mes affaires et me tend mon sac.

Mon dominant glisse sa main dans le creux de mes reins et me pousse vers la sortie. Malgré moi je frissonne. Pendant le trajet jusqu'à sa Range Rover noire c'est le calme absolu. Il m'ouvre la portière et boucle ma ceinture - comme si j'étais une enfant - puis il contourne la voiture et s'installe sur le siège conducteur. Avant de s'attacher, il enlève son masque et le pose sur la banquette arrière. Il ne m'adresse aucun regard ni aucune parole.

À mon tour je me concentre sur le paysage afin d'éviter de fixer cet homme à côté de moi. Il s'est engagé sur la route. Le silence se fait lourd. L'ambiance est pesante. D'une voix tremblante, je dis :

- Je vous demande pardon, monsieur.

Sur le coup il ne répond pas. Je me recroqueville sur moi-même. La voiture ralentie, je sens qu'il me regarde.

- Comment te sens-tu ? Je n'ai pas l'habitude de laisser seules mes soumises après une punition. Et tu ne semblais pas dans ton assiette. T'ai-je fait du mal ?

Il se préoccupe de moi. Je l'ai énervé, mais il veut savoir comment je vais. Je ne sais pas trop quoi lui répondre. Il me déroute. Je triture ma robe, je ne réponds pas. Il m'est totalement impossible de lui dire tout ce dont j'ai été victime. Je l'apprécie. Il y a tellement longtemps que je n'ai pas été attirée par un homme. Je n'ai pas envie de le voir disparaitre.

- Mia, j'ai besoin de savoir comment tu te sens. Dis-moi ce qui te passe par la tête. Comment est-ce que tu t'es sentie après ta punition ? Pourquoi t'es-tu effondrée en sanglots sur le lit ? J'ai besoin de savoir pour ne pas refaire la même erreur.

- J'étais bien. J'ai juste eu besoin d'un temps pour me ressaisir, c'est tout. C'était trop d'émotions pour une première fois.

Un ange passe. Il ne dit rien et je reste mutine. Je pose ma tête contre la vitre froide et ferme les yeux. Je somnole un peu, jusqu'à ce que je sente la voiture s'arreter. J'ouvre les yeux et me retrouve devant mon immeuble. Je me tourne vers Nilson en essayant de comprendre comment il a eu mon adresse :

- J'ai demandé à Marisa, répond-t-il à ma question silencieuse.

Il se retourne vers moi et me sonde du regard :

- J'ai lu qu'après ta période d'initiation tu voudrais trouver un dominant pour une relation exclusive... Et il s'avère que je cherche une soumise. Alors je te propose tout simplement d'y réfléchir et de me donner une réponse à notre dernière séance de découverte.

Je le regarde ébahie. Il me pose cette question de but en blanc. Il me veut comme disciple. Cette conversation n'a ni queue ni tête. Après cette séance il me veut sous ses commandes. Je n'y crois pas. Je ne sais réellement pas ce que je vais répondre ou ce que je dois répondre. Ça m'excite beaucoup d'être avec lui, d'être sa soumise mais je ne suis pas assez expérimentée pour savoir si ce sentiment est dû à lui en particulier ou au fait de me sentir au service d'un homme.

Je ne réponds pas et il ne me presse pas. Il semble lui aussi réfléchir de son côté. Je me permets de le contempler. Je n'en ai pas eu assez l'occasion au club. Tandis qu'il observe le paysage, j'étudie son profil, il est beau et il le sait. À la façon dont est taillée sa barbe, je peux déduire qu'il soigne de près son image. Je descends les yeux sur son cou, je remarque une veine saillante qui bat à tout rompre. Il est donc lui aussi nerveux mais il ne veut pas le montrer. Je baisse encore mes yeux sur son corps, il a enlevé sa veste de costume et il n'est plus qu'en chemise. Ses muscles puissants se devinent facilement sous cette chemise qui lui colle littéralement à la peau.

- J'autorise mes soumises à me regarder, par contre elles n'ont le droit de regarder personne d'autre que moi. Ce n'est pas pour autant que tu dois me bouffer des yeux, dit-il en souriant.

Je pique du fard à cette remarque. Prise la main dans le sac.

Il me fait face. Il ne dit rien, un sourire en coin. Il se contente de glisser sa main sous mon menton et de me forcer à le regarder. J'accroche mon regard au sien. Mon dieu, que ses yeux sont magnifiques ! Dans son regard noir, je peux voir une flamme de désir qui pétille. En réalité, tout est sublime chez lui, même sous la faible lumière des néons. Il glisse une main derrière ma nuque et rapproche rapidement nos lèvres. Il m'embrasse férocement comme plus tôt dans la soirée. J'ai l'impression d'être à lui, il me guide dans ce baiser. Il m'oblige à le suivre. Je suis perdue ; je dois le suivre. Je dois lui faire confiance.

- Bonne nuit, Mia. Je t'appellerai, murmure-t-il après m'avoir libérée.

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Je pense que je suis hantée.


On me suit, on m'écoute, on s'adapte à ce que je fais et ce que je dis sans que je le perçoive.
Des images apparaissent au grè de mes discussions, je sens une présence lourde, oppressante presque étouffante.
Je sais que d'autres la ressentent aussi.
Si j'ose en parler à voix haute, serais-je prise au sérieux ?
N'est-il pas dangereux de sentir une entité invisible autour de soi, une oreille à l'écoute ou des yeux qui nous espionnent ?

Je pense que je suis hantée et je pense que d'autres le sont aussi.
Que faire ?
Se renfermer sur soi ?
Oublier les autres et vivre recluse ?
M'adapter à cette présence ?

Pour le moment, cet hôte ne me veut aucun mal, je parviens à garder la tête froide… Je prête parfois attention à cette entité pour ne pas la froisser et je réussis pour le moment à me protéger de son influence. Je ne veux pas perdre la face.

Est-ce que cette trace c'est ma vie ?
Non, ce n'est pas possible...
Je ne peux pas être suivie et poursuivie par moi-même ?
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Je pense que je suis hantée, je n'ose même pas coucher toutes mes inquiétudes ici, sur ce clavier de peur qu'on les voie...

Je pense que je suis hantée, car on garde une trace de moi partout où je vais.
Je pense que je suis hantée, car on garde une trace de mes recherches internet.
Je pense que je suis hantée, car une simple discussion amène à  une recommandation concernant ce sujet.
Je pense que je suis hantée, car on garde une trace de mes comptes pour le reste de ma vie.
Quel nom donner à cette entité qui ne me lâche pas, ce « ON » perceptible et pourtant indéfinissable ?
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Je ne suis jamais vraiment seule. Je suis connectée. Nous sommes tous connectés. Ne sommes-nous tous pas hantés ?

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Ce jour-là, la chaleur nous avait accablé dans ce petit appartement de Saint-Malo où nous vivions avec Ange, mon petit frère insupportable et mes parents, bien trop gentils avec lui.
Ce n'était pas tous les jours rose à la maison. J'avais treize ans, ce qui en soit, expliquait mon entente plus que douteuse avec ce petit morveux qui fêtait à ce moment-là même ses huit ans. La tête dans les nuages, Ange réfléchissait à son vœu avant de souffler les bougies.
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Tandis que l'affreux soufflait ses bougies, mes parents partageaient un regard bien rond, se demandant déjà comment ils pourraient faire pour combler ses désirs.
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Un soir papa, nous fit l'honneur de nous sortir la plus ringarde des expressions, extrêmement fier de sa proposition.
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- Je sais mon fils, on va aller au Puy du Fou. Tu verras des gladiateurs.
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- Qu'est-ce que tu fais encore Morveux ?
Ange sursautait, et la tête qu'il m'adressait me fit exploser de rire, le vexant au plus haut point.
- Qu'est-ce que tu as à rire, Pauvre pomme ?
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- Tu lui expliqueras ce que tu faisais à fouiner dans ma valise comme ça. Allez dégage de là, mon pied me démange. Un de ces quatre, je vais t'envoyer direct sur l' Etoile noire, comme ça j'aurais la paix.
Les yeux bleus d'Ange brillaient intensément, relevant sans aucun doute le défi, comme d'accoutumer.
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- Je passerais par la cheminée...
Puis nous nous mettions à rire de bon cœur, avant que je ne le vire de ma chambre. Même s'il m'était insupportable, on plaisantait pas mal et je l'aimais. Comme par magie, tous nos bagages avaient tenus dans le minuscule coffre, et nous prenions gaiement la route, Ange assit à mes côtés à l'arrière.
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