5 - Mia

4 minutes de lecture

Je me dépêche de retrouver mon dominant. Mon cœur bat à tout rompre. Je ne sais pas ce qu'il va se passer. J'ai peur. Je veux tout faire pour m'échapper de ce qu'il pourrait m'arriver. Pourtant je marche vers cet homme masqué, ayant une certaine fascination pour les surprises qu'il peut me réserver. J'ai l'impression d'être Icare s'approchant trop près du soleil.

Je dépasse la porte et aperçois Nilson. Il m'attend. Il semble impatient de partir. Il tient dans ses mains ma veste et mon sac. À sa hauteur il ne dit rien, il me fait signe d'enfiler mes affaires et me tend mon sac.

Mon dominant glisse sa main dans le creux de mes reins et me pousse vers la sortie. Malgré moi je frissonne. Pendant le trajet jusqu'à sa Range Rover noire c'est le calme absolu. Il m'ouvre la portière et boucle ma ceinture - comme si j'étais une enfant - puis il contourne la voiture et s'installe sur le siège conducteur. Avant de s'attacher, il enlève son masque et le pose sur la banquette arrière. Il ne m'adresse aucun regard ni aucune parole.

À mon tour je me concentre sur le paysage afin d'éviter de fixer cet homme à côté de moi. Il s'est engagé sur la route. Le silence se fait lourd. L'ambiance est pesante. D'une voix tremblante, je dis :

- Je vous demande pardon, monsieur.

Sur le coup il ne répond pas. Je me recroqueville sur moi-même. La voiture ralentie, je sens qu'il me regarde.

- Comment te sens-tu ? Je n'ai pas l'habitude de laisser seules mes soumises après une punition. Et tu ne semblais pas dans ton assiette. T'ai-je fait du mal ?

Il se préoccupe de moi. Je l'ai énervé, mais il veut savoir comment je vais. Je ne sais pas trop quoi lui répondre. Il me déroute. Je triture ma robe, je ne réponds pas. Il m'est totalement impossible de lui dire tout ce dont j'ai été victime. Je l'apprécie. Il y a tellement longtemps que je n'ai pas été attirée par un homme. Je n'ai pas envie de le voir disparaitre.

- Mia, j'ai besoin de savoir comment tu te sens. Dis-moi ce qui te passe par la tête. Comment est-ce que tu t'es sentie après ta punition ? Pourquoi t'es-tu effondrée en sanglots sur le lit ? J'ai besoin de savoir pour ne pas refaire la même erreur.

- J'étais bien. J'ai juste eu besoin d'un temps pour me ressaisir, c'est tout. C'était trop d'émotions pour une première fois.

Un ange passe. Il ne dit rien et je reste mutine. Je pose ma tête contre la vitre froide et ferme les yeux. Je somnole un peu, jusqu'à ce que je sente la voiture s'arreter. J'ouvre les yeux et me retrouve devant mon immeuble. Je me tourne vers Nilson en essayant de comprendre comment il a eu mon adresse :

- J'ai demandé à Marisa, répond-t-il à ma question silencieuse.

Il se retourne vers moi et me sonde du regard :

- J'ai lu qu'après ta période d'initiation tu voudrais trouver un dominant pour une relation exclusive... Et il s'avère que je cherche une soumise. Alors je te propose tout simplement d'y réfléchir et de me donner une réponse à notre dernière séance de découverte.

Je le regarde ébahie. Il me pose cette question de but en blanc. Il me veut comme disciple. Cette conversation n'a ni queue ni tête. Après cette séance il me veut sous ses commandes. Je n'y crois pas. Je ne sais réellement pas ce que je vais répondre ou ce que je dois répondre. Ça m'excite beaucoup d'être avec lui, d'être sa soumise mais je ne suis pas assez expérimentée pour savoir si ce sentiment est dû à lui en particulier ou au fait de me sentir au service d'un homme.

Je ne réponds pas et il ne me presse pas. Il semble lui aussi réfléchir de son côté. Je me permets de le contempler. Je n'en ai pas eu assez l'occasion au club. Tandis qu'il observe le paysage, j'étudie son profil, il est beau et il le sait. À la façon dont est taillée sa barbe, je peux déduire qu'il soigne de près son image. Je descends les yeux sur son cou, je remarque une veine saillante qui bat à tout rompre. Il est donc lui aussi nerveux mais il ne veut pas le montrer. Je baisse encore mes yeux sur son corps, il a enlevé sa veste de costume et il n'est plus qu'en chemise. Ses muscles puissants se devinent facilement sous cette chemise qui lui colle littéralement à la peau.

- J'autorise mes soumises à me regarder, par contre elles n'ont le droit de regarder personne d'autre que moi. Ce n'est pas pour autant que tu dois me bouffer des yeux, dit-il en souriant.

Je pique du fard à cette remarque. Prise la main dans le sac.

Il me fait face. Il ne dit rien, un sourire en coin. Il se contente de glisser sa main sous mon menton et de me forcer à le regarder. J'accroche mon regard au sien. Mon dieu, que ses yeux sont magnifiques ! Dans son regard noir, je peux voir une flamme de désir qui pétille. En réalité, tout est sublime chez lui, même sous la faible lumière des néons. Il glisse une main derrière ma nuque et rapproche rapidement nos lèvres. Il m'embrasse férocement comme plus tôt dans la soirée. J'ai l'impression d'être à lui, il me guide dans ce baiser. Il m'oblige à le suivre. Je suis perdue ; je dois le suivre. Je dois lui faire confiance.

- Bonne nuit, Mia. Je t'appellerai, murmure-t-il après m'avoir libérée.

Annotations

Recommandations

Défi
Philo Sofia
Souvent la grandeur née d'une décadence et la décadence renaît dans la grandeur. Ainsi la vie nous offre ses expériences diverses, de difficultés pour monter en compétence, d'abondance pour se rendre compte de son importance. Nous avons tendance à ne regarder que l'aspect mesurable des événements, sans considérer le fait que nous ne partons pas tous à même distance. Si celles-ci se côtoient d'aussi près, personne n'est vraiment loin de l'autre. Si nous assistons à la chute d'un semblable, dans l'inconscient, sauver quelqu'un d'autre serait potentiellement se donner des chances.
1
2
4
6
Défi
Mille Milles
En réponse au défi Scrabble 2.
4
7
7
4
Rinri11

 
Aux premières lueurs du jour, les clapotis de la source jaillissante, le chant du merle joueur et le pic métronome appellent la nymphe endormie de leur douce musique. Sur son lit de mousse odorante, elle s’étire paresseusement, membre à membre dans la fraicheur matinale. L’invitation de la forêt à glaner un déjeuner la rend enjouée, la tonnelle rabattue au-dessus de l’entrée de sa caverne est une promesse de récoltes fructueuses de baies succulentes. Le soleil timide inonde lentement la clairière de ses rayons.

Les extraits de saponaires parfumés aux fleurs de citronnier pour onguent de toilette, les pas de la nymphe sont légers sur le sentier qui la mène vers la suite de cascades en espaliers cachée au creux d’une infractuosité ; Un lagon translucide et des rochers moussus comme promontoire, elle se regarde dans le miroir de l’eau limpide, sa chevelure est nattée sur sa nuque ; Un saut de l’ange délicat fend l’eau d’un trait. Sa blondeur et sa musculature saillante se dessinent sous les reflets scintillants. Ce n’est pas une créature commune, cette nymphe aux traits délicats est faite masculine au royaume des dieux.

Empreinte d’une sérénité apaisante, clairvoyante et nourrie de bienveillance, elle est un « sage » vivant seule dans son antre de feuillages, respectée et crainte par ses semblables, marginalisée par sa différence, elle s’accommode parfaitement de la situation. Créer ou agencer des beautés offertes par la nature, la sublimer au quotidien patient de ses journées, s’enorgueillir seule de son aptitude et de ses prouesses proches de la perfection, la ravit, simplement.

Des centaures en troupeau s’ébrouent gaiment plus loin, en contrebas ; Braillards et triviaux, ils se livrent à des joutes spirituelles autant que physiques dans les remous des rapides. Leur puissance légendaire les entraine périodiquement à l’affrontement de leurs égos. Fiers et présomptueux, ils se préparent à la parade. La saison printanière s’ouvre et l’ivresse légère qu’offre la dégustation des bourgeons frais est savourée comme une friandise. Les galopades libres et sauvages les emportent par les plaines et les forêts en quête de sensations pures. Chasseurs valeureux, excessifs et indomptables, ces hommes-équidés sont composés de deux moitiés qui forment un tout terriblement animal, affolants autant qu’ils rebutent par leur franchise brute et leur masculinité portée en étendard.

Il est pourtant ici aussi des curiosités, des équidés au corps de femme naissent parfois au milieu d’une troupe. Indépendantes, altières et racées, ces athlètes chasseresses des monts et prairies manient l’arc et la flèche avec une adresse inégalée. Pleinement conscientes de leur force de caractère, elles possèdent une autorité naturelle et un aplomb tel qu’elles ne se distinguent plus des mâles que par leurs attributs. Les plus mesurées ou assagies sont toujours des guerrières redoutées mais aussi des âmes en quête d’absolu spirituel, mues par des idéaux transcendants, fondamentalement généreux. Fines observatrices de la nature, ce sont des chamanes qui perçoivent l’intrinsèque où d’autres s’arrêtent au superficiel.

Un centaure-femme à la robe baie s’aventure le long de cette rivière loin de tout clan. Le visage au vent, elle respire l’air foisonnant de parfums variés dont elle distingue chaque effluve, l’immense forêt est son jardin, mais une odeur d’agrume inconnue jusqu’alors la fait frémir de surprise et la guide jusqu’à la source cachée. Elle plonge dans l’eau qui recouvre son corps de myriades de bulles. Sa crinière ondulant dans les flots, elle boit à ses mains l’ondée fraiche.

Une apparition en contrebas, la nymphe nage jusqu’ au bord de la retenue d’eau supérieure, le visage à peine visible et s’émeut immédiatement à la vision de ce spectacle inattendu. Devant cette image féminine si pure, des cheveux sombres sur un teint diaphane, elle sourit. Les courbes de son corps voluptueux, son impudeur féminine délicatement rosée sont des caresses pour les yeux. Est-elle nymphe ? Il ne la connait pas.

La femme-centaure se sent subitement mal à l’aise, relevant la tête, son regard croise celui de la nymphe, son instinct animal la fait bondir hors de l’eau en un éclair pour se dérober à la vue de cette créature non identifiée. Le cœur bondissant dans sa poitrine, la femme-centaure cache son sein entre ses bras croisés.

La nymphe demeure stupéfaite, un centaure femelle ? Il n’en a jamais croisé jusqu’à présent. Les yeux au ciel, flottant à la surface de l’eau, la perplexité l’envahit alors que l’image envoutante de ce demi corps féminin caché par les flots ne quitte plus sa mémoire.

La femme centaure piétine sans but perdue dans ses pensées, ce qui est inhabituel. Elle ne visualise plus vraiment l’apparition de la cascade, trop fugace mais si intrigante. Son esprit curieux la conduit à rebrousser chemin dans l’espoir de croiser à nouveau la créature. Pour la première fois, elle prenait conscience de son image extérieure, sa peau de léopard, son carquois de bois dans son dos et son sac emplis d’herbes médicinales, sa stature… l’effrayerait elle ?

Elle se sent lourdaude et rustre, l’apparition éthérée semblait si fine en comparaison… Mais pourquoi s’attarder sur des détails insignifiants de l’apparence ? Evacuer ces pensées, elle secoue sa crinière trop fort, son sabot glisse subitement et la chute immédiate est suffisamment brutale pour lui occasionner la foulure d’une patte et l’empêcher de remonter à la force des autres du fond de cette ravine inconnue.

 La nymphe de son côté décide de se mettre en quête de cet être singulier entraperçu. Elle mobilise ses sens pour être guidée sur ses pas, quelle étrangeté ! elle s’aventurait peu de son territoire mais cette fois il fallait faire exception.  Arrêtée brusquement par le bruit de la chute, elle comprend vite. En avançant prudemment elle se penche au-dessus de la ravine. Quelle chance, le sort lui offre tout loisir d’observer ce quadrupède surprenant, en parcourant la crête de la cavité. Quelle délicatesse dans les traits de son visage, le rose de ses joues et ses lèvres fraises sauvages. Son corps animal taillé pour la course, ses sabots luisants, ses mains fines, ses épaules protégées par la peau de léopard signe des érudits, elle doit être sorcière ou fée.

Le centaure l’interpelle plusieurs fois maladroitement, mais la créature semble préoccupée, c’est une Hespéride mâle ! Elle avait entendu des légendes, mais cette incarnation demeure presque irréelle… Elle crie encore à l’aide, impuissante pour la première fois, contrainte d’imposer un regard, de quémander une main tendue, implorant presque jusqu’à ce que leurs regards se croisent encore et se fixent dans un seul axe.

La nymphe est perplexe, les quatre pattes sont un frein, il faudra escalader les roches abruptes, pas d’arbres solides aux alentours, nulles cordes suffisamment longues, si seulement elle était bipède… deux jambes. C’est cela… Il sent confusément qu’il faudrait recourir à la magie, mais quel sort ? une idée lui vient en tête aussitôt chassée, trop dangereuse, jamais pratiquée. Mais la créature lui inspire une tendre inclinaison.

—Je vais mourir si vous ne m’aidez pas, je sais que je suis trop lourde pour vous, il faut quérir de l’aide au plus vite.

—Il n’y a personne aux alentours, ni mes semblables, ni les vôtres, vous ne pourrez pas grimper les accotements même avec une aide extérieure.

—Allez-vous me regarder souffrir pour votre plaisir ? N’avez-vous pas de cœur ? vous êtes une créature de la forêt comme je le suis, cela ne doit pas vous laisser indifférent ?

—Vous portez le signe d’un érudit, vous maitrisez certainement la magie, je la connais aussi. Seule une formule puissante peut vous aider. Mais je ne puis en prendre la responsabilité sans votre accord.
2
3
20
5

Vous aimez lire UneHistoiree ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0