1.9 - La disparition

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Le vaisseau d'Adam & Eve, 10 ans plus tard

  • Tu vas bientôt les voir, dit Adam patiemment. Ils vont s'allumer à l'unisson et illuminer la salle de contrôle. Mais en vérité ça serait difficile pour toi de même les remarquer.
  • Papa ? Est-ce qu'on peut avoir un compte à rebours ? demanda Jérémy, avec ce soupir et ses yeux implorant qui ne manquaient jamais de faire fondre sa mère, mais pas son père.
  • Je ne pense pas que ça soit aussi simple que ça. Mais tu pourras toujours essayer de demander à Patricia.
  • Patricia ! Patricia ! se pressa Jérémy. Peux-tu calculer le moment exact où les phares s'allumeront en même temps ?
  • Eh bien, ça demande une extrême précision, démarra Patricia, la voix du vaisseau. Un quart de seconde et un milliard de fois plus petit qu'une décennie, vous savez. Donc avec les années leurs horloges internes ont pu être désynchronisées un tout petit peu. Et dans ce cas ils n'apparaîtraient même pas dans la même seconde. Mais je les ai observé de nombreuses fois. Je peux anticiper les écarts et donc les compenser.
  • Mais ça serait tricher, nota Jérémy.
  • Ça serait tricher effectivement, admit Adam. Mais ça ne causera pas de tort et ça sera magnifique.
  • Et de toute manière, rajouta Patricia, vous ne sauriez même pas que c'est déjà arrivé si je ne vous disais pas maintenant que le premier phare a déjà commencé à émettre pendant que nous parlions.
  • Arrête ! Tu ruines tout, se plaint Jérémy.
  • D'accord ! D'accord... Je vais vous donner un compte à rebours, et sans corrections des décalages, mais ça comme, ça commence tout de suite... 17... 16... 15...

L'enfant écarquilla les yeux avec expectative, observant tout autour la pièce qui plongeait dans l'obscurité. Il essaya de se rappeler où se trouvait le Soleil. Son père adoptif le repositionna avec une gentille tape sur l'épaule.

  • Cinq... Quatre...

Une première balise s’alluma à l’arrière. Jeremy jeta un coup d’œil aux balises avant.

  • Un... Zéro !

Trois autres balises s’allumèrent coup sur coup. L’enfant se mit à tourbillonner les bras levés dans la lumière clignotantes des balises. Une cinquième à l’avant prit vie à son tour.

  • Wow. Est-ce que c’est de la lumière naturelle ?
  • Le spectre lumineux est rendu tel quel, mais la puissance a été multipliée dix fois, informa Patricia.

Et soudain l’enfant s’arrêta choqué :

  • Mais il en manque une à l’arrière ! Il n’y en a que cinq en tout.
  • Effectivement, confirma Patricia, je n’ai pas encore reçu de signal de cette troisième balise.

Adam se retourna pour observer le coin de ciel obscur qui aurait dû héberger la dernière balise.

  • Patricia, tu n’es pas en train de jouer un tour?

Et avant même qu’elle puisse répondre :

  • C’est la balise déviante, n’est-ce pas ?
  • Oui. Et l’attente est maintenant bien trop grande pour l’attribuer à un décalage d’horloge interne. De toute évidence, la cause doit être exogène.
  • Tu veux dire, que le vaisseau qui nous suit ou nous poursuit a détruit la balise ?
  • Ou l’a juste neutralisé…
  • Dans tous les cas, ce n’est pas bon. Appelle Eve immédiatement !
  • Papa, qu’est-ce qui ne va pas ?
  • C’est juste le vaisseau derrière nous. Apparemment, c’est un méchant, dit-il en hésitant un peu. Et donc, nous devons faire attention, le rassura-t-il en le prenant longuement dans ses bras.
  • Adam ! s’écria Eve par haut-parleur. Patricia, vient de me dire. Tu penses que c’est vraiment ce vaisseau ?
  • Tout à fait.
  • Est-ce que il pourrait détruire notre vaisseau comme il a détruit la balise ? demanda Jeremy.
  • Ca je ne sais pas, reconnu Adam.

Patricia répondit calmement :

  • La balise n’a absolument aucun moyen d’action. Moi, j’ai des mécanismes de défense, mais ils doivent être mesurés par rapport à la puissance de feu de notre assaillant.
  • Qu'est-ce qu'on pourrait faire alors ? demanda Eve.
  • Pas grand chose pour l'instant, j'en ai bien peur, reprit Adam. Tu continues comme d'habitude, à commencer par rester à la maternité. D'ailleurs, comment va notre fils naturel ?
  • Le scanner à ultrason donne des résultats normaux, répondit Mélodie, la voix de l'infirmière-robot, à la place d'Eve.
  • Est-ce que ça veut dire que Eve va bien aussi ?
  • Je vais bien, ne t'inquiètes pas pour moi.
  • Bon. Très bien. Mais je viens quand te voir à l'infirmerie. On doit discuter.
  • Donne-moi une minute. Je ne veux pas que tu me voies dans cette condition.
  • Allez. Arrête. Je t'ai pourtant vu dans des circonstances assez intimes.
  • Pas du tout. Pas comme ça, s'agaça-t-elle en élevant clairement la voix. J'en ai marre de vomir. Je vomis partout. J'arrive même à atteindre le plafond. J'ai pas signé pour ce bordel, moi. C'était pas écrit dans le manuel d'utilisation. Tout ça, c'est de ta faute ! T'étais pas satisfait d'élever un embryon cryogénisé, alors TU as décidé d'avoir une enfant naturel. Aussi simple que ça. Mais je vais te dire, maintenant c'est moi qui souffre le martyre à cause de tes petits jeux stratégiques à la con. Alors, à partir de maintenant, tu ne décideras plus de ce qui est bien ou pas pour moi, tu m'entends ?

Au lieu de répondre, "tu as raison" et ainsi de s'en sortir indemne, Adam répondit honnêtement :

  • Mais non. Tu sais bien qu'on n'a pas planifié cet enfant. On a juste décidé ensemble de le garder.
  • Oh... Ne commence pas à me contredire.
  • ... Mais on s'aimait... Je ne t'ai pas forcé.
  • Tu ne m’as pas forcé parce que je t'aimais. Mais toi, tu ne m'aimais pas. Tu cherchais juste une expérience !
  • Mais enfin, Eve, je t'ai toujours aimé. Tu ne peux pas me dire comme ça que tu ne m'aimes plus.
  • Mais je t'aime encore, mon chou. Pourquoi tu n’écoutes jamais ce que je te dis. Tu me fatigues. Viens me voir un autre jour. Salut !

Adam se retrouva complètement perplexe, incapable de penser à ce qui venait de lui arriver. Le stimulus nerveux qui au final lui fit fermer la bouche n'était qu'un réflexe inconscient pour ne plus assécher sa bouche.

Mélodie, l'infirmière, décida de le sortir de sa torpeur.

  • Tu sais, ça n'est pas totalement anormal d'avoir des changements d'humeurs pendant une grossesse. C'est dû aux taux d'hormones qui varient considérablement.
  • Hein ! Quoi ? demanda Adam, dont l'audition reprenait progressivement sa fonction.

Et à ce moment, il entendit des sanglots quelque part.

  • Jeremy ! pensa-t-il tout haut. Jeremy, où es-tu ? Viens ici ! cria-t-il en s'avançant dans un couloir. Ne t’inquiète pas. C'est juste une petite bagarre entre adultes. Ah, tu es là ! T’inquiète, tout va bien se passer, je te le promets, dit-il en essayant d'entourer son fils adoptif dans ses bras.

Mais Jeremy résistait :

  • Non, c'est pas vrai ! Je vous déteste. Je te déteste !

Adam s'écarta, prit une grande inspiration et essaya de raisonner son fils :

  • Jeremy, je ne suis pas ton père biologique, mais je t'aime tout comme.

La seule réponse de son fils fut de s'enfuir dans les couloirs. Adam n'essaya pas de le rattraper. Il écouta simplement les pas s'éloigner. En réalisant qu'il n'y avait plus grand chose à faire, il s'agenouilla et se mit à pleurer en silence. Il était en train d'échouer lamentablement.

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