1.1 - Le réveil

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Être le premier et seul homme au monde est aussi frustrant qu'ennuyeux.

Pondérant cette pensée, Adam laissa son regard s'attarder sur son chien, qui en retour épiait son maître avec expectative, peut-être dans l'espoir de recevoir enfin un nom. Au cours des quatre années où il avait possédé ce chien, il n'avait jamais ressenti le besoin de le nommer, alors que tout être humain normal aurait nommé son animal de compagnie immédiatement. Il s'en voulait de ne pas être un être humain normal. Correction. Il détestait être le premier homme et de facto être solitaire dans ce monde. Il n'appréciait pas le manque d'entourage pour guider ses pas. Mais ce n'était pas tout à fait vrai : il avait reçu des conseils.

Cette réalisation ne lui était venue à l'esprit qu'en regardant un épisode de « la petite maison dans la prairie ». Il avait remarqué que la plus jeune fille avait dit à propos du nouveau chien : « on doit lui donner un nom ». Il comprit alors que cela signifiait clairement que les noms des choses étaient librement donnés par les humains. Il n'avait pas remarqué cela jusque-là, malgré les milliers de fois où il avait regardé la série comme son entraînement de base pour se comporter comme un être humain typique.

Il y avait des circonstances atténuant son erreur. Le vaisseau avait jusqu'ici nommé pour lui tout ce qui se trouvait dans son environnement, y compris lui-même et sa jeune compagne de route, Ève. Pas si solitaire en fait. Lorsqu'il lui avait demandé la raison de ces prénoms, l'intelligence artificielle du vaisseau avait simplement répondu « clair, classique et pratique » et avait proposé dans la foulée une sélection de dix-sept films du millénaire religieux.

Ce comportement, différent des êtres humains socialement évolués, était à ses yeux un défaut mineur mais disgracieux. Il prit la résolution d'éviter une telle déconvenue pour son fils. Je vais le nommer moi-même et je lui apprendrai à nommer toutes les choses autour de lui.

Un comportement déviant pourrait l'empêcher de paraître pour un être humain normal. Mais plus inquiétant, une tare psychologique pourrait compromettre sa mission de colonisation.

La colonie était littéralement la raison de leur existence. Ils étaient des pionniers chargés de bâtir la colonie. Pour l'instant ils étaient surtout des enfants, de neuf et sept ans, en plein apprentissage. Mais bientôt on leur demanderait de prendre des décisions stratégiques voire critiques, tel un général au milieu de la bataille.

L'ambitieux plan était de réveiller les embryons humains deux cents ans avant le débarquement. Mais la dure réalité était qu'ils étaient à plusieurs millénaires de la cible prévue, la première colonie en dehors du système solaire. Et ils n'avaient aucun moyen de retourner sur Terre.

Ils étaient vraiment dans l'espace interstellaire.

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