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Eaux-Vives, jeudi 11 octobre 2018, 17h10


Abdel sonna à la porte. Il l'entendait venir. La jeune femme ouvrit et l'invita à entrer. Il s'était donné chacun leur numéro de téléphone. Et Abdel avait tout de suite pensé à elle quand Hans lui avait donné son accord pour chercher un club de fan de Star Wars.

- On peut se tutoyer non, lui avait-il demandé.

Eloïse Ébeine était un peu surprise. Dimanche elle avait eu la visite de l'inspecteur. Et aujourd'hui, il souhaitait qu'ils se tutoient. N'importe qui d'autre, pas de problèmes. Mais là, il s'agissait de la police, d'un inspecteur. Il lui semblait qu'il fallait garder un peu de distance. Mais bon, se dit-elle. Pourquoi pas. C'était la tendance. À GdA, tout le monde se tutoyait. Jean Walder y mettait un point d'honneur.

- Eh ben si vous...si tu veux, on peut se tutoyer...

Abdel lui sourit.

- Tu...tu...veux un café ? demanda Eloïse.

- Eh ben...volontiers.

Et pendant qu'elle préparait le café, il regardait son tableau. Y avait-elle ajouté quelque chose ?

- "E" a envoyé un nouveau message aujourd'hui! dit-il en haussant la voix pour qu'elle le comprenne bien.

La machine nespresso était bruyante.

- Ah bon! Et qu'est-ce que ça dit ?

- Que il ou elle n'est pas content du choix de Jean-Pierre Lonfat comme président du conseil d'état.

Abdel se trouva tout d'un coup un peu embêté. Il avait été décidé que l'on mentionnerai nulle part le souhait émis par "E". À savoir que Jean Walder soit placé sur le trône. Eloïse lui confirma sa maladroite loquacité :

- Et qu'est ce que "E" préconise ? demanda-t-elle en arrivant dans le salon avec le plateau sur lequel était posé les deux cafés ainsi qu'un paquet de cœur de France.

Abdel sourit. Son biscuit préféré. Mais il était très embêté. Il en avait vraiment trop dit.

- Eh bien, fit-il, qu'est ce qu'il dit, "E" ? Hum. Bonne question Éloïse !

Ils s'assirent. Chacun mit du sucre et de la crème dans son café.

- Oui. Qu'est ce qu'il dit, alors ?

Éloïse était maintenant très curieuse.

Abdel mangea un cœur de France. Regarda la jeune femme. Elle portait un pull anthracite. Des jeans. Ses cheveux était relativement court, brun foncé. Elle était très mince, certains auraient dit trop mince. Elle n'était pas maquillée. Elle portait des lunettes à verre épais, monture relativement grossière, noire. Aux mains, juste une petite bague discrète. Pas de boucles d'oreilles.

Et Abdel avait envie de la revoir. Mais il savait que s'il ne lui disait pas ce que "E" demandait, il n'avait pas trop de raisons de la revoir. Puisque pour l'instant, la seule justification de leur relation, c'était "E". Rien d'autre. Lui-même était le gars mal-à-l'aise avec les femmes. Mais il venait d'expérimenter dimanche, que l'on pouvait être tout-à-fait à l'aise avec une femme et passer un très bon moment avec elle. Donc, il n'avait pas d'alternative. Il devait tout lui dire. S'il voulait garder le contact.

- Éloïse ! Je vais t'expliquer.

Et Abdel lui expliqua. Et Éloïse Ébeine fut subjuguée. Elle se leva et alla inscrire de nouveaux commentaires, de nouvelles idées sur son tableau.

- C'est très très intéressant, Abdel. Je comprend mieux pourquoi vous regardez du côté de GdA. Même que ça m'étonnerait beaucoup que "E" soit impliqué dans le parti.

- Tiens ! Et pourquoi ?

Abdel prenait ses aises. Allongea ses jambes, appuya sa tête contre le haut du dossier du fauteuil. Il aimait bien le style vieillot de l'appartement. Les vieux meubles. Il y avait un côté vieux anglais. Il avait l'impression d'avoir Agatha Christie devant lui. Ou bien Hitchcock. En train de préparer le scénario de son nouveau thriller.

- Parce que "E" est un individualiste. Il ou elle, n'ira jamais s'impliquer dans un groupement politique. Il vous conseille de mettre Walder au gouvernement, mais c'est tout. S'il était dans le parti, il se battrait avec les armes du parti. Les armes des politiciens. Les politiciens adorent discourir. Convaincre par les mots. La base de la politique c'est le débat d'idées. "E" cherche à convaincre par les gestes. Tout le contraire d'un politicien.

Abdel engouffra trois cœur de France dans la bouche en même temps, et parvint quand même à acquiescé avec enthousiasme :

- Géniale, votre...ta réflexion...

- On ne parle pas la bouche pleine, inspecteur, fit la jeune femme en rigolant.


Et ils continuèrent ainsi à émettre des hypothèses. Pendant une bonne heure. Et Abdel en vint à mentionner son idée de « E est un fan de Star Wars ». Éloïse le regarda, interloquée. Un petit sourire sur les lèvres. Elle ôta ses lunettes, les tenant avec la main droite, devant elle, suspendu dans l'air. Et puis elle lui dit dans un exquis petit rire très chaleureux :

- Non, Abdel. "E" s'en fout de Star Wars. Tu peux oublier cette idée. Et moi je déteste Star Wars. Mais vous...tu n'as pas faim ? On ne peut pas se nourrir uniquement de cœur de France.

Le paquet était presque terminé. Il était six heures et demi passé.

- Euhh...si...j'ai faim, répondit Abdel.

Et il s'exclama :

- Je t'invite. Pizza ?

Éloise semblait hésiter. Puis :

- Ok ! On va au San-Marco. C'est juste à côté.

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