Rater et hésiter

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"Qu'importe les ratés & les hésitations. A l'allure où je vais, je dois aller directement et sans hésitation aucune au coeur même du sujet, donc mettre la main sur les mots justes & les balancer sur le papier en moins de temps qu'il me faut pour tremper ma plume dans l'encrier. J'ai l'impression d'avoir fait quelques progrès, d'être plus à l'aise dans ce style de travail, je l'attribue à la ponctualité détendue de ma demi-heure après le thé."

Difficile de bien faire la part des choses, dans ce passage-ci. Non pas vraiment pour Virginia, mais pour moi.

Dans mes écrits, ce ne sont pas les hésitations et les ratés qui manquent. J'ai recommencé ce roman trois ou quatre fois. Depuis le début. Défaire, refaire, garder, jeter, remodeler... Y aura-t-il une fin à tout ceci ?

Je gribouille, pour finir par trouver le résultat moins percutant que ce que j'avais formé dans mon esprit. Ce n'est pas tant une question de retenue, que de pouvoir saisir ma pensée au moment où elle s'écoule.

Et j'aimerais, comme Virginia, mettre le doigt sur une habitude qui me permettrait de toucher au mieux cette capacité. Trouver une méthode qui capte mon flot intérieur au plus près de ce qu'il est, pour le retranscrire sur le papier. Cependant, mon quotidien est pour le moment trop empli de choses que je ne maitrise pas. Maternité, quand tu me tiens...

Alors, dois-je produire beaucoup, pour sabrer beaucoup de texte ? Ou au contraire écrire morceau par morceau, et ciseler la matière au fur et à mesure ?

Je n'irai pas dans la recherche de quelque tabou que ce soit, même s'ils doivent être nombreux. Sans doute, un critique intérieur est confortablement installé et se permet autant de commentaires qu'il lui est possible sur ce qui atterrit sur la page.

Si je ne souhaite pas le faire taire complètement, j'aimerais surtout qu'il la boucle le temps que je boucle mon histoire...


Cette idée de foncer dans la rédaction sans trop de réflexion se retrouve également chez Bradbury :

"Moins vous réfléchissez, plus vite vous écrivez, et plus vous êtes honnête. Avec l'hésitation apparait la pensée. Et avec elle la préoccupation du style, là où saisir la vérité au vol est le seul style qui vaille de risquer la mort ou de partir à la chasse au tigre."

Tous deux nous invitent à une sorte de transe, une sorte d'audace quasi enfantine que le monde nous refuse souvent, en tant qu'adulte. A 35 ans, j'ai l'impression de ne plus avoir droit à l'erreur, ni même d'entreprendre quelque chose sans savoir où je vais.

Le récit doit forcément tenir en trois actes pour intéresser le lecteur. Les péripéties doivent être crédibles, et faire progresser l'intrigue. Les éléments fantastiques doivent être tangibles. Les symboles doivent pouvoir être interprétés facilement, avoir une signification précise, entrer dans un référentiel commun et reconnaissable.

Je sais qu'en écrivant tout ceci, je me mets en porte à faux avec d'autres de mes propres considérations : donner un sens à l'écriture, rechercher à enrichir le lecteur, etc.

Mais ne serait-ce pas formidable de pouvoir aborder à nouveau un projet important avec insouciance, comme on aborde un chemin qui nous plait, comme on flâne dans une ville inconnue ?

Il me parait alors tout aussi important de mettre en perspective ces louables intentions et l'élan vital nécessaire à extraire les mots de ses mines intérieures.


* Vous ai-je déjà parlé de Ray Bradbury et de son recueil d'essais "Le Zen dans l'art de l'écriture" ?

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