Pseudo : Spy     Titre : Le pont en bois

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Assise sur le rebord du pont, elle se sentait petite dans l’immensité du paysage. Comme pour appuyer ses pensées, les gens allaient et venaient sur le pont sans lui prêter attention. Après tout, elle n’était qu’une Chaman au cœur hardi comme des centaines d’autres. Une élève comme il y en avait eu des milliers avant elle, et comme il y en aura des milliers après. Un amas d’atomes, une ombre de plus dans ce monde. Son regard se perdait dans l’eau du lac-noir qui semblait si profonde, mais qui lui donnait l’impression de n’être en réalité qu’une couche de glace parfaitement lisse qui reflétait le paysage avec la même précision qu’un miroir. Son regard scruta les moindres recoins de cet incroyable tableau qui se dessinait sous ses yeux. Le pont en bois se reflétait, laissant voir une ombre incertaine, immobile et solitaire au milieu de nombre d’autres ombres groupées derrière elle et qui bougeaient rapidement, marchant d’un pas pressé. Le temps semblait s’être arrêter pour Maÿlis qui donnait alors tout son sens à l’expression disant qu’il fallait parfois prendre le temps de considérer les choses pour les apprécier. Son regard s’arrêtait parfois sur quelques vagues ou bulles qui se formaient à la surface du lac, sûrement produite par des créatures sous-marines surnaturelles qui lui étaient encore inconnues. Elles lui rappelaient ainsi que ce n’était qu’une illusion, un tableau embellis, reflet inversé de la réalité qui s’en trouvait déformée par moments. Comme un mensonge trop parfait pour que l’on puisse y croire, mais auquel on s’accroche tout de même. Un mur magnifique derrière lequel se cachait quelque chose de beaucoup plus sombre, comme le mensonge cachait la réalité. Voilà ce que représentait le lac aux yeux de la jeune fille, et la raison pour laquelle elle n’aimait pas spécialement cet endroit, synonyme pour elle de mensonges comme elle en avait déjà trop connus dans sa vie.

Son regard se délaissa du clapotis des vagues qui se laissaient voir de temps en temps, troublant la surface paisible de lac, pour se perdre dans l’immensité de l’horizon, où ciel et terre ne faisait plus qu’un. Où le sommet des montagnes se perdaient dans les hauteurs du ciel, et où le gris du ciel capricieux se mélangeait avec celui légèrement bleuté des montagnes lointaines enveloppées dans une couverture de brouillard. Une bourrasque de vent fit tomber la capuche de Maÿlis sur ses épaules dans un claquement sec qui se faisait désormais entendre régulièrement. Il accompagnait le sifflement strident du vent qui semblait chanter, et le clapotis rythmique des gouttes de pluies qui s’écrasaient lourdement sur l’eau du lac noir, troublant sa surface de petites vaguelettes durant quelques secondes. Mensonge mit à mal, songea alors la jeune fille en voyant ce spectacle d’une eau troublée, alors que ses cheveux étaient entraînés dans une danse folle par le vent, on aurait dit des morceaux de flammes dansantes. Elle releva légèrement la tête vers le ciel couvert de nuages en rigolant. Un éclat de rire qui sembla résonner malgré le bruit assourdissant que faisait la tempête. Il résonnait dans la solitude de Maÿlis, aussi. Que ce soit la solitude actuelle dans laquelle elle s’était retrouvée plongée parce que les élèves avaient tous désertés le pont en bois, mais aussi dans la solitude plus générale qu’elle ressentait dans sa vie. Un autre éclat de rire brisa le faux silence qui s’était installé, un éclat de rire plus enfantin, plus sincère, plus portant et contagieux qui éclata quand elle sentit les gouttes d’eau gelées qui entraient en contact avec sa peau, s’écrasant sur son visage. Ses yeux étaient clos.

La nuit était tombée, comme un épais rideau de velours noir sur l’école, rendant menaçantes ses ombres, laissant place à l’imagination pour faire vivre dans des objets inanimés, les pires peurs de chacun. Mais c’était sans compter la pleine lune qui éclairait de tout sa splendide lumière le domaine entier, donnant suffisamment de visibilité aux marcheurs nocturnes, comme Maÿlis. Elle se reflétait dans l’eau du lac, mais son reflet était légèrement déformé contrairement au reste de ce que l’on pouvait apercevoir. Comme une merveille de la nature ne pouvant être contrefaite par l’homme, même avec usage de la magie, comme une vérité ne pouvant devenir mensonge, une chose sincère, comme un sentiment, qu’il serait impensable qu’il soit en réalité faux. C’est ainsi que, seule comme une ombre solitaire oubliée, elle restait assise sur le rebord du pont en bois, toujours persuadée d’une quelconque magie empêchant toutes chutes des élèves. Persuadée, que toute vérité méritait d’être révélée au grand jour, et les mensonges bannis. Persuadée de devoir affronter seule les obstacles que la vie mettrait en travers de son chemin. Persuadée que les choses méritaient d’être faites par soi, et non par l’usage de la magie. Toutes ces certitudes qui faisaient qu’elle ne s’effondrait pas, pourraient pourtant un jour causé sa perte, mais elle avait le temps de ne pas y penser, le temps de vivre chaque instants, chaque moments que la vie lui offrirait.

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