Chapitre 11 :

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Je reste bloquée sur ce que je viens d’apprendre. Je ne lis même pas le reste de mes résultats aux tests tellement que je suis frustrée ! Si mes parents me rendent visite, que vais-je leur dire ? Ma mère ne supporterait sûrement pas tout cela. Et mon père, il ferait comme d’habitude : il se débrouillerait avec la situation. Je réduis le papier en boule et le jette contre le matelas qui me sert de lit.

Mais que vais-je devenir ?

Et pour la première fois de ma vie, je fonds en larmes, seule, dans cette pièce synonyme de prison. N’est-ce pas pathétique ? Bien sûr que si cela l’est, mais je ne suis plus à cela près. Personne ne pourra observer le spectacle, donc ce n’est pas très grave si je me laisse aller.

C’est le même encadreur qui m’a ouvert la porte ce matin qui vient me chercher pour aller à la salle des douches. Il n’y a personne dans les couloirs et il me presse. Il y a plusieurs compartiments de douches : certains réservés pour les hommes, certains pour les femmes. Il m’explique que quand je rentre dans la douche, cela déclenche automatiquement l’eau et le minuteur et que j’ai cinq minutes piles pour prendre ma douche. Puis il me laisse seul dans ce grand endroit. Je ne m’attarde pas et je me rends compte que je n’ai plus qu’une seule tenue pour toute ma vie : celle de la cérémonie. J’ai intérêt à ne plus grandir, car je ne pense pas avoir le droit de demander des habits dans cet endroit. L’eau coule et elle est gelée. Sûrement le prix à payer d’être ici : l’eau chaude est réservée à ceux qui travaillent. Je tremble et me sers rapidement du savon et je n’ai pas besoin des cinq minutes accordées. Je vais devoir m’habituer à l’eau froide…

Je vais devoir m’habituer à tellement de choses.

Gérard me croise sur le chemin du retour et me dit que je peux passer mon temps avec les autres et faire connaissance. Sauf que je ne le souhaite pas et je reste cloîtrée dans ma cellule. J’y reste jusqu’à ce que Philippe aille me chercher pour le repas du midi.

Je mange encore seule. Personne ne vient me voir, mais je les observe. Des rumeurs filent parmi eux, et je crois bien qu’elles me concernent pour la plupart. Et cela, ce n’est pas hyper cool. Je repère encore le brun au côté de sa copine blonde qui me jette des coups d’œil de temps en temps à la dérober. Peut-être que je dois tenter de faire la discussion… Mais au final, je me ridiculiserai plus qu’autre chose. Alors je ne le ferai pas, c’est très bien aussi de rester seul.

Je ne rentre même pas dans ma salle après le repas. Philippe m’entraîne dans la cantine et je la traverse vers une porte que je n’ai pas remarquée. Elle est grise et elle mène encore à une autre salle. Puis il me laisse là, sans aucune explication. Et comme d’habitude, il n’y a personne. Néanmoins, je sais qu’il y aura d’autres personnes à un moment : la salle ressemble tout à fait aux salles de cours qu’on avait dans l’aile des enfants. Sauf que je n’ai rien pour écrire et qu’il ne doit pas y avoir des programmes spéciaux pour les adultes qui ne sont plus en liberté. Je m’installe sur le côté droit comme d’habitude, contre le mur et attends que le temps passe : je n’ai que cela à faire.

Gérard débarque avec une feuille chiffonnée dans la main : la feuille des résultats que j’ai réduit en boule. Il la pose à l’autre bout de la table et la glisse vers moi. Je fuis son regard et me recroqueville sur la chaise. Je n’ai jamais été très à l’aise avec les gens, donc avec un adulte, c’est le comble ! Il baisse les yeux vers moi puis soupire avant de me dire :

Ce n’est pas en fuyant la réalité que tu vas t’en sortir fillette, annonce-t-il d’une voix forte. Tu ne connais pas le passé des autres, mais crois-moi quand je te dis qu’il y a une solution à tout. Tu vas finir par t’en sortir.

Ce n’est pas vous qui êtes captif ici, craché-je. Vous avez beau dire cela, personne ne peut m’aider ici, et encore moins moi-même.

Revois un peu ton état d’esprit ma vieille, sinon tu vas vite sombrer ici. Et ici, les personnes qui sombrent et qui sont les plus faibles meurent rapidement. Et je doute que tu aies envie de cela.

Je hausse les épaules en le regardant partir et je ramène la feuille à moi sans même la regarder. La tête de Gérard passe l’embrasure de la porte.

Tu sais que si tu ne fais pas l’effort d’être social, les autres te trouveront encore plus bizarre et il y aura encore plus de rumeurs sur toi que maintenant ! informe-t-il.

Je m’en fous ! asséné-je en criant d’une voix blasée.

C’est partiellement vrai et donc partiellement faux. Je m’en fiche des autres, surtout parce qu’ils sont dans l’asile, donc ils ne peuvent pas m’aider à retrouver mes parents et à regagner la civilisation, mais j’ai l’impression que je vais devoir communiquer un peu pour survivre ici. Et très franchement, cette idée ne me plaît absolument pas.

D’autres personnes finissent par se joindre à moi. Je reconnais certains d’entre eux : ce sont ceux qui étaient dans la même salle que moi, mais qui sont restés endormis plus longtemps. L’adolescent sur qui j’ai vomi prend place derrière moi et j’ose espérer qu’il ne sache jamais que c’est de ma faute, car il a l’air très peu commode. Nous sommes une dizaine, et on prend chacun une table pour une personne. Néanmoins, il reste des places de vide. Il y a dû avoir des exils plus conséquentes mais la nôtre n’en fait pas partie. Je ne repère pas Damien parmi eux, tant mieux pour lui, cela veut donc dire qu’il a réussi la période de tests.

Un homme grand, aussi baraqué qu’un chef débarque. Il avait des yeux noirs à la lueur sévère et les cheveux rasés de très près. Ses nombreuses cicatrices sur le visage et les bras intimident tout le monde. Je me redresse et me positionne correctement avant de me faire reprendre. Il ne donne vraiment pas envie de se rebeller, mais je suis certaine que d’autres personnes l’ont déjà fait. Il tape sur le bureau et nous regarde un par un.

Cette salle servira à vous remettre dans le droit chemin d’une manière non-violente si vous obéissez ! déclare-t-il. Si vous êtes ici, c’est essentiellement parce que vous n’êtes pas convaincus par le fonctionnement des bunkers, ce qui est navrant. D’autres sont ici car leur situation mentale n’est pas compatible à la vie en communauté.

Donc du coup ces gens-là finissent parmi les rebelles qui sont obligés de faire attention à eux. C’était bien joué s’ils voulaient nous éradiquer ! Un psychopathe par-ci, un autre par là, et nous voilà dans de beaux-draps. Heureusement, cela doit être rare tout de même, puis, il n’y a pas que la psychopathie. En faisant l’appel, l’homme nous demande de dire pourquoi on a été exclu et quelle fonction on devait exercer. L’adolescent derrière moi, affirme être viré ici pour trouble psychologique et qu’il n’a pas de métier attribué. C’est le premier qui dit cela, une fille, avant lui, a dit avoir des troubles elle aussi mais avait été assignée comme génitrice. Lorsque c’est à mon tour, je parcours la feuille d’un air blasé pour trouver les informations. Je suis la dernière, donc je ne fais attendre que l’adulte.

Je suis Constance, rétorqué-je. Je suis ici, car je ‘‘ manque de croyance vis-à-vis du système ’’ (je mime des guillemets pour compléter en me fichant de ce qui peut m’arriver’’ et j’aurai dû être… savante.

Je fronce les sourcils. Le métier bizarre dont personne ne connaît le but aurait dû être ma destinée… personne d’autre que moi avait été énoncé savante. J’en conclus donc que cela devait être rare, néanmoins, cela me chiffonne aussi. Je relève la tête vers l’encadreur imposant qui me dévisage de son regard glacé avant de se lever :

Parfois, vous serez inscrits à des cours qui vous permettront, peut-être, de regagner la communauté saine. Peut-être que vous pourrez retrouver vos amis, ou votre famille pour ceux qui en ont. Mais la vie dans l’asile n’est jamais simple, ajoute l’encadreur en s’arrêtant. Certains d’entre vous auront sûrement des visites et devront s’entretenir avec des personnes du métier qui vous a été attribué. Mais vous n’exercez pas de métiers ici.

Attendez… on ne va rien faire de la journée ? s’enquiert quelqu’un que je ne regarde pas.

Le premier mois, vous découvrez, ensuite, on vous attribuera différentes corvées comme la lessive, la cuisine, le nettoyage ou je ne sais quelle autre chose qui dure une bonne partie de l’après-midi. Mais sinon, rien, vous êtes confinés dans l’asile donc vous ne servez à rien, répond l’encadreur.

L’encadreur laisse le temps que cela dernière phrase fasse effet, mais elle ne me touche pas spécialement. Je m’en fiche. Je veux juste, revoir ma famille.

La vie n’est pas simple ici, répète l’encadreur. Seulement les plus forts restent, et souvent, les plus faibles ne survivent pas pendant le premier mois ou ne serait-ce que pendant la première semaine… donc bonne chance à vous. Nous verrons bien qui je retrouverai le mois prochain.

Je me demande bien ce qu’il veut signifier par là, mais j’allais peut-être devoir faire gaffe à ma peau.

La mort semble plus présente ici que n’importe où.

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