Le grain de beauté    2ème partie

2 minutes de lecture


  J’étais désolé, je n’avais pas voulu la froisser, mais j’étais trop fier pour m’excuser. Je la rattrapai en quelques enjambées et arrivant à sa hauteur je lui glissai négligemment :

  « Un lucane ! L’insecte, c’était un lucane, un cerf-volant ! » Elle me fixa de son regard étrange et, m’adressant un grand sourire, me dit en posant ses deux poings sur ses hanches :

  « Vous les parisiens, vous avez quand même un drôle d’accent ! »

  « Vous aussi ! » lui dis-je en riant.

  « Et comment tu sais tout ça ? »

  « Tout ça quoi ? »

  « Pour le cerf-volant. A Paris il n’y a que des rues pavées et des maisons, pas de campagne, ni de champs, ni d’animaux ! »

  « Mais si, il y a des arbres, des jardins publics et des bois et bien sûr des animaux et des insectes. Qu’est ce que tu crois ? Je suis sûr que j’ai vu plus d’animaux sauvages que toi, d’abord au zoo, puis au Jardin des Plantes et les insectes, il y en a des milliers dans des vitrines au lycée, avec leur nom, le pays d’origine, l’espèce etc…et puis mes grands-parents habitent à la campagne, tout près de Paris et j’y vais souvent. J’habite près du bois de Boulogne et il y a un parc d’acclimatation avec plein d’animaux. » Tout en parlant, j’examinais son visage, il était parfaitement ovale et plutôt gracieux. Sur son nez et ses pommettes, quelques taches de rousseur étaient disposées harmonieusement, ses yeux immenses, d’un bleu sombre, étaient rehaussés de cils noirs très épais donnant à son regard une profondeur telle qu’on pouvait ressentir une impression de vertige en les fixant longtemps, d’autant qu’elle soutenait votre regard, tranquillement sans jamais cligner des yeux. « J’ai également un chien et des chats, tu vois il y en a des animaux à Paris ! »

  « Ah bon ! » fit-elle et nous repartîmes vers les maisons. En arrivant au coin de la rue, j’allais prendre à droite pour rentrer quand elle me prit brusquement la main, m’attira vers elle et se haussant sur la pointe des pieds, déposa rapidement un baiser appuyé sur mes lèvres. Elle me regarda un moment puis tourna les talons sans un mot. Eberlué, je la regardai s’éloigner, sentant monter en moi un sentiment nouveau et très étrange, l’envie qu’elle recommence et qu’alors, je puisse la serrer dans mes bras, l’envie absurde que ce baiser se transforme alors en un autre baiser, un baiser dont j’avais entendu parler, que j’avais pu voir au cinéma, que j’imaginais assez bien, mais que je ne connaissais pas. Un baiser d’adulte, quoi ! Mais bah ! Elle était déjà loin me laissant seul avec cette sensation brûlante sur les lèvres et l’impression d’avoir raté quelque chose, de ne pas avoir été à la hauteur.

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