La punition

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Mais c’est quoi ce bordel ?

- Eh bien, entre, voyons. Tu veux pas venir rejoindre les putes de ton espèce ?

Gabrielle se tenait devant moi, son body de cuir noir enserrant ses courbes en révélant ses seins lourds. Je restais coite, encore sous le choc de ses paroles et de la cruauté de son regard. Le temps de comprendre le sens de sa question, elle avait déjà disparue. Je regardais la porte grande ouverte sans oser entrer, cette douleur familière de nouveau en moi. Je sentais mon âme se dissoudre, tout comme la déclaration d’amour que j’avais préparée avec soin. Elle n’était désormais qu’un ramassis de phrases qui hantait mon esprit léthargique, vides de toutes substances. Ma souffrance se décupla quand je compris enfin ce qu’il se passait. J’eus envie de pleurer, mais mon corps s’y refusa et dans un élan autodestructeur, je pénétrais dans l’appartement.

Je me laissai guidée par les chuchotements, terrifiée à l’idée de ce que j’allais découvrir. Si mon imagination avait pu fonctionner à son habitude, j’aurais pu écrire dix romans érotiques à la vue des nombreux indices qui jonchaient le carrelage du couloir. Mais je n’étais qu’un automate, avançant vers sa propre fin, le pas lourd et les épaules basses. Enfin, le salon.

Je laissai tomber mon sac à main, médusée. Devant moi se tenait une magnifique rousse, agenouillée, une bougie encore fumante à la main. Derrière elle, une autre femme tirait sur les liens qui la maintenaient attachée à la table basse. De la cire sombre zébrait sa peau jusqu’à son intimité imberbe. Mes yeux ne pouvaient se détacher des marques rouges sur les poignets des deux soumises. Un mouvement dans le fond de la pièce attira mon attention. Une sublime Africaine enlaçait sa partenaire aux oreilles félines et Gabrielle caressait l’une d’elle avec le bout d’une cravache. La laisse de la femme-chat tombait entre sa poitrine offerte à la douce torture de ma ancienne amante.

- Alors, Sacha, tu es toujours intéressée ou tu préfères t’enfuir ? Une de plus, une de moins, tu sais, c’est pas ça qui va changer mon monde.

Cette femme était affreuse. Comment avais-je pu, ne serait-ce qu’un instant, croire qu’elle était capable d’amour ? Elle n’avait pas de cœur et seule la luxure l’importait. J’avais envie de la gifler, de lui griffer le visage comme une furie, de lui faire payer toute la douleur qu’elle m’imposait. La colère saturait mes veines et j’étais prête à exploser, à lui cracher toute la lave du volcan de ma fureur. Mais le poison de mes pensées ne franchit pas mes lèvres, le venin devint innofensif et je la laissai prendre le contrôle comme elle aimait tant.

Impuissante, je la vis s’assoir sur le sofa, écarter ces cuisses que j’avais embrasser il n’y a pas si longtemps que ça, et commencer ses attouchements. Comme un signal, toutes ses belles accoururent à quatre pattes devant elle et entreprirent de la couvrir de baisers. Les gémissements de la captive encore bloquée sur la table se firent plaintifs et une de ses compagnes la libéra enfin. Elle rejoint la caresse collective et bientôt la pièce entière fut emplie de l’odeur envoûtante de sexe. Malgré les coups de langue experts, Gabrielle ne me quittait pas des yeux. Le plaisir était évident et elle peinait à garder ses esprits mais je voyais bien qu’elle m’imposait cette vision. Elle voulait que je souffre, que je la vois jouir sans participer. Quand l’orgasme vint, elle cria son extase comme jamais, jusqu’à m’en faire frissonner. Une fois rassasiée, elle me sourit, satisfaite et condescendante.

- Ca y est, tu es contente ? Je peux parler maintenant ou tu vas encore me forcer à regarder ces incompétentes tenter de combler le vide que tu ressens ?

Mes paroles claquèrent comme un fouet et un silence tendu s’abattit sur la pièce. Gabrielle avait perdu son sourire et je devinais de la peur dans ses pupilles sombres. Retenant les larmes, je me résolus enfin à m’offrir à elle, vulnérable mais déterminée.

- Je suis désolée.

Un ricanement coupa court à ma déclaration mais Gabrielle lança un regard noir à Aurore, qui baissa instantanément la tête.

- Je suis désolée et je sais qu’aucun mot ne pourra effacer, justifier ou réparer ce que j’ai fait. Ce que je t’ai fait. Depuis le premier jour tu as pris possession de mon esprit et il ne t’as pas fallu longtemps pour ajouter mon corps à la liste. Mais mon cœur, lui, je te l’offre. Tu n’as pas besoin de le prendre par la force car je te le donne. J’étais perdue, Gabrielle, perdue dans mes fantasmes, tentant d’échapper à ton emprise alors que ma seule envie, c’était de me blottir dans tes bras. Si pour t’avoir je dois souffrir, alors je le ferai. Si pour dormir à tes côtés je dois accepter tes aventures, je suis prête. Et si pour de nouveau t’entendre me dire « Je t’aime » je dois subir la punition de ton choix, laisse moi me mettre à genoux et attendre ta sentence.

Mimant mes paroles, je me retrouvai sur le tapis persan, le cœur tambourinant à travers ma cage thoracique. L’attente était insoutenable. Le silence était insoutenable. Même ma propre respiration devint insoutenable. J’avais joué ma dernière carte et rien. Les larmes roulèrent sur mes joues, sans un bruit. Mes phalanges devinrent blanches car je serrais mon écharpe avec plus de force que nécessaire. Mes ongles réussirent à écorcher ma peau, même à travers le tissu et le sang imbiba le foulard aussi rapidement que les gouttes amères de mes yeux trempaient le tapis.

Soudain, j’entendis du mouvement. Je n’osai pas bouger. Une main douce attrapa mon menton mouillé et releva mon visage. Gabrielle était là, si près de moi que je sentais la chaleur de son souffle sur ma peau. Ses yeux de biche brillaient d’émotion et ses doigts tremblaient. Elle se mordit les lèvres et sourit timidement.

- Je t’aime, Sacha.

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